Eclats de lumière

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Revoir Paris T.2 – La Nuit des constellations © 2016 Benoit Peeters & François Schuiten (Casterman)

Nous sommes en 2156, et après un long périple depuis l’Arche, Kârinh a enfin débarqué sur Terre. Elle va pouvoir découvrir ce Paris qui alimentait tous ses rêves et tous ses fantasmes, une cité où elle sent confusément qu’elle pourra y trouver des traces de ses origines. Mais la ville qu’elle avait imaginée à travers moult documents anciens semble avoir bien changé…

revoir-paris-t2Avec cette seconde partie, Benoit Peeters et François Schuiten poursuivent leur exploration d’un Paris futuriste et éclaté. Un projet dans lequel seuls les maîtres belges du neuvième art, toujours très portés sur l’architecture, pouvaient faire intervenir leur imagination avec autant de brio. Leur Paris de 2156 atteint une dimension quasi-onirique, presque irréelle au point d’en apparaître inquiétant, comme à travers un kaléidoscope géant. Car pour préserver la ville lumière, ses défenseurs ont jugé bon de déplacer certains monuments pour les remplacer par des copies ! Ainsi, ce Paris n’apparaît plus que comme une parodie de lui-même, un gigantesque parc d’attractions, un Paris muséifié, fragilisé et un peu paranoïaque, surplombé par un immense dôme de verre destiné à le protéger des attaques terroristes, car la ville suscite de toutes parts – on ne saura pas exactement pourquoi – rancœur et haine. Une vision qui résonne étrangement avec le Paris d’aujourd’hui.

Le dessin réaliste porte toujours la marque unique de Schuiten, avec son style à la fois figé et aérien, où les personnages apparaissent souvent comme désincarnés, évoluant dans un décor rétrofuturiste dans lequel tous les rêves verniens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle auraient trouvé leur accomplissement. Ici, les contours s’effacent derrière la couleur, caractérisée par une gamme chromatique tout en retenue.

C’est élégant et délicat, et ce Paris-là se révèle assez envoûtant, notamment avec les cadrages en plongée et ses prothèses architecturales qui permettent de redécouvrir la capitale sous un autre angle, étonnant celui-là, malgré son côté vaguement Disneyland…

A côté de toutes ces qualités graphiques, le récit donne hélas l’impression de se diluer sous le flot de ces jolies cartes postales à la fois familières et insolites. Plus fasciné que véritablement captivé,  le lecteur finit par oublier ce pour quoi la jeune héroïne est venue voir Paris, et pour tout dire, s’en moque un peu. C’est bien dommage, car Benoit Peeters a prouvé par le passé, à travers notamment Les Cités obscures, qu’il savait construire de bonnes histoires. Ici, il semble juste avoir subi l’imposante aura de la ville lumière.

Revoir Paris, tome 2 : La nuit des constellations
Scénario : Benoit Peeters
Dessin : François Schuiten
Editeur : Casterman
Collection : Univers d’auteurs
64 pages – 17 €
Parution : 26 Octobre 2016

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