Le petit théâtre de Camille Garoche

Trois contes de fantômes © 2019 Camille Garoche (Soleil)

Dans ce bel ouvrage au charme suranné, l’illustratrice Camille Garoche, avec sa technique très originale, donne une seconde vie aux fantômes de Guy de Maupassant.

Coutumière des ambiances victoriennes, la collection Métamorphose se tourne cette fois vers l’un des chefs de file de la littérature fantastique française du XVIIIe siècle, Guy de Maupassant, avec trois nouvelles illustrées de façon unique par Camille Garoche.

Si les récits d’angoisse de Maupassant en eux-mêmes risquent fort de hanter vos nuits, le véritable intérêt de ce bel objet éditorial, au sens propre du terme, réside surtout dans le fait qu’il met en valeur le travail de Camille Garoche, présentée comme illustratrice et « orfèvre du papier ». Le résultat est pour le moins bluffant, l’éditeur ayant utilisé pour inaugurer chacun des trois récits un procédé de découpe au laser.

Une façon d’honorer le travail de Camille Garoche qui, en fin d’ouvrage, nous invite à pénétrer dans son atelier…Sa technique très particulière consiste à découper les décors et les personnages pour les répartir dans l’espace, un peu comme pour un théâtre de marionnettes, puis de les immortaliser sur pellicule, ce qui donne à ses illustrations cette impression de relief soulignée par l’angle d’éclairage.

Outre la technique utilisée, on éprouve une certaine fascination pour ces ambiances crépusculaires magnifiées par une colorisation raffinée, même si on peut trouver le trait quelconque. Globalement, ces Trois contes de fantômes dégagent un charme à la fois doucereux et intemporel, avec une légère odeur de poussière, comme celle qui émane des vieux livres jaunis abandonnés dans des greniers obscurs.

Trois contes de fantômes
Scénario : Guy de Maupassant
Dessin : Camille Garoche
Editeur : Soleil
Collection : Métamorphose
88 pages – 24,95 €
Parution : 9 octobre 2019

Δ Illustrations des nouvelles de Guy de Maupassant : Apparition (1883), Le Tic (1884), La Morte (1887)

Extrait p.69-70 (« La Morte »):

« Quand il eut achevé d’écrire, le mort immobile contempla son œuvre. Et je m’aperçus, en me retournant, que toutes les tombes étaient ouvertes, que tous les cadavres en étaient sortis, que tous avaient effacé les mensonges inscrits par les parents sur la pierre funéraire, pour y rétablir la vérité.

Et je voyais que tous avaient été les bourreaux de leurs proches, haineux, déshonnêtes, hypocrites, menteurs, fourbes, calomniateurs, envieux, qu’ils avaient volé, trompé, accompli tous les actes honteux, tous les actes abominables, ces bons pères, ces épouses fidèles, ces fils dévoués, ces jeunes filles chastes, ces commerçants probes, ces hommes et ces femmes dits irréprochables.

Ils écrivaient tous en même temps, sur le seuil de leur demeure éternelle, la cruelle, terrible et sainte vérité que tout le monde ignore ou feint d’ignorer sur la terre. »

Trois contes de fantômes © 2019 Camille Garoche (Soleil)

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