BEST OF 2020

En cette année 2020 marquée par un satané virus, le monde de la culture aura été durement secoué. Même si rien n’est gagné, le neuvième art et l’édition en général semblent avoir mieux résisté à la tempête. La Case de l’Oncle Will vous propose sa sélection.

Cette année hors-normes avait bien mal commencé, avec un premier confinement qui avait reporté la quasi-totalité des parutions prévues au premier semestre. Le second confinement, auquel personne ne croyait vraiment, aura été heureusement moins sévère pour les éditeurs et les libraires, qui ont pu contrer tant bien que mal l’ogre Amazon.

Les sorties 2020, amputées d’un bon trimestre, nous ont toutefois réservé de bonnes surprises. Derf Backderf a fait très fort avec son Kent State, miroir d’un passé peu glorieux éclairant cette Amérique dont le « rêve » se fait toujours plus inquiétant, une Amérique que Brüno et Nury analysent également avec subtilité dans L’Homme qui tua Chris Kyle, évocation d’un sniper adulé par cette frange armée et nazifiante abhorrant les « losers ».

Cette sélection de 15 titres permettra au lecteur de traverser à peu près toutes les strates des émotions… Car en 2020, il n’y a pas eu que la peur qu’on a essayé de nous vendre avec application… Cette année, oui, intrigués nous avons été avec Lucas Harari et son polar lunaire hitchcockien, mais aussi émerveillés par ce grand voyage que nous a offert Phicil dans la célèbre ville monstre britannique. Nous avons ressenti la colère face à l’injustice avec la superbe adaptation de Jack London par Riff Reb’s, mais l’éblouissement lui a succédé grâce à cette splendide évocation d’un Paris perdu par Joris Mertens. Puis nous avons été sidérés et horrifiés par un cauchemardesque fait divers du XIXe siècle avec Gelli, d’autant que, comme on est obligés de le constater, l’instinct de meute décrit dans Mangez-le si vous voulez n’a pas disparu aujourd’hui, il a simplement pris d’autres formes : c’est le lynchage 2.0 des années 2000. Pat Grant nous a fait rire bien jaune avec sa « Fange » nauséeuse mais saisissante, et Léonie Bischoff nous a enveloppés d’une irrésistible douceur érotique dans la Belle époque de l’écrivaine Anaïs Nin. Les « Connexions » de Pierre Jeanneau nous ont totalement fascinés et cet auteur de BD qu’est Daniel Blancou, loin d’être en trop (la preuve !), nous a bien fait marrer en décrivant avec causticité cet « univers impitoya-ha-ha-bleuh » du neuvième art, à l’instar de Geoffroy Monde qui a réveillé notre libido tout en provoquant en nous moult secousses (de rire principalement !). Quant à Pierre-Henri Gomont, il nous a décoiffés avec sa comédie scientifique déjantée sur un Einstein ressuscité marchant à côté de son cerveau, alors que Gipi nous a retourné le nôtre, avec les multiples questionnements existentiels contenus dans sa belle quête de délivrance …

Enfin, Peau d’homme, le conte délicieux que nous auront offert Zanzim et Hubert Boulard, avant que celui-ci ne tire sa révérence en début d’année, a été salué unanimement par la critique, comme un antidote à la sinistrose ambiante, une ode à la liberté, à la tolérance et peut-être davantage encore à la résistance face à tous les intégrismes, dans un contexte où le terrorisme bête et aveugle, peut-être par jalousie pour la pandémie actuelle, semble n’avoir pas renoncé à se faire oublier.

  • Peau d’homme, de Hubert & Zanzim (Glénat)
    Sélection officielle Angoulême 2021

Plusieurs fois primé, ce conte médiéval au propos extrêmement moderne sur la théorie du genre, restera comme le plus bel héritage du regretté Hubert, en collaboration avec Zanzim, qui sublime le récit par son dessin candide et enchanteur.

Ce récit très attendu de l’auteur de L’Aimant nous emmène sur les rives de la Méditerranée, où le soleil fait naître des ombres inquiétantes, où l’apparente insouciance masque une terrible tragédie à venir…

Excellente surprise de cette fin d’année, ce conte victorien allie avec brio réflexion philosophique et merveilleux tout en réactivant notre âme d’enfant, ce joyau que bien souvent nous avons égaré en devenant adulte…

Et si les maux du monde venaient de l’incapacité des hommes à se projeter dans leurs prochains ? C’est en substance ce que nous dit Jack London, dans cette adaptation BD de Riff Reb’s, dont paraît aujourd’hui la conclusion d’un superbe diptyque.

  • Béatrice, de Joris Mertens (Rue de Sèvres)

Telle une Alice esseulée perdue dans la cité, Béatrice rêve d’échapper à son quotidien banal. Un beau jour, la jeune femme traverse un séduisant miroir à la semblance d’une photo, faisant basculer sa vie vers une magie funeste…

En narrant le martyr d’Alain de Monéys, battu à mort par une foule en furie, Gelli revient sur un monument des annales judiciaires françaises. L’adaptation en BD réussie d’un roman de Jean Teulé qui nous laisse horrifiés et sidérés !

  • La Fange, de Pat Grant (Ici Même)
    Sélection officielle Angoulême 2021

Signée d’un digne (et rare) représentant de la BD australienne, cette fable dystopique aussi réjouissante que grinçante dépeint une société hideuse livrée aux rapaces, pas si différente de la nôtre…

Entre ciel et mer, ce joli roman graphique de Léonie Bischoff dresse le portrait d’une femme sincère, dont les écrits érotiques font écho à la version la plus moderne d’un féminisme libre, hors de tout diktat et à la sexualité assumée.

  • Kent State, de Derf Backderf (Çà et là)
    Sélection officielle Angoulême 2021

En remettant en lumière le massacre de l’université de Kent State en 1970, Derf Backderf nous livre sa bande dessinée la plus engagée, et en profite pour fustiger un oncle Sam grimaçant aux mains pleines de sang…

Très singulier dans la forme, ce roman graphique naturaliste au parti pris géométrique, d’une richesse inouïe, raconte le quotidien de jeunes urbains connectés ne connectant pas comme ils le voudraient…

Ayant franchi le cap de la quarantaine, Daniel Blancou transforme son spleen d’auteur de BD en mal de reconnaissance en un petit bijou d’autodérision, doublé d’une exploration facétieuse des coulisses du neuvième art.

Cet excellent docu-BD retrace l’ascension irrésistible d’un « héros » vers les sommets de la notoriété, une histoire comme seule l’Amérique sait en produire. Avec toujours le terrible coup du sort en bout de course…

Un manga porno sur deux divinités prométhéennes faisant don de leurs attributs virils à la Terre entière, il fallait y penser. Seul Geoffroy Monde et son esprit baroque pouvaient accoucher d’un tel OVNI, qui nous donne le feu sacré…

Même sans applaudissements, ce moment de lecture a quelque chose d’extraordinaire. Si l’on n’est pas forcément convaincu d’emblée, c’est après coup que la substantifique moelle de ce livre infuse en nous… Du grand Gipi, assurément !

Qui se souvient que le cerveau d’Einstein fut volé à sa mort ? S’inspirant de ce fait historique « relativement » méconnu, Pierre-Henry Gomont nous propose une fiction pleine de fantaisie, où burlesque rime avec finesse.

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