Les exquis délices du macabre

Les Contes macabres, volume 2 – Edgar Allan Poe & Benjamin Lacombe

Les Contes macabres, volume 2 © 2018 Benjamin Lacombe & Edgar Allan Poe (Soleil)

Avec ce second recueil consacré à Edgar Poe, Benjamin Lacombe réitère son admiration pour l’homme de lettres américain, avec ses illustrations à la fois sombres et lumineuses.

enjamin Lacombe s’est attelé ici au second volume des Contes macabres, sélection de nouvelles d’Edgar A. Poe, dont le premier remonte à dix ans. L’auteur nous a habitués au meilleur en tant qu’illustrateur des classiques de la littérature (Carmen, Notre-Dame de Paris…), et l’on est forcément déçu quand c’est un peu en dessous comme dans le cas présent.

En fait, la déception tient probablement en grande partie au choix des textes. Car parmi les six œuvres sélectionnées dans la bibliographie assez touffue de l’auteur américain, si cinq sont bien des nouvelles, l’une est un essai, Le Joueur d’échecs de Maelzel. Une lecture si fastidieuse, si technique qu’elle en devient inintéressante, représentant tout de même le quart du livre. Les nouvelles sont quant à elles de bon aloi, révélant l’humour, évidemment noir, d’un auteur souvent classé comme gothique, la plus belle, d’une poésie tragique et touchante, étant sans conteste Eléonora. Par ailleurs, on comprend mal l’intérêt d’avoir inséré en fin d’ouvrage cette longue dissertation, dont l’auteur, vraisemblablement un contemporain de Poe, n’est même pas mentionné. Rédigée dans un style quelque peu nébuleux, elle est une succession de considérations diverses sur la société de l’époque, le socialisme, la littérature ou la poésie, dont on peine à saisir véritablement les tenants et les aboutissants, si ce n’est que son auteur prend le parti de l’écrivain-poète en défendant ce genre littéraire qu’est la nouvelle, dans une Amérique où il eut du mal à trouver sa place. Néanmoins, avec un minimum de persévérance, il sera possible d’en tirer quelques réflexions intéressantes. Au passage, saviez-vous que jusqu’à la fin du XIXe siècle, « poésie » s’orthographiait « poësie » ?

Et pour revenir au travail du sieur Lacombe, si ce dernier nous offre quelques jolies planches, dommage qu’il y en ait si peu, dommage que certaines soient moins plaisantes, moins pertinentes. Quant à l’effet de flou numérique utilisé parfois sur des personnages ou objets au premier plan, il faut bien reconnaître que ce n’est pas toujours très heureux. Mais que l’on ne se méprenne pas. Ces remarques ne remettent évidemment pas en cause le talent de l’artiste, dont on attend avec impatience la suite de sa bande dessinée sur Léonard de Vinci, Léonard et Salaï.

La qualité éditoriale est comme toujours remarquable, et même si l’on sait que c’est la marque de fabrique de la collection Métamorphose. Il n’est pas interdit de le rappeler…

 

Les Contes macabres, volume 2
Textes : Edgar Allan Poe
Illustrations : Benjamin Lacombe
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
240 pages – 29,95 €
Parution : 28 novembre 2018

Les Contes macabres, volume 2 – Bande annonce :

Extrait p.36 (« Eléonora ») :

La beauté d’Eléonora était celle des séraphins ; c’était d’ailleurs une fille sans artifice, et innocente comme la courte vie qu’elle avait menée parmi les fleurs. Aucune ruse ne déguisait la ferveur de l’amour qui animait son cœur, et elle en scrutait avec moi les plus intimes replis, pendant que nous errions ensemble dans la Vallée du Gazon Diapré et que nous discourions des puissants changements qui s’y étaient récemment manifestés.

A la longue, m’ayant un jour parlé, tout en larmes, de la cruelle transformation finale qui attend la pauvre Humanité, elle ne rêva plus dès lors qu’à ce sujet douloureux, le mêlant à tous nos entretiens, de même que, dans les chansons du barde de Schiraz, les mêmes images se présentent opiniâtrement dans chaque variation importante de la phrase.

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Une parodie décevante sur Macron

Le Nouveau Président © 2019 Yann Rambaud (Delcourt)

Le portrait d’un Président qui voudrait faire rire (le portrait, pas le Président), sans vraiment y parvenir. Dommage que le vitriol soit absent de cette BD un peu lisse, à l’image de l’intéressé.

e nouveau Président de la République française vient d’être élu, après une campagne énergique à la tête du P.R.O.U. T. (Parti des Républicains Oligarques et Ultra-Techniques). Mais la tâche ne s’annonce pas facile pour lui. En effet, le lobby clandestin du parmesan, soupçonné d’être à l’origine de la disparition de son prédécesseur, n’a de cesse de le harceler afin qu’il mette en avant ses produits. Mais heureusement, Romain Duris semble tout à fait disposé à lui prodiguer ses judicieux conseils…

S’il existe un certain nombre de bandes dessinées politiques, peu sortent vraiment du lot, a fortiori celles consacrées aux hommes qui ont dirigé la France. L’une des meilleures à ce jour – et aussi la plus cinglante – reste La Face karchée de Sarkozy. Après deux ans à la tête de l’Etat, Emmanuel Macron, notre petit Jupiter, y avait échappé, par le même « miracle » qui semble l’avoir porté si jeune, si rapidement, à de telles responsabilités, sans forcer, sans aucune expérience en tant qu’élu du peuple, avec juste un C.V. dans le monde des affaires, notamment en tant que conseiller à la Banque Rothschild.

Si aujourd’hui, on prend enfin la mesure de son inexpérience à travers la crise des Gilets jaunes – toujours pas résolue malgré l’accalmie liée à la période estivale -, de sa capacité à diviser le pays comme jamais aucun président avant lui (y compris Sarkozy, c’est dire !), et de son vain entêtement à paraître démocrate, tout en phagocytant sans état d’âme l’exécutif à la manière d’un Poutine et en menant une politique répressive encore jamais vue sous la Cinquième République – même De Gaulle n’avait pas été aussi loin -, on pouvait espérer qu’un tel ouvrage vienne combler ce vide et nous venger – du moins ses opposants – de son arrogance invraisemblable doublée d’un narcissisme exacerbé. Le Nouveau Président aurait pu être un des brûlots marquants de son quinquennat, à l’instar de l’œuvre précitée. Hélas, il n’en est rien, et même si on croit lire une parodie, comme le Canada Dry on n’en voit que la couleur…

Pourtant, il est clair que le personnage représenté ici est bien Macron, même si son nom n’est jamais cité. De la même façon, on reconnaît Marine Le Pen, sa principale opposante lors de la dernière élection. Malgré le fait assez troublant, voire inquiétant, que ces personnages n’ont pas d’yeux, comme tous ceux représentés dans le livre. Des personnages aveugles, pourquoi pas, l’idée aurait pu être pertinente si le fond avait suivi. Car après quelques gags et calembours plus que douteux, placés dans un contexte très décalé, inspiré pourrait-on croire de Goossens, Edika ou encore Pierre La Police, le soufflé s’affaisse rapidement en dégageant une odeur un peu fade. Ici, le fluide du rire n’est que tiède. N’est pas maître de l’humour absurde qui veut…

Pourtant, on comprend bien que Yann Rambaud tente par cette BD de parodier cette société du spectacle qu’est devenue la vie politique, ne faisant que se renforcer avec l’arrivée des réseaux sociaux.

Si le trait, plutôt commun, convient à ce genre d’exercice, ce n’est de fait pas le critère qui viendra sauver l’ensemble, qui fait l’effet d’un pétard mouillé. Après deux ans de macronisme sans partage, aux velléités totalitaires, a-t-on vraiment besoin de ce type d’ouvrage, à l’humour mi-pipi-caca, mi-32ème degré ? Il serait inutile de s’étendre davantage sur ce portrait bien anodin qui, en se voulant décalé, a si bien fait qu’il est tombé dans le ravin. Dommage. Dommage que la déception soit à ce point à la hauteur des attentes. Avec ça, notre Néron du XXIe siècle pourra au moins passer encore quelques nuits sur ses deux oreilles.

Le Nouveau Président
Scénario & dessin : Yann Rambaud
Editeur : Delcourt
96 pages – 16,50 €
Parution : 5 juin 2019

Extrait p.30-31 : Emmanuel Macron, qui vient d’emménager dans son bureau présidentiel, appuie sur le bouton rouge et voit débarquer Romain Duris dans la seconde :

Romain Duris — Salut Président !
Emmanuel Macron — Mais… Mais ! Qui êtes-vous ?
R.D. — Du calme. Je suis Romain Duris !
E.C. — Wahou, Romain Duris ! Mais que faites-vous ici ?
R.D. — Mais enfin, c’est vous qui m’avez appelé en appuyant sur le bouton !
E.C. — Et vous servez à quoi ?
R.D. — Je suis là pour vous aider. Je peux vraiment vous aider, j’ai joué pas mal de rôles dans pas mal de films.
E.C. — Eh bien, mon petit Romain, si ça vous dit de vous joindre à moi pour le repas, ça serait un plaisir de vous avoir à ma table.
R.D. — Avec plaisir ! Par contre, je suis un régime strict. C’est pour un rôle, je joue Depardieu qui chante Patrick Bruel qui chante Barbara. On va manger quoi ?
E.C. — Pour moi, ça sera du poisson… Et pour Romain, du riz !

Le Nouveau Président © 2019 Yann Rambaud (Delcourt)

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Pénélope Bagieu couronnée aux Eisner Awards

Chouette ! C’est notre Pénélope nationale qui a reçu le 19 juillet à San Diego le Prix Eisner du meilleur album étranger pour l’édition américaine de ses fameuses Culottées. Rappelons que cette BD (en deux volumes) réhabilite des héroïnes scientifiques, politiques ou artistes, injustement oubliées de l’Histoire. Année faste pour la jeune autrice, une adaptation en série animée sera d’ailleurs bientôt diffusée sur France Télévisions.

Face à elle dans cette catégorie, il n’y avait que des Français :

  • Betty Boob – About Betty’s Boob par Vero Cazot and Julie Rocheleau (Archaia/BOOM!)
  • Herakles Book 1 par Edouard Cour (Magnetic/Lion Forge)
  • Niourk  par Olivier Vatine, adapté de Stefan Wul (Dark Horse)
  • Un océan d’amour – A Sea of Love par Wilfrid Lupano et Grégory Panaccione (Magnetic/Lion Forge)

Voir les principaux lauréats
Voir tout le palmarès

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Dans sa cage, l’Homme saccage…

Saccage – Frederik Peeters

Saccage © 2019 Frederik Peeters (Atrabile)

Frederik Peeters a encore frappé fort, là où on ne l’attendait pas, avec cet ouvrage prémonitoire et terrifiant, témoin de nos peurs contemporaines. Attachez vos ceintures, ça secoue !

nimal insaisissable, l’auteur de Pilules bleues parvient à nous déstabiliser plus que jamais avec un album coup de poing échappant à toute classification. Avec ses visions baroques et hallucinées d’un monde apocalyptique, grouillant de références, il se fait messie visionnaire de notre civilisation à bout de souffle.

Ce nouvel ouvrage de Frederik Peeters arrive tel un OVNI dans une bibliographie déjà bien consistante. On hésite à le classer entre la bande dessinée et le livre d’images, on le dira donc inclassable, tout simplement. Dans une succession de dessins pleine page dépourvus de textes, on retrouve le même personnage, seul élément qui permette de tisser une sorte de lien narratif, si ténu soit-il. Il n’y a pourtant pas d’obligation à y voir une histoire, toutes les pages pouvant se regarder comme des tableaux indépendants. Délivré dans un format à l’italienne, il n’a en rien à voir avec la dolce vita, bien au contraire.

Recourant à la ligne claire qui lui est chère et apparenterait ainsi son ouvrage à la bande dessinée, Frederik Peeters nous assène ici un véritable électrochoc graphique et émotionnel, récipient de toutes ses obsessions disséminées à travers son œuvre. Tel un cauchemar psychédélique qui nous saute au cortex, l’auteur suisse expose dans un esprit Pop-Art ses propres peurs et ses révoltes inhérentes aux tares de notre monde : explosions et incendies, catastrophes diverses, accidents nucléaires et baleines échouées, décors apocalyptiques, chaos et désolation, mutations, difformités, créatures grotesques et effrayantes, parfois inspirées de nos cartoons d’enfance, formes de vie hybrides et invasives… on n’est pas là pour rigoler !

Saccage – Frederik Peeters

Saccage © 2019 Frederik Peeters (Atrabile)

L’imagerie déployée relève d’une multitude d’influences artistiques, d’anonymes ou de célébrités, que l’auteur énumère d’ailleurs en fin d’ouvrage. On pense notamment à Jérôme Bosch, Michel-Ange, Otto Dix, H.G. Wells, David Hockney, Charles Burns, ou encore Salvador Dali, qui curieusement n’est pas cité.

Le monde dépeint est terrifiant, à la fois surréaliste et familier Ce monde est bien le nôtre. Ce monde, qui ressemble à l’enfer, est bien la Terre. Car l’enfer est désormais sur Terre. Et nous en sommes les seuls créateurs, un peu piteux, un peu merdeux, avec juste nos yeux pour pleurer un paradis perdu.

Saccage, œuvre graphiquement riche et puissante, ne plaira sans doute pas à tout le monde mais ne saurait laisser indifférent. Par son hyper-contemporanéité et son surréalisme agressif, dans des couleurs contrastées, maladives et fluorescentes, elle se révèle comme un ultime cri de rage alors que tout se délite autour de nous, de plus en plus vite, de plus en plus violemment. Son pouvoir hypnotique est tel que la répulsion possiblement induite par les premières images sera vite oubliée. Ce livre est un vaccin mental contre le déni et l’indifférence obscènes de nos « télé-achats-réalité »… Inclassable et incontournable. Une fois encore, Frederik Peeters nous prouve qu’il est un auteur hors du commun, un explorateur du neuvième art, bref, un véritable artiste.

Saccage
Dessin : Frederik Peeters
Editeur : Atrabile
96 pages – 23 €
Parution : 15 mars 2019

Saccage – Frederik Peeters

Saccage © 2019 Frederik Peeters (Atrabile)

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Nouvelle rubrique : Top of the Top

En quête de la BD ultime

S’il existe pléthore d’ouvrage de qualité, parmi ceux-ci se détache la fine fleur. Parce qu’on n’a pas toujours du temps à perdre et que la vie est courte, voici pour vous (et selon moi) une sélection des chefs d’œuvre de la BD. Ce classement n’a évidemment pas prétention à être exhaustif ni objectif, ni définitif…

voir la sélection

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Paris est une ombre chinoise

Rêverie © 2019 Golo Zhao (Casterman)

Ne dit-on pas que Paris appartient au monde ? L’auteur chinois Golo Zhao le prouve avec cette charmante flânerie où il s’approprie avec finesse la Ville lumière tout en lui déclarant sa flamme.

epuis toujours, Paris fait rêver le monde et inspire les artistes. Capitale de l’amour selon certains, elle sait se donner mais elle peut aussi déconcerter voire se refuser… Sous une apparence un peu lisse au départ, Golo Zhao parvient pourtant à sortir des sentiers battus en mêlant à son portrait de Paname ses propres peurs et angoisses, dans un parti pris fantastico-poétique où fureur et tourbillon des sentiments ne sont pas exclus…

Le titre, emprunté à une œuvre de Claude Debussy, est on ne peut mieux choisi pour ce manhua, jolie balade poétique dans un Paris fantasmé depuis l’Empire du milieu. Pour sa deuxième bande dessinée publiée chez Casterman, Golo Zhao nous présente la ville lumière sous une perspective atypique, s’autorisant tous les délires pour une évocation entre rêve et réalité, peu évidente à résumer il faut bien le dire. Ainsi, on passe d’une séquence quasi-hallucinatoire dans laquelle une jeune femme est touchée par une étrange maladie contagieuse qui provoque des trous dans la peau, à la rencontre inopinée d’un étudiant avec le Debussy précité et Edward Hopper (francophile certes, mais plus connu pour ses toiles décrivant l’Amérique), en passant par une échappée dans la science-fiction, un voyage immobile à travers les âges avec un clin d’œil à 2001 l’Odyssée de l’espace.

Rêverie est une œuvre à la fois légère et dense, entre douceur et violence, où l’on perçoit la nostalgie d’un Paname façon Amélie Poulain, ainsi qu’une angoisse sourde liée à l’avenir du monde et à notre finitude en général. Avec toujours en toile de fond l’environnement parisien, son métro et ses célèbres stations au design Guimard, que l’auteur se plaît à représenter de son trait semi-réaliste capable de basculer dans une transe des plus abstraites. Une belle découverte et une lecture idéale au creux de l’été, à déguster bien sûr sur une musique de Debussy…

Rêverie
Scénario & dessin : Golo Zhao
Editeur : Caterman
240 pages – 23 €
Parution : 5 juin 2019

Rêverie © 2019 Golo Zhao (Casterman)

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Malheureux qui comme Ulysse…

Buck, tome 1 : Le Chien perdu © 2019 Adrien Demont (Soleil)

Connaissez-vous ce drôle chien, prénommé Buck, qui n’est bien que dans sa niche, au point d’avoir fusionné avec elle ?… Une tranche de vie canidée pleine de poésie et de tendresse.

uck, le chien qui reste cloîtré dans sa niche, a peur de tout. Depuis toujours, il craint les nuages noirs, les rafales de vent, et plus que tout, sa propre ombre ! Pour Buck, qu’il y ait du soleil ou de l’orage, du vent ou de la pluie, il fera toujours un temps à ne pas mettre un chien dehors !

Après son aventure extraordinaire dans la mythologie scandinave, Buck le chien-niche est de retour ! On ne sait pas si Adrien Demont est fasciné par les chiens ou les niches, ou les deux à la fois. La réponse se trouve peut-être dans cet aphorisme en fin d’album : « Ne dit-on pas que le chien est le seul animal qui loge dans son anagramme ? »… Ainsi l’auteur reprend son singulier personnage pour ce qui s’annonce être une série, mais sous une perspective très différente. Tout d’abord, ce n’est pas vraiment une suite, et on peut supposer que, chronologiquement parlant, cela se passe avant La Nuit des trolls. Dans un format à l’italienne, l’histoire, sans paroles, est centrée uniquement autour de Buck, présent dans chaque case.

Contrairement à l’album précité, déjà pour le moins atypique mais comportant un scénario bien construit, l’auteur semble ici avoir laissé libre court à son imagination débridée, en accompagnant sa drôle de créature hybride à travers un monde plein de périls plus ou moins avérés. Car le jeune Buck, on le sait, est peureux. Ce chien inquiet n’a jamais voulu parcourir le monde ni quitter de sa niche… Ainsi, le jour où celle-ci est emportée par une tempête, il va se retrouver livré à lui-même…

Buck, tome 1 : Le Chien perdu © 2019 Adrien Demont (Soleil)

Réalisé dans un joli monochrome sépia, le dessin, toujours aussi magnifique, s’impose donc comme la clé de voûte de ce petit album. Extrêmement minutieux, le trait est un plaisir des yeux et dépeint un univers champêtre avenant, à mille lieues des inquiétantes forêts scandinaves de l’opus précédent, où les trolls terrifiants semblaient constamment en embuscade. Le tout donne lieu à nombre de gags très fantaisistes auxquels on ne rit pas forcément de façon spontanée, mais qui seraient plutôt des gags à retardement, d’autant plus drôles… En effet, il faudra sans doute au préalable bien observer les cases pour saisir toute la finesse d’un humour lunaire et d’une grande poésie, si bien qu’on se demande si l’objet ne s’adresse pas autant aux adultes qu’aux enfants.

Cela vaut vraiment la peine de faire plus ample connaissance avec ce drôle de Chien perdu, dont la niche intrigue et ne se révèle pas au premier venu. De l’extérieur, elle semble étroite mais quand on prend la peine d’’en franchir l’entrée, elle devient étonnement beaucoup plus grande… Laissez-vous séduire par l’univers charmant et intemporel d’Adrien Demont, qui, plutôt que le clinquant si caractéristique de certaines productions animalières actuelles, préfère jouer les ambiances désuètes et cosy des vieux contes nordiques, et ce pour notre plus grand plaisir.

Buck, tome 1 : Le Chien perdu
Scénario & dessin : Adrien Demont
Éditeur : Soleil
Collection : Métamorphose
64 pages – 13,95 €
Parution : 29 mai 2019

Buck, tome 1 : Le Chien perdu © 2019 Adrien Demont (Soleil)

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