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Quel aveuglement a pu conduire des hommes à croire que la musique devait être bannie de l’univers ? Heureusement, comme le démontre cet ouvrage, si cette forme d’art peut être interdite, elle ne pourra jamais être réduite au silence.
Quand la musique devient un symbole de résistance… La Symphonie de Kaboul, c’est l’histoire d’une école de musique confrontée à l’oppression aussi cruelle qu’absurde des Talibans. Créée en 2010 par le docteur Ahmad Sarmast, l’ANIM (Afghanistan National Institute of Music) avait permis l’éclosion d’une formation de jeunes filles musiciennes dont la renommée commençait à croître hors des frontières de leur pays… jusqu’au retour des fondamentalistes en 2021. L’ouvrage raconte le parcours semé d’embuches de ces musiciennes et du fondateur de l’école.
Pour les fous d’Allah, la musique est considérée comme un péché. A travers cette école de musique et l’orchestre féminin Zohra, les autrices nous donnent à voir comment l’Afghanistan a sombré de nouveau dans la folie religieuse, après une parenthèse qui aura duré vingt ans. Les jeunes filles membres de l’orchestre ont choisi de s’exiler plutôt qu’à subir le joug des monstrueux Talibans. Le fondateur de l’école de musique a lui aussi choisi de quitter le pays, son sacerdoce étant de faire vivre la musique afghane hors de ses frontières.
Entre documentaire et fiction, La Symphonie de Kaboul témoigne des conditions de vie du peuple afghan mais surtout des femmes, totalement privées de liberté, réduites au rôle de reproductrice dans un monde entièrement contrôlé par les hommes. On pourrait ainsi se dire que l’on va avoir affaire à quelque chose de plombant, or il n’en est rien. Sarah El Younsi a pris le parti de ne pas s’appesantir sur un contexte déjà suffisamment désastreux, mais au contraire de produire quelque chose de positif. Tout au long du livre, elle nous montre des jeunes filles épanouies, toutes entières tournées vers leur art et déterminées. Harcelées par les Talibans, elles ne demandent pourtant par la lune, seulement de vivre leur passion, sous la houlette bienveillante du docteur Sarmast, dont l’ambition vise, grâce à la musique, de sortir le pays d’un obscurantisme qui avait alors plaqué un voile noir sur le pays de 1996 à 2001. Mais dans cette contrée d’Asie centrale, l’Histoire semble se répéter tragiquement…
D’un point de vue graphique, Léa Taillefert recourt à un style photographique avec des aplats de couleurs chatoyantes, ce qui correspond bien au propos. C’est bien exécuté, plutôt plaisant à regarder, même si cela reste sage, un peu froid, voire scolaire dans la forme.
La Symphonie de Kaboul s’avère néanmoins un témoignage précieux mais également empreint d’espoir dans un pays durement touché par des décennies de conflits de totalitarisme religieux. L’ouvrage montre également des jeunes filles déchirées par l’exil, rêvant de rentrer un jour dans leur pays.
La Symphonie de Kaboul
Scénario : Sarah El Younsi
Dessin : Léa Taillefert
Editeur : Steinkis
128 pages – 20 €
Parution : 27 août 2026


