Enfin un prix Eisner pour Peeters et Schuiten !

L’Ombre d’un homme © 2001-2009 Benoît Peeters et François Schuiten

L’Ombre d’un homme vient d’obtenir un prestigieux prix Eisner (Best U.S. Edition of International Material). Retour sur le septième titre des Cités obscures qui n’est pas forcément celui que l’on retiendra des deux maîtres belges.

Après avoir découvert ce titre l’an dernier, publié sous le titre The Shadow of a Man, les professionnels de la bande dessinée américaine ont décidé de récompenser, de façon fort légitime, leurs auteurs Benoît Peeters et François Schuiten ! Même s’il n’est jamais trop tard pour bien faire — et on est heureux pour ces derniers ! —, on peut se demander pourquoi le choix s’est porté sur un volume qui est loin d’être le meilleur dans un cycle composé de 12 récits. On peut aussi se désoler que très peu d’ouvrages du duo belge aient jusqu’ici été publiés aux États-Unis, mais on espère que cela n’est qu’une question de temps avant que les lecteurs américains et anglo-saxons ne découvrent l’intégralité de cette œuvre culte…

Voici ce que j’écrivais en 2016 à propos de cet album…

Albert Chamisso est assureur, jeune marié, menant une vie confortable dans la magnifique cité de Blossfeldtstad. Terne mais implacable dans son travail, parfois jusqu’à la cruauté, il donne par ailleurs entière satisfaction à la compagnie qui l’emploie. Et pourtant, sous des dehors impassibles, des fêlures vont se faire jour et finir par remettre en cause sa vie bien réglée. Tout d’abord, ces cauchemars qui très vite commencent à fragiliser son couple. Et puis son ombre, qui prend peu à peu des couleurs jusqu’à en devenir gênante… Comme si, à force de tellement vouloir plaire à ses supérieurs, jusqu’à réprimer les moindres aspérités de sa personnalité, cette dernière se rebellait en utilisant l’élément le plus insignifiant de sa personne, et pourtant le plus menaçant : son ombre…

Pour cet épisode, les auteurs ont choisi une cité futuriste à l’architecture inspirée de l’Art nouveau, sublime d’élégance et de sensualité, en introduisant des couleurs chatoyantes auxquelles ils ne nous avaient guère habituées. Et pourtant, la ville, qui portait jadis le doux nom de Brentano, l’a depuis troqué pour le guttural Blossfeldtstad, comme si les auteurs avaient voulu insinuer que la grâce latine finissait toujours par céder du terrain face à la rigueur nordique… Car en effet, cet environnement possède aussi ses structures rigides et inhumaines, notamment la compagnie d’assurance où officie Chamisso. Ici, à la différence des premiers tomes, où l’architecture occupait une place centrale, elle ne sert ici que de décor à l’histoire d’un homme qui, après avoir vécu dans le confort, va vivre une descente aux enfers pour se métamorphoser ensuite en devenant artiste.

Cette histoire nous pose donc la question suivante : ne sommes-nous pas les premiers responsables des prisons du quotidien que nous subissons, préférant l’ennui du confort à la liberté de la précarité ? Si la fable est pertinente et originale, j’ai à peine moins accroché sur le scénario que j’ai trouvé un tantinet superficiel. Il y a certes des images très poétiques (le spectacle d’ombres chinoises), et pourtant il manque un je ne sais quoi pour susciter un réel engouement chez moi, peut-être une vague impression de bâclage ou l’absence d’émotion véritable (sans doute le point faible de cette série, même s’il y a beaucoup d’autres points forts !). Le tome précédent, L’Enfant penchée, constituait déjà une rupture dans la mesure où l’histoire était davantage centrée sur des êtres humains, mais elle m’avait semblé beaucoup mieux maîtrisée que l’opus ici présent. Attention, je n’ai pas dit que c’était mauvais, loin de là, mais ce n’est à coup sûr pas le meilleur de la série.

L’Ombre d’un homme – édition 2009
Volume 7 du cycle « Les Cités obscures »
Scénario : Benoît Peeters
Dessin : François Schuiten
Éditeur : Casterman
104 pages – 20 € (version numérique : 14,99 €)
Parution : 11 mars 2009
Parution originale : 29 juillet 2001

Eisner Award 2022 : Best U.S. Edition of International Material

L’Ombre d’un homme © 2001-2009 Benoît Peeters et François Schuiten

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