Un « bl-héros » à blairer

Séverin Blaireau, Mémoire de pirate © 2018 Chandre (Sarbacane)

Un blaireau tonton-gâteau, une jeune pirate amnésique dans un bateau échoué… Des ingrédients parfaits pour une histoire pleine de charme et aux couleurs de l’automne… Vos enfants vont adorer !

éverin Blaireau vit au rythme des saisons dans sa petite chaumière campagnarde. Par un matin d’automne, il découvre de petits messages énigmatiques amenés par le vent. C’est alors qu’il tombe sur un vieux galion égaré en pleine forêt…

Sarbacane, éditeur indépendant encore jeune (à peine vingt ans d’existence), suscite chaque année un intérêt croissant au Festival d’Angoulême. Il suffit d’aller aux abords de leur stand pour le vérifier. Et cette année pour la première fois, une de leurs productions a été récompensée, avec le Fauve polar attribué à Villevermine de Julien Lambert. L’éditeur, qui a mis l’accent sur une certaine créativité éditoriale à la croisée de deux arts, littérature et image, voit ainsi ses efforts récompensés. Son credo étant également d’amener les enfants vers les livres, Sarbacane propose au jeune public un épais catalogue d’albums et de bandes dessinées que celle-ci vient enrichir.

Avec Séverin Blaireau, Chandre nous entraîne dans un univers très chaleureux qui à coup sûr ravira le jeune public. Son drôle de blaireau grassouillet et débonnaire, affairé à la cueillette et au stockage de vivres en prévision de l’hiver, mène une vie tranquille. Celle-ci va vite se trouver bouleversée par la découverte, sur le canal traversant la forêt avoisinante, d’un navire occupé par une jeune pirate au caractère explosif atteinte d’amnésie. N’écoutant que son cœur, ce bon samaritain va tout mettre en œuvre pour l’aider à reconstituer le puzzle de sa mémoire et reprendre ainsi la mer.

D’emblée, le jeune lecteur sera happé par le cadre charmant et coloré des aventures très localisées de ce blaireau aussi balourd qu’attachant, et néanmoins très énergique. L’environnement champêtre est joliment représenté dans son habit automnal et foisonne de détails. Le lecteur adulte peu complaisant que je suis trouverait bien à redire sur l’aspect moins abouti des personnages, en particulier de la fillette – un rien agaçante par ses fougueux caprices à répétition -, mais ces petites imperfections font heureusement oublier une bonne qualité de cadrage et de mouvement.

Quant à l’histoire, à défaut d’être palpitante, elle reste fluide par sa simplicité, et sa touche d’humour et de poésie devrait séduire les plus jeunes. Grâce à Chandre, le blaireau, mal aimé parmi les animaux, considéré à tort comme nuisible, apparaît ici sous un jour plus favorable, si favorable qu’on lui ferait d’ailleurs bien de gros câlins. Et en plus, ça nous change des ours…

Séverin Blaireau – Mémoire de pirate
Scénario & dessin : Chandre
Editeur : Sarbacane
44 pages – 12,50 €
Parution : 5 septembre 2018

Séverin Blaireau, Mémoire de pirate © 2018 Chandre (Sarbacane)

Publicités
Publié dans Jeunesse | Tagué , , , | 1 commentaire

Papaoutai papateki ?

Un putain de salopard, tome 1 : Isabel – Régis Loisel et Olivier Pont

Un putain de salopard, tome 1 : Isabel © 2019 Régis Loisel et Olivier Pont (Rue de Sèvres)

Loisel revient, accompagné d’Olivier Pont au dessin, avec une nouvelle série prometteuse, qui voit un jeune homme partir en quête d’un père inconnu, au cœur d’une Amazonie hostile.

Un putain de salopard, tome 1 : Isabel – Régis Loisel et Olivier Pontprès la mort de sa mère, Max est revenu dans le Brésil de son enfance pour retrouver son paternel, dont il ignore tout, jusqu’au visage. Son seul indice : deux photos où il pose en compagnie de sa mère et d’un homme. Problème : l’homme n’est pas le même sur les deux clichés…Une quête personnelle qui va se transformer en aventure mouvementée en milieu hostile, mais lui permettra de faire aussi de belles rencontres…

Présentée comme la nouvelle série événement par l’éditeur Rue de Sèvres, Un putain de salopard réussit avec ce premier tome son entrée en matière. Avec Régis Loisel au scénario, on n’en attendait pas moins. Plus connu comme dessinateur, celui-ci a également prouvé qu’il savait raconter des histoires, avec notamment sa fameuse adaptation de Peter Pan. Pour ce projet les pinceaux ont donc été confiés à Olivier Pont, dont l’œuvre la plus connue reste jusqu’à présent Où le regard ne porte pas…

Cela faisait un moment que les deux hommes souhaitaient travailler ensemble, depuis le jour où ils passèrent des vacances ensemble en Guyane. Fort logiquement, l’histoire se déroule donc en Amérique du sud, à proximité du chantier de la Transamazonienne, ce qui confère au récit un côté western à la Indiana Jones. Si la narration reste de facture assez classique, elle est particulièrement bien construite, avec un humour bien senti, parvenant à nous captiver dès les premières pages, notamment grâce à des personnages très réalistes. Des personnages somme toute ordinaires, qui pour le coup n’ont pas le profil du héros type, avec lesquels le lecteur peut ainsi facilement s’identifier. Par sa candeur et sa jeunesse, Max n’a en effet rien de Harrison Ford – il vient juste en touriste ! – pas plus que les personnages féminins, les « trois C… », n’évoquent Lara Croft… Les auteurs ont joué la carte de la modernité, en intégrant l’évolution des mœurs, prenant totalement à contrepied les tenants de la BD à papa. En dehors de Max, il y a donc Charlotte et Christelle, le couple de lesbiennes infirmières, et Corinne, la jolie expat au caractère bien trempé et à la sexualité libre – il faut tout de même préciser que cela se passe dans les années post-hippies !

Et tout cela ne concerne que l’introduction, car l’histoire va s’emballer au bout de quelques pages pour ne plus rétrograder, avec maintes péripéties dans un environnement où les hommes ne sont pas des enfants de chœur… C’est par ce contraste typologique que réside en grande partie l’intérêt du récit.

Graphiquement, on ne sera aucunement déçu par le trait enlevé d’Olivier Pont, bien en accord avec le dynamisme de la narration et pas si éloigné de celui de son camarade Loisel. Il consiste en un dosage savant entre burlesque franco-belge et finesse des expressions, excluant toute vulgarité même lorsque les corps sont dénudés… Par ailleurs, il serait injuste de ne pas relever la participation du coloriste François Lapierre, qui a fait un très beau travail sur les nuances de vert de la jungle amazonienne.

Lorsqu’on arrive au terme de ce premier chapitre, il va sans dire qu’on a envie de voir à quoi il ressemble, ce « putain de salopard ». Car c’est pour l’instant le seul qualificatif, pour le moins peu élogieux, qui définira le père inconnu de Max, pour peu qu’il soit encore de ce monde… On espère juste qu’il ne faudra pas attendre huit tomes pour en avoir la révélation et que, malgré toutes ses qualités, cela ne sera pas une série à rallonge de plus. J’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’une trilogie, ce qui serait une très bonne nouvelle !

Un putain de salopard, tome 1 : Isabel
Scénario : Régis Loisel
Dessin : Olivier Pont
Editeur : Rue de Sèvres
88 pages – 18 €
Parution : 24 avril 2019

Extrait p.18-19 – Madame Margarida, une habitante du village, amie de Corinne, aborde Max :

Madame Margarida — Corinne m’a raconté, c’est toi qui recherche ton père ? Paraît que tu as des photos ? Montre-moi…
Corinne — Thé ? Café ? Avec du lait ?
Madame Margarida — Lui, jamais vu ! Mais l’autre, si c’est ton père, c’est un salopard… Un putain de salopard ! Il était connu sous le nom de Mermoz.
Max — Mermoz ? Comme l’aviateur ?
Madame Margarida — Ouais ! Sauf que lui, c’est pas du courrier qu’il transportait entre ici et la Guyane… Plutôt des trucs pas très catholiques…
Max — Alors, il pilotait des zincs…
Madame Margarida — De toute façon, si c’est ton père, il est mort depuis longtemps…
Max — Mort ? Mais comment ?
Madame Margarida — A ce qu’on raconte, ils étaient deux à avoir piqué un paquet de fric à leur employeur, un caïd de la région, un autre gros salopard lui aussi ! Lui piquer son fric, ça c’était plutôt bien… Mais kidnapper sa fille, ça, mon gars… C’est sacré ! On touche pas ! Tous des salopards, ces mecs !

Un putain de salopard, tome 1 : Isabel – Régis Loisel et Olivier Pont

Un putain de salopard, tome 1 : Isabel © 2019 Régis Loisel et Olivier Pont (Rue de Sèvres)

Publié dans Aventure, Fantastique, Nouveautés | Laisser un commentaire

Les amères chimères d’une femme-enfant

Dans la forêt des lilas © 2019 Nathalie Ferlut & Tamia Baudouin (Delcourt)

L’histoire d’une fillette qui ne voulait pas grandir et se réfugiait dans un royaume imaginaire, jusqu’au jour où l’affreuse réalité étendit ses ailes noires… Une superbe et envoûtante fable poétique.

aith vit seule dans un cottage isolé dans la campagne anglaise. Sa grande sœur Verity habite à Londres avec son mari médecin et ses deux enfants. A la mort de leur père, Verity veut vendre le cottage, contre l’avis de sa sœur cadette, gravement malade, qui veut profiter jusqu’à son dernier souffle de l’immense parc qui entoure la demeure, en compagnie des chimères qui l’accompagnent depuis l’enfance.

Deuxième collaboration entre Nathalie Ferlut et Tamia Baudoin après le latinisant Artemisia, Dans la forêt des lilas lorgne cette fois vers le gothique et les brumes anglaises, et on peut affirmer que c’est une réussite, de façon bien plus évidente que le précédent opus, que l’on sentait corseté par un souci de vérité historique. Rien de tout cela ici, la place est à l’imagination et au monde de l’enfance. Doté d’une très jolie couverture avec incrustations dorées, cet album, où le merveilleux côtoie le vénéneux, envoûte son monde d’entrée de jeu. À Tamia Baudoin, on pardonnera très vite les petites maladresses du trait, tant l’aspect global nous laisse ébahi. Quand la BD se rapproche de la peinture, l’œil est comblé… Si dans Artemisia, on percevait déjà chez l’artiste une forte personnalité graphique, celle-ci explose littéralement ici, tel un feu d’artifice s’épanouissant dans un ciel étoilé. Le spectre des couleurs y est extrêmement riche, même si celles-ci sont plus souvent sombres.

Dans la forêt des lilas, c’est l’histoire de deux sœurs que tout oppose. D’un côté, Verity l’ainée, dont le seul but a toujours été de fuir l’environnement familial étouffant pour mener une vie aisée et « normale » à la ville. De l’autre, Faith, qui refuse d’être adulte et se réfugie dans le monde de l’enfance, un monde devenu inquiétant avec l’apparition d’une créature maléfique, symbolisant la maladie qui lui ronge les poumons. Faith, surnommée Comtesse par son défunt père, aime secrètement l’époux de sa grande sœur, Anton, et cet amour semble réciproque, mais Faith ne veut pas se l’avouer. Verity quant à elle semble plus préoccupée par la vente du cottage familial, ne voyant qu’en Anton le co-fondateur du foyer tant rêvé et le géniteur de ses enfants. Quand elle propose à Comtesse de venir habiter à Londres, celle-ci refuse catégoriquement, préférant s’accrocher à la maison qui l’a vue grandir et à la compagnie de Minon, le prince-chat, et de Biche, la fée. Alors que le temps presse, la rupture entre les deux sœurs semble inévitable, laissant augurer la tragédie…

C’est un très beau récit que nous narre ici Nathalie Ferlut, qui semble aussi à l’aise avec la plume que les pinceaux. Magnifiquement traitée d’un point de vue graphique, cette fable gothique parle de la perte de l’innocence et de la maladie (celle de Comtesse) avec une immense délicatesse. Parallèlement, on observe la relation tendue de ces deux sœurs très différentes qui semblent irréconciliables, jusqu’à ce dénouement, inattendu et bouleversant… C’est un vrai bonheur de se laisser porter vers cet imaginaire aussi inquiétant que foisonnant, empreint d’une grandes poésie, où les terreurs enfantines y apparaissent comme liées à la crainte du passage à l’âge adulte et des lendemains funestes…

Dans la forêt des lilas
Scénario : Nathalie Ferlut
Dessin : Tamia Baudoin
Editeur : Delcourt
72 pages – 18,95 €
Parution : 9 janvier 2019

Extrait p.6 – Faith rêve en compagnie de ses amis imaginaires Minon et Biche :

Faith — Venez ! Le ciel s’éclaircit et je ne veux pas que ce soit déjà le matin ! Allons dans la forêt, il y fait encore sombre !
Biche — Ta sœur va bientôt venir tirer les rideaux !
Faith — Maudite Verity… Je ne vous quitterai pas, vous savez. Déjà, je ne veux pas grandir, et même si ça m’arrive, eh bien, on sera encore ensemble ! Toutes les nuits !
Biche — Tu ne peux pas dire ça ! Un jour, tu voudras des enfants !
Faith — Ça jamais ! Regarde ce qui est arrivé à Maman !
Minon — Le jour se lève !
Biche — Être amoureuse comme Verity, ça doit être si bien…
Faith — Eh bien, Biche, qui es si sage, tu n’auras qu’à prendre ma place, et te chercher un mari ! Moi, je resterai avec Minon !

Dans la forêt des lilas © 2019 Nathalie Ferlut & Tamia Baudouin (Delcourt)

Publié dans Fantastique, Nouveautés | Tagué , , , , | 2 commentaires

De la magie, des idées et du génie pour le dernier Traquemage

Traquemage, t.3 : Entre l’espoir et le fromage © 2019 Wilfrid Lupano & Relom (Delcourt)

Une conclusion en beauté de la fameuse série de « rural fantasy fromagère » au goût de revenez-y, avec jusqu’au bout cette alliance parfaite de burlesque et de merveilleux…

istolin est parvenu à mettre fin au règne du mage Kobéron, augurant du retour à la tranquillité de Saint-Azur-en-Lagune, le petit village de pêcheur englué par les fientes des aigles du tyran. Désormais, il peut regagner sa vallée paisible pour y produire de nouveau son Pécadou. Mais chemin faisant, il devra se méfier des hordes de bandits en embuscade…

Nous voilà donc parvenus à la conclusion de cette trilogie fromagère, avec un troisième tome qui ne faiblit pas en matière de gags et de rebondissements. Cette fois, Pistolin aura même la chance de rencontrer Dieu en personne, sous la forme inattendue d’un vieux jardinier placide. Le créateur va tenter de sortir le pauvre berger des écueils que celui-ci ne semble pas en mesure d’éviter, du fait notamment de sa propension remarquable à l’échec mais aussi d’une capacité de raisonnement quelque peu limitée…

Une fois encore, le lecteur passera un très bon moment grâce au formidable talent des deux auteurs. Indéniablement, Wilfrid Lupano est un excellent scénariste (ça commence à se savoir depuis un petit moment) et maîtrise parfaitement les ficelles pour produire un bon gag en affinité avec l’air du temps : décalé (avec insertion d’éléments contemporains dans une histoire pseudo-médiévale), un rien potache, toujours sous-tendu par des préoccupations actuelles (les ravages d’un libéralisme sans frein, l’écologie…), et servi par des dialogues truculents dans la veine d’un Audiard et ou d’un Astier. Le dessin n’est pas en reste, et Relom fait plus qu’assurer le job. Guère étonnant qu’il ait fait ses premières armes à Fluide glacial et à Psykopat, son style évoquant immanquablement Gotlib, mais un genre de Gotlib cinématographique, car si les mimiques des personnages font péter de rire, l’environnement et les paysages sont admirablement représentés, avec un luxe de détails incroyable et une mise en couleurs très soignée. L’alchimie entre les deux compères semble décidément avoir joué à plein. Résultat : Traquemage s’impose comme une des meilleures séries comiques de ces dernières années avec Les Vieux Fourneaux (pour lequel Lupano est encore aux manettes).

Le tout est extrêmement inventif, avec des personnages bien campés, même quand ils sont secondaires. Outre le gentil et nigaud Pistolin, on se souviendra longtemps de la délurée fée Pompette, de la drôlissime Myrtille, dont le statut est passé de simple cornebique à monstre de foire, ou de l’hilarant Merdin l’enchianteur, aussi crédule que dangereux avec son don de mettre la poisse à quiconque le croise. Et on s’y est tellement attaché depuis le début, à ces drôles de zigues, qu’on a presque l’impression de les connaître de longue date. C’est lorsqu’on referme ce troisième et dernier tome qu’on se dit avec regret qu’une telle série avait tout pour devenir les Astérix et Lucky Luke du XXIe siècle, si les concepteurs n’avaient restreint l’aventure à trois volets… Mais qui sait, devant un succès populaire croissant, peut-on espérer un changement de braquet de la part des auteurs et de l’éditeur ?

Traquemage, tome 3 : Entre l’espoir et le fromage
Scénario : Wilfrid Lupano
Dessin : Relom
Editeur : Delcourt
Collection : Terres de légendes
56 pages – 14,95 €
Parution : 9 janvier 2019

Lire la chronique du tome 1
Lire la chronique du tome 2

Extrait p24-25 – Pistolin débarque au paradis, à la suite d’un guet-apens mortel. Sous l’escorte d’une employée, notre héros s’apprête à rencontrer Dieu pour un petit « debrief », tandis que ce dernier est occupé à tailler ses rosiers :

L’employée — C’est là. Vous dites « Bonjour, je suis ».
Pistolin — « Bonjour, je suis » ?

Pistolin — B… Bonjour, je suis…
Dieu — Oooh, mais je sais qui vous êtes, mon cher ami. On peut dire que vous nous donnez du fil à retordre, vous, alors. Dieu. Enchanté.
Pistolin — P… Pistolin.
Dieu — Oui, ben je sais. Je suis DIEU, quoi.
Pistolin — Glp ! Mais quand vous dites Dieu, vous voulez dire… quel dieu exactement ?
Dieu — Oh, ben Dieu. Juste Dieu. Il n’y a qu’un seul dieu, en fait. Et encore, en étant large… Alors bien sûr, je prends parfois différentes formes, avec des panthéons, des groupes, des familles, des sagas. Mais c’est surtout de la communication, tout ça. Maintenant, si ça vous aide… je peux me diversifier… mais ça rend parfois l’échange… un peu confus.
[pour illustrer son propos, Dieu se transforme successivement en momie, en divinité préhistorique, en bouddha, en lézard géant, en dieu nordique et en totem indien…]
Pistolin — Non non, c’est bon.
Dieu — Tant mieux. Crotte, j’ai piétiné mes glaïeuls.
Pïstolin — Dites, excusez-moi, mais… qu’est-ce que je fais là exactement ?
Dieu — Ben, vous êtes mort, mon cher ami. Et pas de la façon la plus glorieuse qui soit. [Singeant la bonimenteuse que Pistolin a rencontrée juste avant de mourir] « Papâout ! C’est votre jour de chance on dirait »… Tsss… Et depuis le début, c’est comme ça, il faut vous surveiller comme le lait sur le feu. C’est quoi votre problème avec la vie ?

Traquemage, t.3 : Entre l’espoir et le fromage © 2019 Wilfrid Lupano & Relom (Delcourt)

Publié dans Aventure, Contes et légendes, Fantastique, Humour/Comédie, Nouveautés | Tagué | Laisser un commentaire

Un monde enchianteur !

Traquemage, tome 2 – Lupano & Relom

Traquemage, t.2 : Le Chant vaseux de la sirène © 2017 Wilfrid Lupano & Relom (Delcourt)

Alors que vient de paraître le tome 3 qui clôture la trilogie (et dont la chronique sera publiée sur ces pages à la suite de celle-ci), retour sur cet épisode où toute la truculence de Traquemage s’est déployée pour prendre son envol !

istolin, qui vient de quitter son village afin de pourchasser les mages responsables du chaos dans sa vallée paisible, va nous faire vivre des aventures échevelées en compagnie de sa dernière cornebique Myrtille. Bien décidé à obtenir des sirènes l’épée du Traquemage, il va partir pour Saint-Azur-en-Lagune, un petit port qui fut probablement charmant avant d’être submergé par une vase verdâtre et pestilentielle…

Avec ce tome 2, on peut dire qu’on les attendait au tournant, les maîtres de la « rural fantasy fromagère », j’ai nommé Lupano et Relom ! On s’était déjà bien gaussés avec « Le Serment des Pécadous », la suite allait-elle pouvoir nous amuser autant ?

La réponse est juste un oui massif et sans ambiguïté ! Accompagné de sa fidèle et désopilante Myrtille, l’inénarrable Pistolin et toute l’improbable galerie de personnages qu’il va croiser sur sa route ont un vrai talent, à défaut de ne pas être trop futés, celui de déclencher de jubilatoires fou-rires chez le lecteur. Sens très poussé du gag et de la punchline, visages hyper expressifs, Lupano et Relom constituent à l’évidence un duo à la synergie idéale. Le tout est magnifié par un dessin superbe, étonnamment chiadé par rapport au genre, où habituellement on tend à délaisser le décorum pour se concentrer sur l’humour.

Une excellente série qui ragaillardit de belle façon le genre franco-belge en puisant ses références du côté de Fluide Glacial et de Kaamelott, tout en insérant en filigrane des thèmes d’actualité tels que l’ultralibéralisme ou l’environnement. Le Chant vaseux de la sirène est le tome qui risque bien, si ce n’est déjà fait, de faire devenir accros nombre d’entre nous !

Traquemage, tome 2 : Le Chant vaseux de la sirène
Scénario : Wilfrid Lupano
Dessin : Relom
Editeur : Delcourt
Collection : Terres de légendes
56 pages – 14,95 €
Parution : 25 octobre 2017

Lire la chronique du tome 1
Lire la chronique du tome 3

Traquemage, tome 2 – Lupano & Relom

Traquemage, t.2 : Le Chant vaseux de la sirène © 2017 Wilfrid Lupano & Relom (Delcourt)

Publié dans Aventure, Contes et légendes, Fantastique, Humour/Comédie | Tagué | 2 commentaires

Boire ou braquer, il faut choisir !

Calfboy © 2018 Rémi Farnos (La Pastèque)

Quand on veut jouer les cow-boys et qu’on n’est pas très futé à la base, il vaut mieux consommer le Bourbon avec modération ! Un récit oubapien bien barré, d’une grande originalité visuelle.

hris Birden a un problème. Il ne se souvient plus où il a caché le butin du dernier braquage de train qu’il a perpétré avec son frère. Cause du problème : au moment où il a décidé de planquer le butin, Chris était passablement éméché. Le retrouver en trois jours comme il l’a promis au frangin ne sera pas chose facile, à moins que sa bonne étoile ne s’en mêle…

Avec ce western loufoque, Rémi Farnos, remarqué comme « Jeune talent » lors du FIBD 2014, en est à sa troisième publication, cette fois sous les auspices de l’éditeur québécois La Pastèque. Dans un style qui n’est pas sans rappeler Lewis Trondheim, le jeune auteur, nantais d’adoption, se distingue surtout par un choix de mise en page original et peu pratiqué dans la BD. Comme pour ses œuvres précédentes qui elles s’adressaient à un public « jeunesse » – Thomas & Manon (Éditions Polystyrène) et Alcibiade (La Joie de Lire) -, Rémi Farnos joue avec notre rapport à l’espace, dans une démarche qui s’inspire de l’Oubapo, le fameux Ouvroir de bande dessinée potentielle initié par l’Association dans les années 90. Sa spécificité : déstructurer la lecture habituelle de gauche à droite pour en multiplier les sens : de haut en bas, en diagonale, voire de droite à gauche… Comme si les cases, devenues secondaires, avaient été insérées sur la planche une fois le dessin terminé. Ainsi, si une planche représente un paysage dans son intégralité, seuls les personnages, extrêmement minimalistes en comparaison, sont répétés dans des postures différentes, évoluant sur trois ou quatre cases de la page avec pour fonction d’être le fil conducteur de l’histoire.

Cela fonctionne parfaitement et le lecteur prend un vrai plaisir à suivre l’histoire de ces deux cow-boys de pacotille, pas vraiment faits pour le job. Car heureusement, Farnos a la bonne idée d’employer sa technique avec modération, évitant d’en faire un gimmick systématique qui risquerait de lasser. Au contraire, il sait doser ses effets et ménager la surprise. Et c’est bien lorsqu’on réalise, sans forcément s’y attendre, que les cases s’ouvrent soudainement sur une vue panoramique, qu’on ressent une joie quasi enfantine… Et quoi de plus naturel de jouer avec l’espace quand l’histoire se déroule dans les grands « espaces » du Far West ? Du coup, ce n’est pas par hasard si les deux ouvrages précédents s’adressaient aux enfants, l’un deux, Thomas et Manon, se présentant d’ailleurs sous forme de livre-objet incluant des cartes à jouer, à l’aide desquelles le gosse prend part à l’histoire ! Ouvroir, vous avez dit « ouvroir » ?

Remi Farnos est donc un ouvreur d’espace mais pas seulement. Il s’amuse également avec le temps (l’espace étant intimement lié au temps comme on le sait…), avec un récit qui se termine de façon très drôle comme il a commencé… et peut ainsi se lire à l’infini…

On ne s’appesantira pas sur le scénario de Calfboy, qui tout en étant simple et fluide, ne comporte pas un réel intérêt. L’auteur joue davantage sur l’absurdité des situations et démonte scrupuleusement le mythe de l’outlaw, transformé ici en pied nickelé, incapable de se rappeler où il a enterré le butin de ses forfaits un soir de beuverie, juste bon à se faire voler son cheval par une fillette… On n’est pas tordu de rire mais on aura passé un bon moment, surtout par le côté ludique de la mise en page. Au final, c’est avec intérêt que l’on suivra désormais Rémi Farnos, dont l’esprit créatif sur le plan visuel semble être la marque de fabrique.

Calfboy
Scénario & dessin : Rémi Farnos
Editeur : La Pastèque
72 pages – 18 €
Parution : 4 octobre 2018

Calfboy © 2018 Rémi Farnos (La Pastèque)

Publié dans Aventure, Humour/Comédie | Tagué | Laisser un commentaire

Jean Dytar : « Au moment où je faisais l’album, on découvrait l’épave d’un bateau dont je parle dans le livre ! »

Jean Dytar

[Interview vidéo] De passage à Angoulême lors du dernier festival, Jean Dytar revient pour LCOW sur son troisième album, Florida, dans lequel il narre avec brio une aventure coloniale française au XVIe siècle qui a tourné au tragique en Amérique du nord.

⇒  Voir la suite, l’interview et un extrait de l’album

L’interview en vidéo de Jean Dytar :

Propos recueillis le 26 janvier 2019 à Angoulême

Publié dans Interviews, News | Tagué , , | Laisser un commentaire