Le loup-garou, c’est nous…

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – Livre premier © 2018 Emil Ferris (Monsieur Toussaint Louverture)

Alors, il ressemble à quoi, le pavé qui a tout défoncé à Angoulême ? Singulier, hypnotisant, saisissant, trois adjectifs qui ne saurait résumer cette œuvre colossale, dont on a ici que la première partie…

Emil Ferris, acclamée à Angoulême, signe ici une autobiographie coup de poing, extrêmement personnelle et totalement atypique, devant lesquels les mots semblent impuissants à en disséquer le contenu. Dans ce journal intime, l’autrice fait s’exprimer une fillette de dix ans, Karen Reyes — en quelque sorte son double fictionnel —, fascinée par les monstres et les loups-garous. Elle y décrit son quotidien dans le Chicago populaire des années 60, entre une mère étouffante, un peu perchée dans une mystique de pacotille, et un grand frère dur et doux à la fois, bad boy tatoué, artiste dans l’âme et bourreau des cœurs.

Quelle tâche difficile que d’évaluer ce pavé hors norme, qui ose à ce point défoncer tous les codes du neuvième art ! Impossible de rester indifférent à une œuvre aussi démentielle, tant sur la forme que sur le fond. Il va sans dire que plus d’un lecteur sera désarçonné devant ce monument éditorial ardu (dont nous n’avons ici que le livre premier…). Il faudra une certaine persévérance — et du cran peut-être — pour aller jusqu’au bout de ce voyage labyrinthique dans les tréfonds d’une âme humaine aussi torturée que celle d’Emil Ferris. Comme son autrice, cet ouvrage n’est pas dans la norme, il possède quelque chose de monstrueux et de bancal, avec ce dessin au stylo bille plaqué sur les pages d’un vulgaire cahier à spirales, mais une monstruosité envoûtante oscillant entre la laideur simpliste du crobard et la pure beauté, que l’on admire telle une dentelle découpée au scalpel.

Des cases sporadiques nous rappellent qu’il s’agit bien d’une bande dessinée, mais Emil Ferris s’autorise ici toutes les libertés de mise en page. On n’est pas toujours certain du sens de lecture, mais malgré ce foutoir apparent, on réalise que la narration est bien présente et respecte une certaine cohérence. L’aspect insolite de l’objet finit par exercer une certaine fascination, pour peu que l’on se donne la peine de poursuivre au-delà des trente premières pages. Et comme son titre le suggère, de monstres il est beaucoup question. A commencer par la principale protagoniste, la jeune Karen, un peu complexée par son physique « pas facile » et qui s’identifie aux monstres des comics de son grand frère Deeze. Après la mort étrange de la belle voisine, Anka, rescapée de la Shoah, dont on peut penser qu’il s’agit d’un meurtre maquillé en suicide, la fillette va revêtir une panoplie de détective trop grande pour elle afin de mener l’enquête à sa manière.

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – Livre premier © 2018 Emil Ferris (Monsieur Toussaint Louverture)

Impossible de parler de cette œuvre fleuve en une seule chronique, mais l’ouvrage fait la part belle aux outcasts, ces êtres à l’écart des codes policés imposés à nos cerveaux par la société de consommation, ces monstres avec leur part d’ombre mais leur lumière aussi. Il y est aussi question de résistance, que ce soit à travers le personnage d’Anka (lorsqu’elle évoque sa vie dans l’Allemagne nazie), de Frankin (sorte de sosie black de la créature de Frankenstein) face au racisme ou encore de Karen, harcelée par ses camarades de classe en raison de sa différence. Et cette résistance, c’est très souvent celle qui doit s’exercer contre la meute imbécile. Ce livre est donc aussi un pavé au sens physique, un pavé que l’on rêve d’envoyer à la figure des salopards qui jouissent à exercer leur pouvoir de domination sur les plus faibles, les femmes et les minorités en général.

Emaillé de couvertures de comics horrifiques représentant des scènes d’agressions contre des femmes par des monstres de toutes sortes — saisissantes métaphores de la domination masculine, ces publications étant destinées le plus souvent aux jeunes mâles américains — le livre révèle le talent graphique de cette autrice inclassable qui la situe entre le style expressionniste et la mouvance alternative – avec ces hachures qui peuvent rappeler un Crumb ou un Joe Sacco. C’est fou tout ce qu’on peut faire avec un Bic quatre couleurs !

On attendra donc le livre second pour se faire une idée définitive de cette œuvre émotionnelle, sombre et déstructurée, née en grande partie de la maladie d’Emil Ferris, piquée par un moustique qui l’a laissé handicapée durant plus de dix ans. Cette première BD aura permis à cette femme courageuse, qui fut d’abord illustratrice, de retrouver sa motricité. Publiée dans l’année de son 55e anniversaire, elle fut rapidement repérée dans le milieu du neuvième art, encensée par des pointures comme Art Spiegelman (forcément) ou Chris Ware, et si bien accueillie en France qu’elle décrocha le Fauve d’or lors de la dernière édition du FIBD d’Angoulême. Une œuvre si riche, si dense, qu’elle mériterait aisément une deuxième lecture, si ce n’est plusieurs.

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – Livre premier
Scénario & dessin : Emil Ferris
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture
416 pages – 34,90 €
Parution : 23 août 2018

Angoulême 2019 : Fauve d’Or (Prix du meilleur album)

Extrait p.17 du journal de Karen :

« Même si j’étais réveillé, je savais qu’ils étaient là, dehors, les G.E.N.S., et qu’un de ces quatre, j’allais y passer. Oh, j’avais pas peur qu’ils me tuent ça non, pfff… J’avais peur qu’ils finissent par me faire devenir comme eux… Grossiers, Ennuyeux, Nuls, Stupides = G.E.N.S. C’est pas vraiment leur métier, genre cuisinier, infirmière ou fermier qui fait d’eux des G.E.N.S. Pas du tout ! C’est qu’ils ne croient que ce qu’ils peuvent voir, sentir, goûter, toucher, entendre ou acheter. Ils disent : « C’est pas possible que ça existe, les monstres, donc ça n’existe pas. »

Le dictionnaire lui, il dit que le mot monstre, ça vient du latin monstrum, et ça veut dire montrer, comme dans démonstration. La vérité, c’est qu’il y a plein de trucs qu’on voit pas, et qui sont pourtant bien là, sous notre nez, comme l’électricité, les microbes, alors peut-être bien… qu’il y a des monstres, là, sous notre nez aussi…

Maman, elle est moitié irlandaise des Appalaches, moitié indienne de… de je ne sais pas trop où. Elle parle d’elle-même comme d’une « bohémienne un peu bouseuse ». Dans le gris de ses yeux, on voit à la fois le brouillard de Dublin et la fumée des calumets… et dans son œil gauche, une tache d’un vert profond, que j’appelle l’Île verte. Et moi, j’avance dans cette étendue grise jusqu’à atteindre l’Île verte au fond de son iris. Elle est couverte de buissons et d’arbres, elle sent bon la terre. C’est comme si maman m’y avait construit un refuge, seulement pour moi (et mes trucs secrets), alors je m’allonge sur un lit de mousse toute douce et je m’endors sous le grand, grand sapin. »

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres – Livre premier © 2018 Emil Ferris (Monsieur Toussaint Louverture)

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Quand l’Homme est là, la cata hélas !

L'Humain – Diego Agrimbau & Lucas Varela

L’Humain © 2019 Diego Agrimbau et Lucas Varela (Dargaud)

Si l’humanité s’éteint un jour, est-il souhaitable de favoriser sa réapparition ? C’est en substance la question posée par ce récit d’anticipation original, aussi ludique que pessimiste.

L'Humain – Diego Agrimbau & Lucas VarelaIl y a un demi-million d’années, la fin du monde a eu lieu. Un couple de scientifiques, Robert et June, en hibernation cryonique en orbite autour de la Terre, attendait le moment opportun pour revenir sur le plancher des vaches. La Planète bleue avait-elle survécu sans l’Homme ? Si la réponse est oui, ce dernier sera-t-il prêt à un nouveau départ ou oubliera-t-il les leçons du passé ?

Si le genre post-apocalyptique est assez commun en science-fiction, c’est avec une certaine curiosité que l’on attendait de voir ce que Lucas Varela allait en faire avec ce récit, qui n’est pas sans rappeler La Machine à explorer le temps de H.G. Wells, ou encore, d’un point de vue plus politique, Au cœur des ténèbres, de Joseph Conrad. A ce titre, l’auteur argentin, qui a connu la dictature de Pinochet, sait assurément de quoi il parle, même s’il n’était encore qu’un enfant lorsqu’elle prit fin. Il a d’ailleurs déjà traité de la question dans L’Héritage du colonel, en collaboration avec Julien Frey (Avec Edouard Luntz). Mais Varela, qui est plus dessinateur que scénariste, possède cette particularité de renforcer l’intérêt pour ses œuvres par un graphisme original et stylé. Une fois encore, on appréciera ici sa ligne claire très moderne, dans une jolie palette de couleurs quasi bichromiques, où dominent les tons rouges et gris. L’univers très dépaysant de la BD évoque la préhistoire, mais certains détails nous disent que ce n’est pas tout à fait la Terre d’il y a 100 millions d’années. On y aperçoit des plantes aux formes bizarres, des canidés capables de se tenir debout, des espèces de singes très différentes (et là on évitera le spoiling) : certains volent ou vivent dans les arbres, d’autres ont des tailles gigantesques ou encore sont cavernicoles (évidemment, on pense immédiatement aux Morlocks).

Pour ce qui est du scénario, Lucas Varela s’est associé pour la deuxième fois avec son complice Diego Agrimbau, lui aussi argentin, après l’étonnant Diagnostics, un album regorgeant de trouvailles et consacré aux troubles mentaux. Doté d’une narration impeccable, L’Humain, qui raconte comment l’espèce humaine va lutter contre sa propre extinction suite à une catastrophe ayant décimé l’humanité entière, à travers un couple de scientifiques dont le projet est de revenir sur Terre cinq cent mille ans après s’être fait cryogénisés. Le récit permet d’aborder une multitude de thèmes, le plus marquant étant la nature humaine et son indécrottable propension à dominer et à conquérir son environnement, et, ce faisant, à le dénaturer, souvent pour le pire… Bien sûr, si la fable écologique demeure en toile de fond, le propos politique n’est pas absent. Les auteurs montrent ainsi comment le pouvoir corrompt et peut transformer un homme au départ rationnel et bienveillant en tyran assoiffé de sang. Robert, seul humain de l’histoire autoproclamé empereur, régnant sur une communauté de singes et de robots, va rapidement basculer dans cette folie hystérique parfaitement décrite dans la nouvelle de Conrad. C’est bien le processus de mise en place d’une dictature qui est décrit ici, et la nationalité des auteurs n’y est certainement pas étrangère. L’autre thème développé est l’intelligence artificielle à travers le personnage d’Alpha, une androïde incarnant la sagesse et l’humanité dont semble peu à peu dépourvu son maître, Robert. Ce qui nous amènera à nous poser la question : le genre humain est-il à ce point stupide qu’il devra confier son destin à des robots pour éviter de disparaître ?

Cette fable sombre et captivante, si éloignée du mythe du bon sauvage cher à Rousseau, fournit matière à réflexion tout en restant récréatif et fluide dans la forme. Même si la trame reste le plus souvent assez prévisible, les rebondissements sont bien amenés et certaines scènes assez spectaculaires. Si humour il y a, il est en mode grinçant — on n’est pas non plus là pour se taper des barres de rire —, et on l’aura compris, l’homo-mégalo en prendra pour son grade. On peut donc sans se tromper qualifier ce one-shot de réussite.

L’Humain
Scénario : Diego Agrimbau
Dessin : Lucas Varela
Editeur : Dargaud
144 pages – 21 €
Parution : 30 août 2019

Extrait p.109 à 111 – Robert, essayant de convaincre Alpha que l’Humanité peut renaître :

« La mission continue, Alpha. Le rêve n’est pas mort. Elles [les singes rouges, ndr] mettront au monde mes enfants. Nos enfants. Tous. Je sais ce que tu vas me dire. Tu vas encore me juger. Mais cette fois, c’est différent, Alpha. Il faut voir plus loin.

L’humanité sera de retour, mais changée. Avec des améliorations. Des « mises à jour ». Et tout ça grâce à moi. Je suis le nouveau créateur, celui qui décide, le verbe et la grâce. L’humanité foulera de nouveau le sol terrestre. Mais cette fois, ce ne sera pas l’Homo Sapiens. Non, je ne suis pas le dernier de mon espèce. Ce sera… le Robert Sapiens… »

L'Humain – Diego Agrimbau & Lucas Varela

L’Humain © 2019 Diego Agrimbau et Lucas Varela (Dargaud)

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Sous le masque, on est flasque

Mes années hétéro © 2019 Hugues Barthe (Delcourt)

Une BD qui célèbre à sa manière le mariage pour tous, avec finesse, en racontant la vie de Rémi, marié pour le pire avec Brigitte, avant de l’être bientôt (peut-être) pour le meilleur avec Pascal.

uand on est né dans la France des années 50, il va sans dire que s’épanouir en assumant son homosexualité, à une époque où celle-ci était encore vue comme une maladie, ne devait pas être chose facile. A l’époque, la question devait rester dans le placard et on ne parlait pas de coming-out. Pour Rémi, qui a grandi près de Rouen, les choses étaient encore plus compliquées. Comme beaucoup dans son cas, il a opté, sous la pression sociale et familiale, pour le mariage (hétéro). Son histoire est mise en image avec beaucoup de justesse par Hugues Barthe, chef de file de la BD française LGBT.

Cette BD s’ouvre en avril 2013 sur le vote du mariage pour tous par l’Assemblée, après des mois de débats houleux et de manifestations outrancières initiées par la frange la plus réactionnaire de la communauté catholique. Alors que pour beaucoup, cette victoire avait un goût amer, Rémi, un homme peu expansif et plutôt discret, déclare ne pas se sentir concerné, n’ayant pas « pris part à la conquête des droits des gays, trop longtemps isolé et englué dans [ses] difficultés personnelles ». Ainsi, celui-ci va nous narrer son histoire, depuis son enfance rouennaise où la vie était exclusivement centrée autour du magasin de ses parents, jusqu’à son union avec Brigitte puis son divorce, et enfin sa rencontre avec son compagnon Pascal dans les années 80. Le lecteur se fait ainsi témoin de ce senior presque apaisé racontant le quotidien du jeune gay qu’il était dans les années 60-70, désireux de se plier à la norme sociale pour satisfaire ses géniteurs, au détriment de ses propres désirs ravalés dans la culpabilité et la frustration.

Si intéressante soit-elle, cette histoire pourrait presque sembler d’une banalité affligeante pour nombre d’homosexuels, qui pourtant se reconnaîtront aisément dans ce portrait. Son mérite principal réside dans la sincérité d’un témoignage qui, évitant tout pathos, décrit avec simplicité une vie ordinaire loin des clichés, celle d’un « monsieur tout le monde » évoquant ses « années hétéro », permettant au lecteur lambda – donc majoritairement attiré par le sexe opposé – d’actionner ses ressorts empathiques.

Comme d’habitude, la simplicité du trait minimaliste de Barthe ne fait pas dans l’esbroufe, visant seulement à raconter des tranches de vie ordinaires. Ordinaires, oui, car si l’auteur de Dans la peau d’un jeune homo a choisi le personnage de Rémi, c’est sans doute en partie pour sortir des caricatures auxquelles souvent le pédé est associé, bien souvent de son plein gré d’ailleurs. Ici, pas question de se rincer l’œil : les rares scènes de cul restent peu explicites, et on y voit que peu d’adonis en petite tenue. L’auteur préfère aborder de façon subtile des sujets plus sérieux qui finalement concerne tout un chacun comme l’importance du lien filial, la pesanteur hypocrite des normes sociales ou encore la vieillesse.

Hughes Barthe nous propose ainsi une œuvre « post-mariage pour tous » très mature, évitant l’angélisme benêt ou l’acrimonie revancharde envers les opposants homophobes d’un autre siècle. A travers ce personnage introspectif qu’est Rémi et son parcours, il préfère montrer comment les mentalités ont évolué, terminant son récit comme il avait commencé, sur la célébration « en famille » (Rémi s’étant réconcilié avec son ex…) du vote du mariage gay. Le livre se clôt ainsi sur l’image de ces deux hommes ordinaires, heureux d’être ensemble, affichant un sourire incrédule devant leur « millénial » de petit-fils lorsqu’il leur demande, de la façon la plus naturelle, s’ils envisagent de se marier.

Mes années hétéro
Scénario & dessin : Hugues Barthe
Editeur : Delcourt
Collection : Encrages
192 pages – 17,50 €
Parution : 28 août 2019

Extrait p.161-162 – Rémi :

« Étant attiré exclusivement par les jeunes hommes, je croyais peu au charme de la quarantaine. Le temps avait passé, je m’en rendais bien compte à ce moment-là, j’étais un vieux beau en devenir. Certaines connaissances de mon âge entre quarante et cinquante, en vieillissant, s’étaient mises à haïr les jeunes. Dès qu’elles en rencontraient un, elles se sentaient mal à l’aise, insultées par leur beauté.

Leur haine de la jeunesse les rendait féroces. Ce qu’elles auraient aimé, c’est que la beauté soit détruite, qu’elles disparaissent de la surface de la Terre. J’étais sûr que je ne deviendrais pas comme elles. Parce que ça m’était égal de vieillir. D’ailleurs, je vivais entouré de jeunes qui m’adoraient. »

Mes années hétéro © 2019 Hugues Barthe (Delcourt)

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Une majestée égarée dans les rêves de l’enfance

Le Roi des scarabées © 2014 Anne-Caroline Pandolfo & Terkel Risbjerg (Sarbacane)

Ayant rencontré peu d’écho à sa sortie en 2014, cette brillante bande dessinée au souffle romanesque méritait pourtant qu’on s’y attarde. Dans la catégorie « chefs d’œuvre oubliés » est nommé…

ksel Storm avait toutes les qualités pour devenir un grand poète. Né dans le petit village danois de Svanegård d’une mère belle comme une princesse, mais souffrant d’ennui dans sa grande maison campagnarde, délaissée par un mari affairiste, le petit Aksel grandira dans un monde onirique, entre ses chimères de légendes et l’amour d’une mère trop fragile. Pour oublier l’échec de sa propre vie, celle-ci consacrera toute ses forces à sublimer son fils, voyant en lui un génie de la poésie capable de l’emmener au bout du monde…

Il est parfois salutaire de faire un pas de côté dans la course folle de nos vies, et quand on parle de bande dessinée, de prendre le temps de s’extraire du rythme échevelé des parutions… Il arrive alors que l’on déterre une pépite oubliée, par hasard ou sur les conseils d’un ami ou d’un frère (ou les deux en même temps), avec cette sensation d’être privilégié, alors que quasiment tout le monde, qu’il s’agisse du public ou de la critique, semble être passé à côté…

La pépite en question, c’est Le Roi des scarabées, une adaptation librement inspirée du roman Niels Lyhne, publié en 1880 par l’écrivain et poète danois Jens Peter Jacobsen. Sans avoir lu le livre, difficile de dire si la qualité narrative de l’ouvrage est due à ce dernier ou à Anne-Caroline Pandolfo elle-même. Quoi qu’il en soit, il y a un vrai talent de conteur derrière tout cela, et c’est avec une immense fascination que l’on suit le parcours de cet anti-héros qu’est Aksel, aussi performant en poète lunaire qu’en loser mélancolique. Et il le prouve admirablement : on peut parfaitement être un perdant magnifique et faire montre de panache en délaissant l’ignoble réalité âpre et butée pour la folie douce, envisagée ici comme un refuge merveilleux peuplé de scarabées aux reflets lumineux, « sauvages et raffinés à la fois ».

Le Roi des scarabées © 2014 Anne-Caroline Pandolfo & Terkel Risbjerg (Sarbacane)

Aksel, poète blessé et agrippé au monde de l’enfance… L’horloge tournera trop vite pour ce doux tocard contemplatif qui décevra les espoirs trop lourds à porter de sa mère qui voulait voir en lui un futur poète de génie adulé par le monde entier et une planche de salut pour s’extirper de la boue de sa campagne où elle mourrait à petit feu, déçue par un mariage pourtant prometteur… Mais comme par une sorte de malédiction familiale, Aksel va être à l’adolescence totalement subjugué puis aspiré par cet « astre noir » qu’est Fredrik, fils charismatique d’une cousine de son père et talentueux dessinateur promis à une carrière artistique. Aksel scellera très tôt avec Fredrik un pacte d’amitié comme on scelle un pacte avec le diable. Il partagera quelques temps la vie de son complice à Copenhague, mais celui-ci, également désireux de l’encourager dans son art, sera vite consumé par son inclination aux plaisirs terrestres. Son attirance pour l’ivresse et les jolies femmes aura finalement raison de son talent, et cet écorché vif exubérant, « lamentable jouisseur » comme il se définira lui-même, connaîtra une fin tragique, entraînant Aksel vers des gouffres existentiels dont il ne se sortira pas.

Pour mettre en valeur cette histoire prenante traversée par de très beaux personnages, Terkel Risbjerg nous livre un dessin pur, en noir et blanc, comme s’il avait trempé son pinceau dans les tréfonds de son âme, conférant à l’œuvre une qualité poétique remarquable, ce qui est la moindre des choses ici. Alimenté par les sensations, le trait semble inachevé, d’une tournure minimaliste exprimant l’essentiel des choses et des sentiments, avec une splendide évocation des rêves enfantins. C’est très fort, très puissant.

Fidèle à la grande tradition romanesque, ce chef d’œuvre, qui nous immerge dans l’hiver danois du XIXe siècle tout en rendant superbement hommage au monde de l’enfance, suscite une réflexion profonde sur l’identité et la folie en poussant le parcours de chaque personnage vers des extrémités spectaculaires qui laissent le lecteur sidéré. Sous une obscurité apparente liée à un contexte climatique glacial et à la description de destins funestes, une certaine luminosité émerge, de l’ordre peut-être de celle qui se reflète sur les ailes des scarabées.

Le Roi des scarabées
Scénario : Anne-Caroline Pandolfo
Dessin : Terkel Risbjerg
Editeur : Sarbacane
221 pages – 24 €
Parution : 29 janvier 2015

Δ Adaptation du roman Niels Lyhne (1880), de Jens Peter Jacobsen

Extrait p.133-136 – Échange entre Aksel et Klara, sa mère, peu de temps après la mort du père :

Klara — Tu te souviens… Tu me promettais toujours de m’emmener en voyage sur des navires magnifiques… Tu voulais me faire visiter le monde entier. Je l’ai attendu ce navire, Aksel. Ce n’est pas pour moi que je l’ai attendu… Je voulais que tu aies une vie riche, captivante, que tu choisisses un idéal et une foi bien à toi, que tu te lances corps et âme, avec passion !
Aksel — Tu voulais que je sois un héros, un être exceptionnel… tu voulais que je repeigne le monde pour qu’il ressemble à tes rêves, et finalement, on est restés comme des idiots, tous les deux, sur un quai fantôme à attendre un navire qui n’existe pas. Mais ce n’est pas encore fini ! Fais-moi confiance. Encore un peu. Je suis un poète, tu dois le croire ! Désormais, je vais m’y consacrer totalement, jusqu’à mon dernier souffle ! Je sens au fond de moi cette force qui ne demande qu’à exploser au grand jour ! Et tu sais pourquoi ? Parce que je te le dois à toi, maman. Je te dois d’être ce que je suis et de vouloir être plus grand encore ! Je vais lutter ! Je ne me laisserai plus jamais faiblir. Il faut me croire.

Le Roi des scarabées © 2014 Anne-Caroline Pandolfo & Terkel Risbjerg (Sarbacane)

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Un hommage romancé à un héros anarchiste

Le Vent des libertaires, épisode 1/2 – Philippe Thirault et Roberto Zaghi

Le Vent des libertaires, épisode 1/2 © 2019 Philippe Thirault et Roberto Zaghi (Les Humanoïdes associés)

Une BD qui réhabilite Nestor Makhno, un juste qui s’est battu pour la cause du peuple, véritable Robin des bois de la Révolution russe au destin tragique, trahi et dénigré par ses alliés bolcheviks.

ette BD historique nous fait faire connaissance avec l’anarchiste ukrainien Nestor Makhno, quelque peu oublié par la grande histoire mais qui aurait pu changer la face de l’Europe au début du XXe siècle. Car son rôle au sein du mouvement libertaire fut loin d’être négligeable. Mais ce combattant qui traversa un demi-siècle de révoltes et de révolution, et dont la devise était « La liberté ou la mort », dut lutter contre plusieurs fronts, les fascistes aussi bien que les communistes. Ces derniers, censés être ses alliés, n’ont jamais hésité à le trahir et à le calomnier de la façon la plus inique, pour finalement parvenir à le briser.

Quelque peu oublié par la grande Histoire, Nestor Makhno aurait pourtant bien mérité de figurer au panthéon des héros révolutionnaires voulant renverser l’ordre établi, bien devant Staline ou même Lénine. Héros romantique et charismatique issu d’une paysannerie très pauvre, celui-ci prônait l’avènement d’une société égalitaire gérée par le peuple et pour le peuple. Il y réussit partiellement dans son Ukraine natale, en constituant en 1918 une armée forte de 50.000 hommes (la Makhnovchtchina) pour combattre les Armées blanches et mettre en place un système collectiviste et autogéré pour la production nationale agricole et industrielle. Cela ne se fit pas sans mal puisqu’il fallut recourir à la violence face à une caste de puissants qui ne voulaient pas renoncer si facilement à leurs privilèges. Mais dans la guerre civile qui opposa les Russes blancs et les bolcheviks pendant trois ans, Makhno dut fuir vers la France après avoir été trahi par l’Armée rouge et subi les calomnies abjectes des partisans du nouveau pouvoir soviétique. C’est à Paris en 1934 qu’il finit ses jours, malade et miséreux, une bien triste fin pour l’homme de bien qu’il fut.

Avec à son actif une bonne vingtaine de scenarii, Philippe Thirault n’est pas vraiment un nouveau venu dans la bande dessinée. Il signe ici un récit bien construit et fluide, sans déroger aux codes du genre historique. De la vie mouvementée – à la fois riche et tragique – de Makhno, l’auteur en tiré une histoire ultra romancée – même s’il n’a pas oublié l’aspect politique – qui pourra plaire également aux amateurs d’aventure. Une option critiquable peut-être, mais qui aura le mérite de faire connaître le héros ukrainien à un plus large public. Quant au dessin, on ne peut pas faire plus académique, mais cela n’enlève rien au talent de Roberto Zaghi pour qui le contrat est rempli sur le plan du réalisme et du souci du détail.

Si d’un point de vue formel Le Vent des libertaires ne brille pas par son originalité, on sait gré aux auteurs d’avoir mis un coup de projecteur sur cette figure délaissée et pourtant notable de la Révolution russe et du mouvement libertaire en général. A une époque où toute velléité de rébellion de la société civile semble condamnée d’avance par les instances politico-médiatiques, ce type d’œuvre reste toujours appréciable. On peut même avouer avoir envie de lire la suite de ce diptyque annoncé.

Le Vent des libertaires, épisode1/2
Scénario : Philippe Thirault
Dessin : Roberto Zaghi
Editeur : Les Humanoïdes associés
56 pages – 14,50 €
Parution : 21 août 2019

Extrait p.3-4 – l’histoire s’ouvre en février 1934 sur un appel à la grève des communistes, aux abords de l’usine Renault de Boulogne-Billancourt où est employé Nestor Makhno :

Un syndicaliste — Camarades ! Le 6 février, les ligues fascistes ont voulu faire un coup d’Etat ! Le gouvernement sanglant de Daladier a déjà abdiqué devant les réactionnaires ! Le parti radical et son soutien le parti socialiste font le lit du fascisme ! Toujours à la pointe des masses, la CGTU et le parti communiste organisent une grande manifestation place de la Nation et appellent à la grève générale !
(apercevant Makhno) Viens à la manifestation ! C’est pour la défense de notre liberté, camarade !
Makhno — Ton syndicat et ton parti sont totalement inféodés au parti communiste de l’Union soviétique, qui a réduit en esclavage ceux qu’il prétendait affranchir. Staline et son toutou Thorez ne valent pas mieux que les fascistes !
Un autre syndicaliste — Ta gueule, salaud ! Tu insultes des hommes courageux, de grands hommes, et tu déshonores ta condition. Ferme ta bouche, ou bien je te pète les dents !
Makhno (saisissant l’homme à la gorge) — C’est toi qui va la boucler. Pleutres. Ce n’est pas la propagande du Komintern qui vous apprendra le courage.

Le Vent des libertaires, épisode 1/2 – Philippe Thirault et Roberto Zaghi

Le Vent des libertaires, épisode 1/2 © 2019 Philippe Thirault et Roberto Zaghi (Les Humanoïdes associés)

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Quand mathématique rime avec poétique

Le Théorème funeste – Alexandre Kha

Le Théorème funeste © 2019 Alexandre Kha (Tanibis)

L’histoire incroyable et mouvementée d’un tout petit énoncé mathématique, pour un tout petit ouvrage qui l’air de rien, pourrait bien réconcilier nombre d’entre nous avec les maths !

u XVIIe siècle, lorsque Pierre de Fermat mourut, on retrouva dans son carnet de notes un énoncé dans son carnet de note. Le mathématicien, quelque peu facétieux, prétendait n’avoir pas la place pour inscrire la solution. C’est ainsi que pendant trois siècles, ses confères dans la discipline s’arrachèrent les cheveux pour tenter de résoudre l’énigme, quand ils ne se suicidaient pas… Ce n’est qu’en 1994 que la démonstration fut établie par le britannique Andrew Wiles !

Avec cette petite bande dessinée à la couverture souple qui se lit comme un fascicule (43 pages), Alexandre Kha s’est offert une parenthèse, loin des mondes fantastiques desquels il est coutumier. Encore que…Découvert à sa mort dans un exemplaire de son livre de Diophante, le théorème de Fermat postulait que (attention, on se concentre !) il n’existe pas de nombres entiers strictement positifs x, y et z tels que : xn + yn =zn dès que n est un entier strictement supérieur à 2.

A travers cette anecdote réservée aux initiés, l’auteur rend en quelque sorte hommage aux mathématiciens qui ont marqué l’Histoire (Pythagore, Archimède, Evariste Gallois, Sophie Germain, Paul Wolfskehl, Yukata Taniyama…) mais en particulier à Pierre De Fermat ainsi qu’à Andrew Wiles, qui fut le premier à découvrir l’énigme, il y a seulement vingt-cinq ans !

Si Le Théorème funeste peut se concevoir comme un ouvrage de vulgarisation, il faudra tout de même être familier des nombres et autres équations pour mieux appréhender l’objet. On pourra bien sûr se contenter de savourer l’envoûtant trait lunaire d’Alexandre Kha, plus minimaliste qu’à l’accoutumé mais conservant toute sa poésie, prouvant ainsi que celle-ci peut faire bon ménage avec les maths. Les mathématiques, qui pour beaucoup étaient une véritable hantise à l’école, appartiennent pourtant bien au monde de l’esprit, et à ce titre peuvent se révéler absolument fascinantes. Elles peuvent même paraît-il receler une très grande beauté pour certains. En nous faisant pénétrer un domaine pas toujours accessible au commun des mortels, à l’aide d’étonnantes métaphores graphiques, l’auteur nous invite peut-être aussi à nous initier en passant outre nos préjugés. Il est presque dommage que l’ouvrage soit aussi court, nous faisant un peu rester sur notre faim…

Le Théorème funeste
Scénario et dessin : Alexandre Kha
Editeur : Tanibis
44 pages – 7 €
Parution : 21 août 2019

Extrait p.10-11 :

« Les mathématiciens aiment les défis. Le fantôme de Fermat hanta longtemps leurs esprits. Le problème paraissait si simple. Il avait forcément une solution. On ne pouvait pas vérifier tous les nombres un par un puisqu’il en existe une infinité. Il fallait donc une preuve mathématique. Une suite d’arguments basés sur des déductions logiques qui s’enchaînent les unes après les autres… jusqu’à la preuve irréfutable.

L’énigme fit tourner les têtes ! De brillants esprits sacrifièrent leur vie pour cette mystérieuse et belle équation ? Léonard Euler s’élança le premier, développant l’utilisation des nombres imaginaires, travaillant la nuit, s’usant les yeux. La perte d’un œil ne le découragea pas. Ses recherches avancèrent à grands pas. Puis il perdit son deuxième œil et progressa encore plus vite, démontrant l’absence de solution pour x3 + y3 = z3. . Certains prétendent que sa cécité aurait même fait reculer les limites de son imagination. »

Le Théorème funeste – Alexandre Kha

Le Théorème funeste © 2019 Alexandre Kha (Tanibis)

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Une affaire de conquêtes

Les Indes fourbes © 2019 Alain Ayroles & Juanjo Guarnido (Delcourt)

Quand le scénariste de De cape et de crocs rencontre le dessinateur de Blacksad, ça a toutes les chances de donner du lourd. Et C’EST du lourd. Les Indes fourbes, le must de la rentrée BD !

ette aventure épique, dans la grande tradition du roman picaresque, nous narre les tribulations de don Pablos de Ségovie, mendiant magnifique mais peu recommandable, bien décidé, malgré les innombrables dangers, à se faire une place au soleil, celui d’Amérique du sud – qu’à cette époque on croyait être les Indes -, grâce à un lieu mythique et plein de promesses : l’Eldorado. Handicapé par des origines misérables, il ne reculera devant rien pour arriver à ses fins, accumulant les coups sans broncher et endossant mille personnages afin de traverser toutes les couches de la société et ainsi mieux tromper son monde…

Juanjo Guarnido (Blacksad) et Alain Ayroles (De cape et de crocs) ont uni leur talent pour produire une œuvre remarquable à tous points de vue. Tout comme leur héros Pablos, le lecteur embarque pour le Nouveau monde avec délectation. Certes, les rebondissements seront nombreux et les conséquences plus âpres pour le premier, dur à la douleur, qui parviendra néanmoins à retomber sur ses pieds à chaque coup du sort, en ressortant comme renforcé, comme dopé…

Alain Ayroles nous a concocté ici un scénario aux petits oignons, qui est en fait la continuation du roman picaresque « El Buscón (Vie de l’aventurier Don Pablos de Ségovie) », signé d’un certain Francisco de Quevedo, figure majeure des lettres ibériques au XVIIe siècle. A la fin du livre, qui se situait en Espagne, l’écrivain annonça une suite qui ne vit jamais le jour. Le créateur de « Blacksad » avait toujours été fasciné par ce classique de la littérature espagnole. Quant à Alain « DCEDC » Ayroles, il envisageait de raconter les aventures de Don Quichotte dans le Nouveau monde. C’est donc tout naturellement que les deux auteurs ont conçu ce projet haut en couleurs.

Dans un style littéraire soigné, Ayroles fait s’exprimer le narrateur principal, qui n’est autre que Pablos, en s’inspirant du langage de l’époque. L’histoire est extrêmement bien construite, respectant la linéarité du roman picaresque, avec plusieurs récits enchâssés au sein du récit central. C’est sans relâche que nous suivons les péripéties de Pablos, personnage ambigu qui suscite autant la pitié que la répulsion, même si cette fripouille pour le moins rusée a des raisons de vouloir s’extirper de sa condition sociale calamiteuse. Le twist final est juste ahurissant, mais l’auteur parvient à le rendre crédible de façon subtile, avec une ironie totalement subversive contre tous les puissants de ce monde. Du reste, le propos de cette saga au souffle épique reste tout à fait transposable à nos sociétés contemporaines, où la misère la plus noire côtoie plus que jamais la richesse la plus obscène.

Juanjo Guarnido de son côté ne fait que, preuve s’il en fallait, confirmer son talent, quand bien même les animaux ont repris ici leur rôle de figurants silencieux… De Blacksad, les humains ont conservé le sourire carnassier ou les yeux de chien battu selon les cas. Pour le reste, le dessinateur espagnol nous emmène littéralement au cinéma, tant la représentation des paysages de l’Altiplano et de l’Amazonie est époustouflante. Le passage décrivant la découverte de l’Eldorado par Don Diego et ses hommes est à couper le souffle. Confessant s’être rendu au Pérou pour parvenir à un rendu le plus réaliste possible, Guarnido n’a utilisé que des couleurs directes, à l’aquarelle, et le résultat est somptueux.

A n’en pas douter, Les Indes fourbes s’impose d’emblée comme une réussite et rencontrera le succès, plus que mérité. Cela apparaît presque comme une évidence quand on sait que ces deux auteurs talentueux avaient l’envie de travailler ensemble. Cette brillante épopée, qui prouve que l’alchimie entre les deux hommes a parfaitement fonctionné, figurera non seulement parmi les meilleurs albums de 2019 mais également au panthéon du neuvième art. À noter en outre que l’objet est publié en grand format et dans un superbe tirage.

Les Indes fourbes
Scénario : Alain Ayroles
Dessin : Juanjo Guarnido
Editeur : Delcourt
160 pages – 34,90 €
Parution : 28 août 2019

Extrait p.29-30 – Pablos raconte :

« Nous atteignîmes sans peine la vallée. C’est là que je vis pour la première fois les natifs des Indes ! Ils ressemblaient en tout point aux descriptions qu’en font les livres. Protégés par une solide bulle papale et réputés ennemis de l’effort, les Indiens ne pouvaient être utilisés comme esclaves. Ces intrus par anticipation ne servaient donc à rien.

Mes compagnons mettaient du cœur à l’ouvrage. Sans doute, au pays, avaient-ils été de braves gens, mais les colonies en avaient fait de sales gosses laissés sans maître. »

Les Indes fourbes © 2019 Alain Ayroles & Juanjo Guarnido (Delcourt)

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