Les atroces clichés de l’horreur nazie

Le Photographe de Mauthausen © 2017 Salva Rubio & Pedro Colombo (Le Lombard)

Militant de la cause républicaine en Espagne, Francisco Boix dût fuir la dictature franquiste pour la France, avant d’être déporté vers le camp de Mathausen en Allemagne. Lorsqu’il est engagé comme assistant du commandant Ricken, esthète pervers qui prend plaisir à mettre en scène avant de photographier la mort des prisonniers, il comprend qu’il a à sa portée des témoignages capitaux contre la barbarie nazie, encore faut-il réussir à mettre ces clichés à l’abri …. Une BD envisagée comme un travail de mémoire sur l’autre holocauste, plus méconnu : celui des Républicains espagnols.

En rendant hommage à ce photographe espagnol doublé d’un héros qu’était Francisco Boix, les auteurs ont tenté de décrire la réalité sordide d’un des pires camps de concentration de l’Allemagne nazie, où les prisonniers étaient éliminés par le travail… Boix eut une vie courte qui lui fit peu de cadeaux, mais il ne renonça jamais à ses idéaux politiques et put à sa manière se venger de ces fascistes qu’il abhorrait tant. Il agissait souvent comme bon lui semblait et détestait l’autorité. Son appareil photo il le brandissait tel un drapeau, celui de la liberté, et son expérience terrible à Mauthausen le conforta dans la voie qu’il avait choisie : le témoignage par la photo.

Cette bande dessinée vaut davantage pour ce qu’elle représente et sa valeur documentaire, que pour l’objet en lui-même. D’un point de vue narratif, Salva Rubio a opté pour le récit-témoignage dont le narrateur est évidemment Boix lui-même, tout en mettant un point d’honneur à restituer la vérité historique, concédant de rares changements mineurs par souci de cohérence (Dans l’histoire Albert Speer est remplacé par Enrst Kaltenbrunner). Preuve de son souci de ne pas travestir la réalité, un dossier historique d’une cinquantaine de pages, illustré en toute logique par de nombreuses photographies, vient compléter l’histoire.

Quant au dessin semi-réaliste de Pedro Colombo, même si on peut lui reprocher son aspect un rien académique et déjà vu, il reste plutôt expressif. Le choix de couleurs sombres permet de ressentir l’ambiance pesante qui enveloppait le quotidien des prisonniers.

Globalement, Le Photographe de Mauthausen s’avère un document édifiant sur un chapitre ignoré du génocide nazi. L’ouvrage tente également d’honorer Francisco Boix en mettant en images son terrible témoignage, lui qui à l’époque s’était heurté au froid dédain du tribunal de Nuremberg.

Le Photographe de Mauthausen
Scénario : Salva Rubio
Dessin : Pedro Colombo
Couleurs : Aintzane Landa
Editeur : Le Lombard
168 pages – 19,99 €
Parution : 29 septembre 2017

Extrait p.36:

« En général, on devait se rendre plusieurs fois par jour à la carrière, où on photographiait les hommes que les SS avaient précipités du haut de la falaise. Ces morts étaient classées parmi les « suicidés ». Curieusement, que les décès survenus à la suite d’un passage à tabac soient, eux aussi, considérés comme des suicides n’étonnait personne. Ricken était tellement soucieux du détail qu’il me demandait parfois de déplacer les corps. Il voulait les photographier sous le meilleur éclairage. Et il me demandait de bouger un bras ou une jambe pour que la composition et l’effet soient parfaits. Je saisissais enfin le sens de ces photos étranges et artistiques : ce taré était convaincu d’ériger la mort en art ! »

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