Polar macabre en pays aztèque

Le Serpent et la Lance, acte 1 : Ombre-Montagne © Hub (Delcourt)

Quand Seven rencontre Les Mystérieuses Cités d’or, cela donne Le Serpent et la Lance. Le premier tome fascinant d’une trilogie ambitieuse et maîtrisée se déroulant dans l’Amérique précolombienne.

Empire aztèque, 1454. Alors qu’une terrible famine fait rage, des momies de fillettes assassinées sont retrouvées aux quatre coins du pays. Les autorités, ne souhaitant pas ébruiter l’affaire, confient l’enquête à Serpent, haut fonctionnaire cruel né difforme et sans bras. Un prêtre influent, Cozatl, dont l’ordre est menacé par une série d’indices, appelle à l’aide son vieil ami Œil-Lance. Curieusement, les trois protagonistes sont liés par un passé commun : ils furent tous les élèves du grand maître Ombre-Montagne…

Difficile de ne pas être impressionné par cette œuvre consistante, qui n’est d’ailleurs que le premier tome d’une trilogie à venir. S’il faut tout de même quelques pages pour rentrer dans l’histoire, après un prélude très mystérieux montrant trois naissances dans un contexte de sacrifices humains destinés à vaincre la famine affectant l’Empire aztèque*, les éléments disparates de ce puzzle introductif vont se recouper assez vite. Il faut dire que la narration est assez complexe, avec nombre de personnages et de lieux aux noms imprononçables. Mais à l’évidence, le lecteur est vite happé par cette intrigue qui fascine d’autant plus qu’elle se déroule dans un contexte temporel et géographique peu connu, puisqu’il se situe quelque cinquante années avant l’arrivée des « conquistadors ». Par la suite on le sait, la culture et le peuple aztèques seront anéantis par une funeste conjonction des épidémies et de la puissance de feu de l’envahisseur espagnol.

Hub, qui se dit fasciné depuis l’enfance par cette civilisation, a très logiquement maîtrisé son sujet. C’est ainsi que l’auteur de Okko s’est lancé dans une reconstitution très poussée — avec moult termes en langue aztèque — de cet empire jadis florissant pour déployer une approche tout à fait atypique : mêler la vérité historique sur une civilisation éloignée dans le temps et peu familière pour l’Occidental moyen, à un genre narratif on ne peut plus actuel et très populaire : le thriller. Un parti pris susceptible de choquer les puristes mais qui fonctionne parfaitement, du fait peut-être qu’à l’évidence, un thriller ne peut que s’accommoder de cette culture qui parfois pratiquait, dans le but de satisfaire les dieux, des sacrifices humains sanglants à une cadence dantesque… Bien sûr, le talent de Hub y est pour beaucoup, et il en fallait pour rendre lisible cette intrigue aux multiples intrications.

Et bien évidemment, son talent ne s’arrête pas à la narration, puisque d’un point de vue graphique, on ne peut être qu’époustouflé par son trait riche et nerveux, précis et expressif, qui redonne un sacré coup de jeune au style franco-belge. Du grand art. L’atmosphère lourde et tendue est renforcée par la colorisation à la fois chatoyante et sombre de Li, laquelle correspond bien à cet univers vivant chargé de violence volcanique. D’ailleurs, et ce sera l’un des rares bémols dans cette chronique, certaines planches apparaissent exagérément foncées sans que l’on sache si c’est vraiment voulu ou s’il s’agit d’un défaut de l’impression, rendant la lecture parfois difficile.

Alors bien sûr, le lecteur, séduit par ce premier volet introductif qui globalement ne fait que poser les bases d’un récit haut en couleurs, attendra avec impatience la suite de la trilogie pour se prononcer définitivement. Mais cet « acte 1 » laisse augurer du meilleur pour une œuvre très ambitieuse, pas encore tout à fait culte mais promise à un beau succès.

*l’Empire aztèque a pris naissance dans ce qui est devenu aujourd’hui le Mexique

Le Serpent et la Lance, Acte 1 : Ombre-Montagne
Scénario & dessin : Hub
(avec l’aide d’Emmanuel Michalak pour le storyboard)
Couleur : Li
Editeur : Delcourt
184 pages – 24,95 €
Parution : 20 novembre 2019

Extrait p.25 – Alors que l’inauguration du Templo Mayor de Tenochtitlan approche le sage Tilitanca s’adresse au roi-prêtre Tlacaelel :

« Derrière les murs robustes de ce palais, au moment même où nous tenons conseil, se joue la destinée de notre peuple. Nombreux sont nos artisans qui s’échinent pour finir à temps les fastueux travaux entrepris sous votre égide.

Prochainement, les plus importants dignitaires du reste de l’empire viendront se prosterner devant la magnificence du nouveau grand temple. Ce joyau se dressera vers le ciel, plus haut et plus beau que jamais.

Nombreux aussi sont nos guerriers qui combattent au côté de notre nouvel empereur, Ahuizotl. Ils collectent les futurs prisonniers que prochainement nous offrirons à nos dieux. Nos prisons en sont pleines. Jour et nuit, nos prêtres officieront… jamais l’eau précieuse n’aura autant coulé, jamais !

Croyez-moi, vénérable Tlacaelel, ces quelques jours feront à tout jamais date dans l’histoire de notre peuple. Je vous le demande donc humblement… vous qui êtes le principal artisan de ces grands travaux, plutôt que de vous préoccuper de ces quelques momies desséchées, ne serait-il pas plus légitime que vous soyez au-dehors à diriger leurs chantiers ? »

Le Serpent et la Lance, acte 1 : Ombre-Montagne © Hub (Delcourt)

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Plagieur mais pas trop

Un auteur de BD en trop © 2020 Daniel Blancou (Sarbacane)

Ayant franchi le cap de la quarantaine, Daniel Blancou transforme son spleen d’auteur de BD en mal de reconnaissance en un petit bijou d’autodérision, doublé d’une exploration facétieuse des coulisses du neuvième art.

Après avoir végété dans la bande dessinée depuis des années, Daniel va faire une rencontre qui va bouleverser sa vie, celle d’un jeune artiste surdoué mais un peu naïf et inconscient de son talent. Daniel, lassé de galérer financièrement en attendant d’hypothétiques propositions des éditeurs, frustré des piètres ventes et de ne jamais voir arriver la reconnaissance, va tenter le tout pour le tout : le plagiat ! Une décision qu’il pourrait vite regretter…

Pour beaucoup, le monde de la bande dessinée se réduit à un monde de bisounours et de petits mickeys, où les auteurs seraient restés de grands enfants, et, n’ayant pas grand-chose à dire, préfèrent s’exprimer avec leurs « crobards ». Fin du cliché. Car en vérité, la réalité n’est pas si rose, et le secteur s’avère une jungle où seuls les meilleurs, les plus chanceux peut-être ou encore les plus malins, c’est-à-dire très peu, survivent. Tous les autres, dans leur grande majorité, connaîtront des fins de mois difficiles et ne poursuivront leur métier que si la passion demeure suffisamment forte à travers les années.

Entre autobiographie et fiction, Daniel Blancou s’est inspiré — très vraisemblablement — de sa propre expérience pour nous livrer cette comédie jubilatoire. L’auteur, qui n’en est pas à ses débuts — il a déjà à son actif six ouvrages — est un bédéaste multi-facettes, aussi à l’aise au pinceau qu’au stylo. Dans le cas présent, cet album fait presque office de carnet intime. Blancou, qui est donc (un peu) Daniel, le protagoniste central, prof de dessin par nécessité, pratique une forme d’autodérision assez poussée (désespérée ?), ne se contentant pas de se mettre dans la peau d’un loser, mais également d’un mythomane utilisant à son profit le talent d’un jeune homme un peu dépressif et couvé par sa mère. Daniel prendra sous son aile le jeune élève brillant et très prometteur, génie naïf qui s’ignore, avant de « subtiliser » ses planches dans le but de propulser sa carrière. Et l’effet comique fonctionne à plein, du seul fait que notre vilain menteur, exultant d’autosatisfaction dans un premier temps, finira par ne plus assumer pas ce succès soudain. Succès qui culminera au festival d’Angoulême avec une razzia sans précédent sur les récompenses — quatre, dont le très convoité prix du meilleur album. Avec un humour subtil que n’aurait pas renié Woody Allen, la narration tourne autour de notre héros en proie à la culpabilité et au doute, terrifié par la pression engendrée par cette notoriété inopinée. Comment réagir face à son éditeur qui le harcèle pour donner une suite à son magnifique plagiat encensé à l’unanimité ? Que répondre aux journalistes qui le comparent à un papillon après des années à n’avoir été que chenille ? Quoi de pire que d’être attendu au tournant par la meute des critiques ? Faire une suite, vraiment, au risque d’être démasqué ? Préférant minimiser son talent, Daniel répète à qui veut l’entendre qu’il n’a qu’une idée en tête : faire « des BD rigolotes », un des gimmicks bien sentis de cet album « désespérément hilarant ».

Le trait minimaliste, dans sa ligne claire délicieusement enfantine, révèle parallèlement un côté très graphique, parfois très poussé, et qui, chose rare pour une BD humoristique, se laisse volontiers admirer. Comme par exemple ces quelques scènes urbaines dans un style quasi art déco — une rue de nuit bordée par un vieux cinéma Vox, un tramway sous la pluie — ou, plus abstraites, comme ce labyrinthe pleine page symbolisant la confusion mentale de Daniel. Le tout dans des couleurs primaires acidulées à l’agencement étudié, vaguement « vintage », que renforce la très plaisante reliure à dos toilé — avec cette odeur si particulière, presque grisante, que jamais la BD sur tablette ne pourra nous offrir —, de la belle ouvrage à laquelle nous a souvent habitués l’éditeur Sarbacane.

Nombre de dessinateurs se reconnaîtront sans doute dans ce témoignage décrivant et questionnant avec espièglerie et tendresse les coulisses d’un métier qu’on ne choisit jamais par appât du gain, il faudrait pour cela être totalement inconscient. L’appât de gain viendrait plutôt des éditeurs, qui semblent, comme il l’est décrit avec une ironie désabusée dans plusieurs passages, montrer peu d’empathie à leur endroit, les considérant pour ainsi dire comme des esclaves à leur service. Cette « BD rigolote », faussement joyeuse, est une réussite, révélant un auteur attachant qui n’est certainement pas « en trop ». La bibliographie de Daniel Blancou ressemble beaucoup à son auteur, dilemme vivant, capable de passer du genre documentaire (environnemental, politico-judiciaire) à l’humour décalé. Mais désormais, avec Un auteur de BD en trop, notre quadra candide nous livre une sorte de synthèse des deux, dans un style clairement plus affirmé qu’à ses débuts. Blancou aurait-il trouvé sa voie ? On a bien envie de le croire, et bien sûr, on attend la suite… oups, désolé pour la pression !

Un auteur de BD en trop
Scénario & dessin : Daniel Blancou
Editeur : Sarbacane
86 pages – 22,50 €
Parution : 8 janvier 2020

Extrait p.22 – Daniel, en pleine conversation téléphonique avec son éditeur :

L’éditeur Salut Daniel. On a pensé à toi pour combler un trou dans un collectif d’illustrateurs jeunesse. Mais faudrait pas trop nous faire style BD.
Daniel — Ok.
L’éditeur — On te propose un tarif qui te permettrait de vivre modestement un mois. Mais tu en auras pour deux ou trois mois, en travaillant nuits et jours !
Daniel — Je comprends.
L’éditeur — Si tes illustrations ne nous plaisent pas, on annulera le contrat et on ne te paiera rien.
Daniel — C’est logique.
L’éditeur — Comme c’est un ouvrage collectif, il n’y aura pas de droits, tout le monde sera au forfait.
Daniel — Évidemment.
L’éditeur — Idem côté auteurs : tous à la même enseigne !
Daniel — Faut être équitable.
L’éditeur — De toute façon, le prix de vente sera tellement bas que même avec des droits, vous n’auriez rien touché.
Daniel — Ça rassure.
L’éditeur — Et je te parle même pas de droits dérivés et étrangers !! Ha ha !!
Daniel — Vous devez rentrer dans vos frais.
L’éditeur — Chez nous le livre est un produit pour alimenter la machine. On a déjà calé la date d’impression et de sortie en librairie mais le texte n’est pas encore écrit. On n’a rien à te faire lire.
Daniel — Je vous fais confiance.
L’éditeur — Et pour maintenir au plus haut niveau notre trésorerie, on te paiera quelques mois après que tu nous auras livré ton travail.
Daniel — J’ai de la marge.
L’éditeur — Mais si tu veux pas le prendre, on proposera à un jeune ! Après bien sûr, je ne garantis pas de te rappeler. Alors, t’es partant ?

Un auteur de BD en trop © 2020 Daniel Blancou (Sarbacane)

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Espionnage et poupées russes

Tumulte © 2019 John Harris Dunning & Michael Kennedy (Presque Lune)

Tumulte, un ouvrage tout à fait inclassable qui nous entraîne au cœur d’une machination diabolique avec pour axe le trouble de la personnalité multiple. Un récit d’espionnage métaphysique à la fois ardu et perturbant…

Sentant sa vie lui échapper, Adam Whistler est au bord de la déprime. Lassé d’une vie en couple sans saveur, celui-ci, dont la carrière de réalisateur tarde à décoller, va quitter sa femme pour s’amouracher de cette mystérieuse brune dénommée Clara. Souffrant de trouble dissociatif de l’identité, cette femme, extrêmement furtive, a pour caractéristique de laisser des cadavres dans son sillage… Pour Adam, le tumulte ne fait que commencer…

D’emblée, l’objet intrigue, à commencer par cette couverture représentant un empilement de têtes façon poupées russes. Quatre têtes dépareillées engoncées les unes dans les autres, dont la partie visible distille un certain mystère. La première, surplombant les trois autres, est de profil, ne laissant apparaître que le regard méfiant d’une jeune femme aux cheveux de jais. La seconde ne montre que des yeux cachés par des lunettes de soleil aux reflets bleutés, contenue dans la troisième, dont on ne voit que des pommettes rouges, des cheveux blonds ainsi qu’une bouche maquillée de rouge à lèvres fumant la pipe, clin d’œil magrittien serait-on tenté de croire, sentiment que viendra confirmer cette lecture aux accents surréalistes. La dernière enfin, révèle une figure funèbre vêtue de noir dont on distingue également les épaules, sorte de croisement entre la faucheuse et Dark Vador.

Une couverture qui peut assez bien résumer cette narration fragmentée, qui se retrouve également dans la thématique, puisqu’il est question d’un personnage à personnalités multiples, incarné par une jeune femme que va être amené à rencontrer le principal protagoniste, Adam Whistler. Ce thriller surréalistico-fantastique, difficile à classer, lorgnant vers le genre espionnage avec en filigrane le mythe de Frankenstein et un brin de conspirationnisme, reste plutôt intrigant malgré une lecture parfois chaotique où peut-être le scénario se semble pas avoir autant d’importance que la réflexion existentialiste parcourant le récit. On y trouve par ailleurs moult références à la pop-culture, notamment au cinéma (fort logiquement puisqu’Adam Whistler est réalisateur), à des parodies de vieux cartoons et même à la Bible. Des références témoignant de l’érudition du scénariste, John Harris Dunning, présenté en fin d’ouvrage comme un éminent spécialiste de la BD, à l’initiative de « la plus importante exposition » sur le 9e art au Royaume-Uni.

D’un point de vue graphique, Michael Kennedy est en phase avec le récit. Et pour ce qui est d’un rapprochement avec la peinture, tant qu’à évoquer Magritte, on peut également citer Roy Lichtenstein voire Edward Hopper, rien que pour l’atmosphère de solitude se dégageant de ces cases. Sur le plan strictement bédéesque, le trait gras du dessinateur, entre réalisme et minimalisme, l’absence de mouvement et les personnages figés rappellent beaucoup Charles Burns ou Mezzo, en moins abouti toutefois.

Cette approche intellectualisante en découragera certains et en séduira d’autres, probablement les plus cérébraux d’entre nous. Ne serait-ce que par le sujet évoqué, cette maladie étrange et au demeurant méconnue qu’est le « trouble dissociatif de l’identité », malgré son approche beaucoup plus fictionnelle que médicale. « Tumulte » reste donc digne d’intérêt, même s’il manque un certain souffle pour en faire une œuvre véritablement marquante, de l’envergure des auteurs précités.

Tumulte
Scénario : John Harris Dunning
Dessin : Michael Kennedy
Editeur : Presque Lune
184 pages – 25 €
Parution : 24 mai 2019

Extrait p.111 – Le mystère Myles Bright :

« Personne n’avait cru que Myles Bright était croyant. Pas même son épouse russe, Natasha, une paysanne extraite d’un bled paumé et l’arrière-pays devenue mannequin. Surtout pas elle, dont la tâche n’était pas de le connaître, mais de le satisfaire. Ça ne durerait pas toute la vie. Tous deux le savaient. Mais pour l’instant, ça lui convenait. Il estimait qu’il aurait encore une femme, au moins.

Leur couple était peut-être un cliché : le vendeur d’armes et la croqueuse de diamants russe. Mais c’est le génie des clichés : ils sont généralement justes. Il n’était pas du genre à se refuser quoi que ce soit. Certes, il ne buvait pas, il ne fumait pas, mais ce n’était pas de l’abstinence. La vérité, c’est qu’il n’aimait pas perdre le contrôle.

Femmes, maîtresses, voitures, jets, aucun ne supportait la comparaison avec ceci. Peut-être parce qu’ils étaient ostentatoires. Alors que ce manuscrit n’était qu’à lui, et à lui seul.

Les gens mésinterprétaient la Bible. Il s’agissait de l’histoire d’un dieu vengeur, qui n’avait pas peur de faire couler le sang si nécessaire. Certes, son fils laissait un peu à désirer. Il traînait avec des putains et des pécheurs paresseux, prêchait l’amour et le pardon.

Il savait ce que c’était. Il avait nourri de grandes espérances pour son propre rejeton. À présent, il était antiquaire à Boston, « célibataire endurci ».

Tumulte © 2019 John Harris Dunning & Michael Kennedy (Presque Lune)

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Biographie d’un héros anonyme

L’Art de voler © 2011 Antonio Altarriba & Kim (Denoël Graphic)

Avec L’Art de voler, paru il y a près de dix ans, l’Espagne découvrait son « Maus », le roman graphique d’un fils narrant l’histoire de son père tout au long d’un XXe siècle tragique dans la péninsule ibérique.

À travers ce récit retraçant la vie d’un juste espagnol, combattant pour la liberté, c’est aussi un hommage sincère et émouvant qu’Antonio Altarriba rend à son père, qui porte le même prénom, un homme qui aura traversé tout le XXIe siècle jusqu’à son suicide en 2001. Un siècle de tragédies et de rêves déçus dans une Espagne qui put à peine expérimenter l’utopie anarchiste, étouffée dans l’œuf par la dictature franquiste.

Comme l’auteur le raconte en postface, cette bande dessinée est née de sa colère, qui est arrivée après une longue période de dépression induite par la culpabilité d’avoir « abandonné » son père dans une maison de retraite, de n’avoir pas été suffisamment à ses côtés au crépuscule de sa vie. Et cette colère, c’est la même que celle qui avait habité son ascendant tout au long de sa vie, une colère contre les exploiteurs et les profiteurs, contre l’administration qui est allée jusqu’à réclamer au fils les arriérés de son père lorsqu’il mourut, des arriérés si insignifiants (34 euros !) qu’ils s’apparentaient à une insulte vis-à-vis de celui qui avait consacré sa vie à la lutte contre les oppresseurs, une broutille qui entraînera l’auteur dans un enfer administratif ubuesque et humiliant. Avec une telle accumulation de rage et de souffrance, il fallait trouver un exutoire. C’est ainsi qu’Antonio Altarriba « junior » a tenté de transformer sa colère et sa culpabilité en récit épique racontant la vie de son paternel qui décida de quitter la Terre en « volant »…

Sans conteste, L’Art de voler est une fresque romanesque ambitieuse. Le père d’Antonio s’y voit littéralement transformé en héros de cinéma dans une Espagne où la vie, au cours du XXe siècle, fut rarement un long fleuve tranquille (en particulier depuis l’avènement de la République en 1931 jusqu’à la dictature franquiste en 1939), un pays où il fallait baisser la tête pour ne pas s’exposer aux représailles d’un pouvoir inique qui avait placé la vie démocratique sous cloche. La narration reste très linéaire, avec un découpage chronologique qui rend la lecture fluide, sans digressions inutiles. Sans doute peut-être par un désir compréhensible de rester en retrait par rapport à ce géniteur érigé au statut d’icône, lui-même narrateur de sa propre histoire. Ses déchirures et ses questionnements, le fils ne les exposera que dans la postface, de façon très touchante, en concluant sur une note lumineuse, extrêmement libératrice.

Antonio Altarriba père

S’accommodant fort bien du noir et blanc, le dessin semi-réaliste de Kim reste plutôt agréable à l’œil et révèle un certain souci du détail, évoquant peu ou prou Joe Sacco. À ce titre, on pourra regretter que l’éditeur ait choisi ce format réduit (155 x 230 mm), qui ne met pas suffisamment en valeur le travail du dessinateur.

Même si on ne retrouve pas l’audace d’un Maus, L’Art de voler s’inscrit dans le même registre : l’évocation par un fils d’une page importante et douloureuse de l’Histoire à travers son paternel. Mais à la différence d’Art Spiegelman qui se refusait à faire du sien une icône en montrant ses facettes les moins glorieuses, malgré la souffrance endurée, Antonio Altarriba fait preuve d’un profond respect. Pourtant, l’auteur ne s’interdit rien, notamment lorsqu’il montre « papa » en séducteur libertin, préférant la compagnie des prostituées — scènes explicites à l’appui —, jusqu’à ce qu’il soit pris au piège d’une relation durable et toxique, où nous sera révélé son côté sombre. Somme toute, l’homme s’est révélé être un juste parmi les justes, conservant toujours une certaine droiture, et le fils exprime ici beaucoup d’empathie à l’endroit de celui qui l’a vu grandir.

Nul doute qu’un tel ouvrage ait permis à l’auteur de faire son deuil et de laisser son père, ce héros, s’envoler en aller-simple vers des contrées lointaines. Et au risque de faire dans la redondance, il est indéniable que L’Art de voler s’impose comme l’équivalent espagnol de Maus.

L’Art de voler
Scénario : Antonio Altarriba
Dessin : Kim
Editeur : Denoël Graphic
215 pages – 23,50 €
Parution : 10 mars 2011

Extrait p.214 – en postface (c’est magnifique) :

« Je ne sais pas où nous conduira ce livre, lui et moi littérairement et existentiellement de plus en plus unis. Il semble évident que sa trajectoire n’est pas terminée et, un an et demi après sa publication, arrivent encore des propositions de traduction et d’adaptation. Au fond, peu importe où cela nous mène. Tiré par le nombril, je suivrai son sillage avec la satisfaction non pas tant de récolter les fruits du triomphe que d’avoir contribué à la réhabilitation de mon père, et aussi de voir comment les lecteurs, sans le prendre pour modèle — il ne fut ni n’’aurait être aimé en être un — commencent à le considérer comme un compagnon de route. Et je veux croire que là, dans cet espace éthéré, dans ce ciel sans nuages qu’est l’imaginaire collectif, il vole enfin. Il tenta de voler avec les ailes de la justice et de l’égalité, avec celles de l’amour, de la prospérité et, toujours honnête — presque naïf — s’écrasa. Aujourd’hui, enfin aérien, défait du poids de la réalité, mué en personnage, il sillonne le firmament de la fiction. En ce vol majestueux, sans moteur ni carburant, débuta un soir de mai lorsque, sur le rebord d’une fenêtre, accablé par la vie, mon père se jeta dans le vide. »

L’Art de voler © 2011 Antonio Altarriba & Kim (Denoël Graphic)

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Quand les tigres sortent les griffes…

Les 5 Terres, tome 2 : « Quelqu’un de vivant » © 2020 Lewelyn & Jérôme Lereculey (Delcourt)

Le second tome de cette saga animalière anthropomorphe permet une montée en puissance progressive mais efficace. L’ambiance est électrique au royaume d’Angléon, à la suite du couronnement d’Hirus, jeune tigre fougueux et belliqueux, neveu du roi défunt.

Au royaume, rien ne va plus. Le vieux roi est mort, après avoir entraîné avec lui sa fille aînée Mileria. Sa jeune sœur Astrelia est désemparée mais n’est plus en position de force, contrairement à ses trois cousins, désormais héritiers légitimes de la couronne. De plus, que se passera-t-il si l’on apprend que la jeune tigresse est tombée enceinte d’un garde dont elle est amoureuse… La guerre de succession, elle, ne fait que commencer et elle promet d’être sanglante…

Avec ce second tome, les auteurs tracent gentiment leur sillon, maintenant que le contexte a été posé et que les personnages ont été présentés… Cette fois, le récit se limitera géographiquement à l’enceinte du palais royal d’Angléon, en restant centré sur les querelles de famille pour s’accaparer la couronne. Et dans cette série animalière, quoi de mieux que les grands félins pour représenter la soif de pouvoir, pour incarner la puissance conjuguée à l’agressivité ? La narration du trio Lewelyn, complexe mais maîtrisée, apporte une fois encore son lot de rugissements et de sang, entre complots et intrigues de palais, pour se terminer sur une promesse de voyage pour le tome 3, alors qu’Astrelia, fille cadette de feu le roi Cyrus et enceinte d’un garde lion, s’apprête à fuir le royaume par la mer…

On reste toujours admiratif du trait de Jérôme Lereculey, toujours très élégant et avec un souci constant du détail, ainsi que la superbe mise en couleurs de Dimitris Martinos, le tout apportant une touche très réaliste à l’histoire.

Cette aventure au souffle indéniable est en passe d’atteindre sa vitesse de croisière, assurément pas assez vite pour le lecteur impatient de découvrir ce vaste monde aux accents tolkieniens. Mais comme toutes les bonnes histoires, celle-ci sait susciter le désir en ménageant ses effets, en évitant un déploiement rapide et putassier de rebondissements en cascade ou de tout autre cliché lié au genre. En outre, étant donné l’ampleur du projet et son casting de talent, on est bien obligé de penser qu’on a affaire à du lourd… à suivre donc…

Les 5 Terres, tome 2 : « Quelqu’un de vivant »
Scénario : Lewelyn
Dessin : Jérôme Lereculey
Coloriste : Dimitris Martinos
Encrage : Lucyd
Editeur : Delcourt
Collection : Terres de légendes
Cycle 1 – Angleon
56 pages – 15,50 €
Parution : 8 janvier 2020

Les 5 Terres, tome 2 : « Quelqu’un de vivant » © 2020 Lewelyn & Jérôme Lereculey (Delcourt)

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Les étonnants confins du confinement

Enferme-moi si tu peux © 2019 Anne-Caroline Pandolfo & Terkel Risbjerg (Casterman)

Cet album passionnant du talentueux duo Pandolfo/Risbjerg rend un digne et sublime hommage aux oubliés de l’art officiel, ces artistes souvent considérés comme des « aliénés » dont la folie dérange parce qu’elle est inclassable…

À des années lumière de l’ « art officiel », il existe un mouvement, libre comme le vent et sans attaches aucune, un mouvement curieusement dénommé « Art brut », puisqu’il fallait bien lui donner un nom… Longtemps ignoré, celui-ci est le fait de femmes et d’hommes venus de tous horizons, sans formation artistique, qui un jour ont décidé, comme guidés par une force surnaturelle que d’aucuns appelleraient « folie », de produire des œuvres d’art. Dans cet album singulier, les auteurs dressent le portrait de ces personnalités extraordinaires, dont le plus connu reste le facteur Cheval.

Enferme-moi si tu peux, excellent titre en forme de pied de nez à toute forme de récupération de cet art inclassable composant le sujet de cet ouvrage, que ce soit de la part des institutions ou des forces mercantiles.

A ce titre, on ne pourra que souscrire à la préface de Michel Thévoz, fondateur et conservateur de la Collection de l’Art brut à Lausanne, qui donne une définition parfaite de cette forme d’art et explique pourquoi la BD était le meilleur moyen de l’évoquer. Celle-ci, de par « son côté enfantin », et « en dépit de son acronymie, opère comme une émajusculation de l’Art, particulièrement bienvenue dans ce feuilleton de l’enfermement et de l’habilitation artistique. »

D’emblée, le lecteur est captivé par l’histoire de ces six personnages hors normes qui sont parvenus à s’affranchir des prisons mentales dans lesquelles on tentait de les maintenir, en les cataloguant comme fous ou inaptes à la vie en société. Et le talent de conteuse d’Anne-Caroline Pandolfo n’y est pas pour rien. En faisant ressortir l’aspect mystérieux de leurs vocations nées d’un déclic mental ou provoquées par ces fameuses voix intérieures, cette dernière parvient à nous faire pénétrer une dimension parallèle, le récit le plus étrange étant celui de Marjan Gruzewski, dont la main semblait être dirigée par une entité surnaturelle. On est souvent subjugué par ces portraits, et l’autrice, ne cherchant aucunement à se poser en juge vis-à-vis de ces témoignages ni à ironiser, bien au contraire, ne fait qu’exprimer un profond respect et beaucoup d’empathie. La « folie » de ces hommes et de ces femmes, qui généralement nous fait si peur, se révèle soudainement comme un délicieux refuge au milieu de la triviale réalité. De façon très originale, chaque récit est introduit par les personnages précédents qui se rassemblent au fur et à mesure dans une sorte de boudoir céleste, une façon originale de relier ces artistes qui ne sont jamais rencontrés mais apparaissent ici tous connectés par une sorte de complicité espiègle face au cartésianisme aveugle de leurs congénères « sains d’esprit ».

Enferme-moi si tu peux © 2019 Anne-Caroline Pandolfo & Terkel Risbjerg (Casterman)

Dans cette entreprise de réhabilitation de ces célébrités longtemps dédaignées par l’art officiel, Anne-Caroline Pandolfo est comme toujours admirablement relayée par son compère Terkel Risbjerg, qui expose ici toute l’étendue de son art, encore plus que d’habitude. Son trait époustouflant se déploie sur des planches entières comme sur la toile d’un peintre, explosant les cases dans une sorte de tourbillon où liberté et folie se mêlent dans une communion totale. Une démarche qui ne fait que corroborer les propos de Michel Thévoz, relayés plus haut, selon lesquels art brut et bande dessinée font décidément bon ménage.

Avec ce superbe ouvrage, Pandolfo et Risbjerg ne déçoivent pas, tant s’en faut, et savent nous ensorceler avec des choix narratifs et graphiques qui les placent actuellement parmi les auteurs les plus passionnants dans le domaine du neuvième art. Chacun de leurs albums nous régalent et ne fait que confirmer ce statut au fil de leur production. Inutile de dire qu’on attend leur prochain opus avec une impatience non dissimulée.

Enferme-moi si tu peux
Scénario : Anne-Caroline Pandolfo
Dessin : Terkel Risbjerg
Préface : Michel Thévoz
Editeur : Casterman
168 pages – 23 €
Parution : 1er mai 2019

Extrait p.18-19 – Auguste Lesage, mineur de profession, décida se mettre à la peinture, « inspiré par un esprit » :

« L’esprit avait prescrit une toile de 3×3 mètres. Chez Augustin Lesage, ce n’était pas bien grand. Alors, il accrocha la toile au mur, encore en partie roulée.

L’esprit était vraiment très amical. Il lui apportait son aide précieuse et mystérieuse. Il conduisait sa main durant des heures en lui faisant prendre d’incroyables miniatures sur la toile immense, des formes étonnantes, abstraites, symétriques, tellement minutieuses !

L’esprit… personne n’est obligé d’y croire. Il n’a peut-être existé que dans la tête d’Augustin, mais ça n’en reste pas moins extraordinaire. Cette peinture, il l’a faite ! A partir de rien… Il a mis un an à la réaliser. Il n’avait jamais touché à un pinceau auparavant , pourtant cette toile est d’une virtuosité à couper le souffle, elle ne ressemble à rien de connu. Cette peinture est un mystère total. Pour Augustin, c’était le début d’une nouvelle vie. Bien qu’il fût contraint de poursuivre son travail à la mine, il continua à peindre quotidiennement, en écoutant scrupuleusement les instructions de son esprit. »

Enferme-moi si tu peux © 2019 Anne-Caroline Pandolfo & Terkel Risbjerg (Casterman)

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Corporate lobotomy

Stop Work © 2020 Jacky Schwartzmann & Morgan Navarro (Dargaud)

Le récit d’un ex-salarié repenti qui brocarde avec malice le monde de l’entreprise d’aujourd’hui, un microcosme étrange et formaté, où les derniers « héros » sont ceux qui osent changer une ampoule eux-mêmes !

Fabrice Couturier, cadre au service achats, quinze ans de boîte, cumule toutes les tares du collègue indésirable : prétentieux, matamore, lèche-bottes, donneur de leçons, un peu aigri, un peu fumiste, mais pas assez méchant pour attirer la haine… Lui qui vise un poste à responsabilité, comment réagira-t-il lorsque son patron refusera sa candidature au comité de direction, au profit d’une nouvelle recrue externe très zélée ? A l’heure où son entreprise se fait fort d’adopter une charte des good practices, saura-t-il faire profil bas ? Vu le profil du personnage, rien n’est moins sûr…

Cette fable grinçante sur le monde du travail résonne un peu comme une exhortation avec son titre en anglais fort à propos, à l’heure où le business english, au pays de Voltaire et de Baudelaire, semble en passe de contaminer les cerveaux acquis à l’esprit de la « win ». Et pour cause, le scénariste lui-même, auteur de polars, a définitivement jeté l’éponge en quittant la multinationale où il était cadre pour se consacrer pleinement à sa passion… Mais Stop Work, c’est aussi, selon le résumé de l’éditeur, un concept inscrit au règlement des grandes entreprises permettant à tout employé d’exercer son droit de retrait s’il ne s’estime pas en sécurité…

Expression à double sens ou pas, c’est peu dire que ce récit sent le vécu, donnant une image peu glorieuse de l’homo-corporatus. Pas question ici de dresser un tableau idéalisé de la vie en entreprise, l’entreprise sait très bien le faire elle-même, sa taille étant proportionnelle à sa maîtrise du jargon de communicant et à la férocité des rapports humains. Et si Jacky Schwartzmann a déjà raconté son expérience dans son roman Mauvais coûts, il centre ici ses attaques sur les good practices des services hygiène et sécurité (les QHSE), à travers le personnage de Fabrice Couturier, cadre du service achats et joli spécimen de beaufitude qu’on pourra néanmoins trouver un brin caricatural. Le problème, c’est que Couturier est de la vieille école, et son côté hâbleur passe de plus en plus mal auprès d’une direction en phase de mise aux normes globalisantes, lui dont le rêve ultime est de faire partie du Codir. Et pour notre fanfaron de première classe, se faire piquer le poste si convoité, malgré ses années d’ancienneté, par Mia, une jeune executive woman venue de l’extérieur, se révèle un affront insupportable ! Pour élaborer une contre-attaque, notre « héros » de pacotille va devoir aller jusqu’à s’allier avec le collègue syndiqué qu’il méprise…

Morgan Navarro, quant à lui, a su produire un dessin dynamique et efficace qui sert bien le propos, malgré un côté déjà-vu, mais d’un minimaliste de bon aloi. On ne tombe pas à la renverse, mais ça fonctionne, et c’est à peu près tout ce que l’on demande pour ce type de BD.

A travers cette dénonciation acerbe des pratiques productivistes sous couvert de protection des salariés (les « presqu’accidents »), tout y passe : la course à la promotion et l’hypocrisie des rapports humains qui en découle, les petites lâchetés, les coups bas et le cynisme managérial. Mais on y voit aussi une critique mordante de la novlangue du management, issue d’un prétendu business english, souvent déformé jusqu’au ridicule. Même si vers la fin, les auteurs semblent curieusement plus indulgents avec ce crétin de Couturier — qui au final attire un semblant de sympathie face au côté inhumain de Ludivine (chef des QHSE) et Mia, sa responsable —, les seuls vrais « héros » dans cette entreprise impitoyable, beaucoup plus attachants, sont incarnés par deux « techniciens de surface », Moha le « reubeu » et Melody la « vieille trans ». Ces sans-grades, totalement oubliés de ces fameuses good practices, en paieront d’ailleurs chèrement le prix. Bref, chacun verra bien ce qu’il veut y voir dans ce facétieux one-shot qui donnera à coup sûr matière à méditer, même si certains regretteront peut-être un côté trop caricatural des personnages et des situations, au détriment d’un réel approfondissement du sujet.

Stop Work, les joies de l’entreprise moderne
Scénario : Jacky Schwartzmann
Dessin : Morgan Navarro
Editeur : Dargaud
136 pages – 18 €
Parution : 20 mars 2020

Extrait p.71 – première réunion du service achats avec Mia, la jeune responsable nouvellement embauchée :

Mia — Bonjour à tous ! Comme vous le savez, j’ai rejoint le Codir il y a peu, et j’ai déjà pu me faire une idée sur notre unité. Après une analyse des backlogs et des overdues, il me paraît d’une importance capitale de travailler sur les WIP. Une bonne nouvelle toutefois, on n’est pas mal sur les sales.

(Subjugué par le charme de sa responsable, Fabrice Couturier part dans une rêverie torride)

Mia — J’ai l’impression que ça ne t’intéresse pas mes histoires d’overdues !
Fabrice — Hein ? Euh… Ah mais si ! C’est très important les overdues !
Mia — Je reprends donc pour Fabrice, je ne veux plus qu’on se plante sur les deadlines !
Fabrice, goguenard Mmf !
Mia — J’ai dit quelque chose de drôle ?
Fabrice — Non, rien… C’est juste que… Pourquoi tu ne parles pas français ?
Mia, excédée Je dis deadline parce que tout le monde dit deadline. Il n’y a même pas d’équivalent en français, j’y peux rien !
Fabrice — Ben, si. On dit une date butoir !
Mia — Tss ! Personne ne parle comme ça dans le monde du business !

Stop Work © 2020 Jacky Schwartzmann & Morgan Navarro (Dargaud)

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