Angoulême 2022 : la consécration pour Marcello Quintanilha !

Le lauréat dans les bras de son éditeur, Serge Ewenczyk © Photo : Didier Pasamonik (l’Agence BD)

Temps de lecture ≈ 2 mn 30

Le rideau est désormais retombé sur une édition 2022 où le soulagement lié à un retour à la normale était assez palpable sur les visages. Un palmarès printanier qui récompense les couleurs d’Écoute, jolie Márcia, de l’auteur brésilien Marcello Quintanilha.

Après l’annulation en 2021 et le report de janvier, le Festival d’Angoulême a finalement eu lieu. L’autre bonne nouvelle, c’est que cette édition coïncidait avec la levée des restrictions sanitaires, ce qui a permis d’apprécier le sourire des festivaliers, doublement heureux de pouvoir de nouveau déambuler dans les rues accueillantes de la cité angoumoisine, sans masques et sans passe sanitaire. On aura pu noter toutefois une affluence moindre, probablement due aux derniers soubresauts du Covid-19 et les mesures de quarantaine toujours en vigueur dans certains pays, ainsi que l’impossibilité pour certains de reporter leur venue, sans parler du temps mi-figue mi-raisin

La nouveauté qui aura marqué ce festival, c’est l’entrée en vigueur des dédicaces payantes pour les auteurs, une nouvelle forcément bien accueillie par ces derniers, mais qui ne résout toujours pas la question de leur rémunération par les éditeurs.

Cette édition 2022 nous a offert de très belles expositions. L’une des plus marquantes fut celle consacrée à Shigeru Mizuki, un des pères fondateurs du manga, au Musée d’Angoulême. A travers cette expo très riche (visible jusqu’au 3 avril), on a pu apprécier sa variété de styles, son trait fin et détaillé, ses personnages expressifs et ses créatures issues du folklore japonais, notamment ses yōkai, qui rappellent immanquablement l’univers de Hayao Miyazaki. On s’en rend compte à travers son dessin, l’auteur de NonNonBâ, couronné d’un fauve d’or en 2007, était constamment tiraillé entre l’ombre et la lumière. Capable de légèreté, Mizuki a toutefois été profondément marqué par la Seconde guerre mondiale, non seulement psychologiquement mais également physiquement. Enrôlé dans l’armée, il perdit un bras lors d’un bombardement en Nouvelle-Guinée, ce qui heureusement pour lui, n’oblitéra pas son talent, plusieurs de ces récits évoquant cette période difficile. Un très bel hommage pour cet auteur disparu en 2015 à l’âge canonique de 93 ans.

Dans les mêmes lieux, une expo était consacrée à un autre maître incontesté, René Goscinny, le précurseur du métier de scénariste. Certes, l’effet de surprise était moindre, et on ne peut pas dire que l’événement était incontournable. Mais on aura notamment pu apprendre que le co-auteur d’Astérix avait également été dessinateur à ses débuts.

Deux autres expos auront certainement enchanté les festivaliers. D’abord, celle dédiée à Chris Ware, l’un des artistes les plus avant-gardistes du Neuvième art, à l’espace Franquin, et ensuite celle honorant le travail de Christophe Blain, virtuose du mouvement et du cadrage, au Vaisseau Moebius.

Terminons par le palmarès, qui cette année consacre l’auteur brésilien Marcello Quintanilha du Fauve ultime, avec Écoute, jolie Márcia, une plongée dans la dure réalité des favelas à peine adoucie par des couleurs bigarrées comme un carnaval amer. C’est une belle reconnaissance non seulement pour ce digne représentant de la BD brésilienne (déjà récompensé par le fauve polar en 2016 avec Tungstène), mais aussi pour Serge Ewenczyk, le vaillant fondateur des Editions ça et là, qui soutient depuis longtemps celui qui désormais, fait plus que jamais figure de pilier pour l’éditeur, conjointement avec Derf Backderf.

Quant au petit éditeur strasbourgeois 2024, il a décidément le vent en poupe puisqu’il se voit récompensé à travers deux ouvrages signés de quasi-inconnus, Des vivants (prix spécial du jury), de Simon Roussin, Raphaël Meltz et Louise Moaty, une fresque historique sous l’occupation, et Le Grand Vide (prix du public), de Léa Murawiec, traitant de la célébrité dans un monde parallèle. Le Fauve polar revient à Antoine Maillard pour L’Entaille, le prix de la série à Émile Bravo pour sa relecture brillante de Spirou dans les années 40, et le nouvel Eco-fauve (successeur du prix Tournesol) à Anne-Marie Saint-Cerny et Christian Quesnel pour Mégantic, un ouvrage documentaire qui revient sur le spectaculaire accident de train-citerne survenu dans une petite ville du Québec en 2013.

Enfin, Julie Doucet, autrice québécoise qui aura marqué la BD underground dans les années 90, s’est vue remettre le Grand Prix d’Angoulême, aussitôt contesté par les tenants d’une tradition non dénuée d’arrière-pensées un brin virilistes.

Ce palmarès, est-il vraiment si élitiste, comme certains le prétendent voire le déplorent chaque année ? Certes, on pourra discuter des choix des jurys quant à la quasi-absence de titres populaires, voire de mangas (qui représentent désormais plus de 50% des ventes françaises), mais ces œuvres dites populaires, qui sont souvent des best-sellers, sans vouloir dénier leurs qualités, ont-elles réellement besoin d’une mise en lumière supplémentaire au détriment d’auteurs plus confidentiels, qui ont au moins le mérite de bousculer un académisme parfois ronronnant ? La question reste entière et continuera vraisemblablement à agiter les esprits pour longtemps encore…

Le Palmarès du Festival d’Angoulême 2022 :

FAUVE D’OR – PRIX DU MEILLEUR ALBUM
Ecoute, Jolie Márcia, de Marcello Quintanilha (Editions ça et là)

PRIX DU PUBLIC FRANCE TELEVISIONS
Le Grand Vide, de Léa Murawiec (Editions 2024)

PRIX SPECIAL DU JURY
Des vivants, de Simon Roussin, Raphaël Meltz et Louise Moaty (Editions 2024)

PRIX DE LA SERIE
Spirou – L’Espoir malgré tout, troisième partie, d’Emile Bravo (Dupuis)

FAUVE DES LYCÉENS
Yojimbot, tome 1, de Sylvain Repos (Dargaud)

PRIX ECO-FAUVE
Mégantic, un train dans la nuit, d’Anne-Marie Saint-Cerny et Christian Quesnel (Ecosociété)

PRIX REVELATION
La Vie souterraine, de Camille Lavaud Benito (Les Requins Marteaux)

PRIX DE L’AUDACE
Un visage familier, de Michael Deforge (Atrabile)

PRIX DU PATRIMOINE
Stuck Rubber Baby (Un monde de différence), de Howard Cruse (Casterman)

FAUVE POLAR SNCF
L’Entaille, d’Antoine Maillard (Cornélius)

PRIX DE LA BANDE DESSINEE ALTERNATIVE
Bento – Radio as paper (France)

PRIX JEUNESSE 12-16 ANS
Snapdragon, de Kath Leyh (Kinaye)

PRIX JEUNESSE 8-12 ANS
Bergères guerrières, tome 4, d’Amélie Fléchais et Jonathan Garnier (Glénat)

PRIX RENE GOSCINNY DU MEILLEUR SCENARIO
Madeleine, résistante, de Dominique Bertail, Jean-David Morvan et Madeleine Riffaud

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Grogro dit :

    Une juste reconnaissance pour cet auteur atypique, et surtout cette BD géniale !

    J’aime

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