À propos

Pourquoi La Case de l’Oncle Will, blog de la BD et du roman graphique ?

Sur le web, les sites consacrés à la BD ne manquent pas. Mais ce terme finit par devenir un vrai fourre-tout, alors que depuis plusieurs années, il est une branche qui ne cesse de prendre de l’ampleur : le roman graphique. Le neuvième art semble aujourd’hui en passe d’atteindre l’âge adulte, déployant une variété de genres aussi vaste que la littérature elle-même, même si certains beaux esprits dont la sagacité n’a d’égal que le snobisme persistent à le cantonner à un sous-genre réservé aux adolescents boutonneux.

Comme l’Amérique entre le XVème siècle et le XIXème siècle, la BD est un vaste continent encore à découvrir, avec ses colons implantés de longue date et ses pionniers déterminés à défricher le terrain pour aménager leur terre promise. Et parfois il arrive que ces pionniers tombent sur une pépite, puis une autre pépite et enfin toute une mine d’or. De cette pépite originelle naîtra alors un village puis un bourg et pourquoi pas une cité merveilleuse. Le roman graphique est à cette image. Il constitue un domaine où peuvent s’exercer en toute liberté les plus folles expérimentations qui pourront même parfois inspirer certains colons restés à l’Est du continent.

Le roman graphique, c’est quoi ?

mauscouv01Le roman graphique, c’est en quelque sorte la BD débarrassée de ses boutons d’acné. Un croisement idéal entre la littérature et l’art graphique, passerelle ludique entre les deux domaines artistiques. Abordant des sujets très divers mais plus adultes, dépassant le simple objectif que celui de distraire un jeune public, cette branche du neuvième art traite aujourd’hui de sujets dits « sérieux », leurs auteurs ayant peut-être mieux su que dans d’autres domaines conserver leur âme d’enfant en dessinant leur « moutons-crobards ». Et les domaines abordés sont maintenant aussi nombreux que dans l’édition traditionnelle : sujets de sociétés (Pilules bleues, de Frederik Peeters), social (Les Mauvaises gens, d’Etienne Davodeau), politique (Quai d’Orsay de Lanzac et Blain), essais (Dol, de Philippe Squarzoni) documentaires (Palestine, de Joe Sacco), témoignages historiques (Maus, de Art Spiegelman), biographie (Munch, de Steffen Kverneland, Les derniers jours de Stefan Zweig, de Guillaume Sorel), autobiographie (Persépolis, de Marjane Satrapi), pour n’en citer que quelques-uns, et on ne compte plus également les adaptations de romans. Aujourd’hui, certains auteurs de BD envisagent désormais la BD comme un art pictural à part entière, je pense notamment à Enki Bilal ou  Loustal, dont les œuvres se négocient sur le marché de l’art.

L’Oncle Will, c’est qui ?

a-contract-with-godWill Eisner en serait en quelque sorte le père fondateur, le tonton qui a ouvert la voie dans les années 70 après une longue interruption. Créateur de la série Spirit en 1940, sa carrière d’auteur de comics s’étiolera au fil des ans. Monsieur Eisner s’orientera alors vers des activités plus lucratives, notamment pour des guides pédagogiques destinés à l’armée américaine, avant d’être redécouvert par la critique à la fin des années 60. Plusieurs récompenses, notamment au Festival d’Angoulême, lui redonneront le goût de la BD « créative ». C’est ainsi qu’il publiera en 1978 Un pacte avec Dieu (Contract With God), considéré comme le premier roman graphique. D’origine juive, il évoquera souvent dans ses œuvres le judaïsme et son corolaire, l’antisémitisme, dont il a beaucoup souffert dans sa scolarité à Brooklyn. Son dernier opus, Le complot – l’histoire secrète du Protocole des Sages de Sion (The Plot), publié peu de temps avant sa mort en 2005, apparaît comme un brillant testament contre l’ineptie des promoteurs de haine et de ceux qui voient des conspirations partout.

La case de l’Oncle Will est donc un clin d’œil à la fois à Will Eisner et au plus grand roman de l’histoire littéraire des États-Unis, le pays où il naquit et vécut.

Sérieux mais pas trop !

Je termine en insistant sur un point. Si ce site cherche à faire connaître le roman graphique tout en lui donnant une certaine respectabilité, le but recherché n’est pas de faire en sorte que le genre se place au dessus d’une production plus traditionnelle ou populaire, et cela concerne aussi bien les auteurs que les lecteurs. Il serait en effet inconvenant de renier les Tintin, Astérix et autres Schtroumpfs qui ont bercé notre enfance. Sans tomber dans la nostalgie, le faire reviendrait du même coup à renier l’enfant que l’on a été et éteindre la flamme qui nous anime tout au long de notre vie. D’ailleurs, je ne m’interdirai pas de chroniquer une BD jeunesse ou une série à la Largo Winch, du moment qu’elle le mérite. Le roman graphique doit savoir rester humble et accessible, et ne jamais oublier la poussière et la crasse qui s’accrochent à ses chaussures de pionnier, seule condition pour conserver toute sa créativité. Au roman graphique, je souhaite donc une longue vie pleine de magnifiques pépites, en plus de celles qu’il nous a déjà offertes !

Laurent Proudhon

DSCF4009

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s