Un sujet grave traité avec douceur

Ceux qui me restent

Ceux qui me restent © 2014 Damien Marie & Laurent Bonneau (Bamboo)

Florent a perdu sa femme beaucoup trop jeune. Il a tenté d’élever seul sa petite Lilie. Mais le temps a passé, il a vieilli, elle a grandi et il ne la reconnaît plus, persuadé qu’elle a disparu à bord du ferry qui les emmenaient en Angleterre. Et depuis, il la cherche sans relâche, dans les bribes de ses souvenirs que la maladie lui a volé…

ceux-qui-me-restentLa maladie d’Alzheimer, sujet casse-gueule s’il en est, est rarement traité dans la bande dessinée, et pour cause. Les auteurs, Damien Marie à l’écriture et Laurent Bonneau au dessin, ont su relever le défi avec originalité en nous plaçant dans la peau du « patient », conférant au récit une note fantastique, quasi onirique. Mais cela ne serait rien sans la sensibilité de l’approche où l’on est plus dans la suggestion que la démonstration. L’œuvre se présente comme une sorte de puzzle énigmatique que le lecteur doit recoller au fil des pages, mais qui dit puzzle ne veut pas forcément dire embrouillamini. Car l’histoire reste très fluide, et ici, ce sont davantage les images qui parlent, des images bénéficiant du trait diaphane, au bord de l’esquisse, de Laurent Bonneau, lequel colle parfaitement à un sujet traitant de la mémoire qui s’efface… Les mots sont rares, les phrases courtes, comme si les paroles semblaient de trop, ne servant qu’à situer le contexte. Tout est dans le cadrage, les regards, les gestes pris sur le vif.

Ce père blessé et aux abois, à la recherche d’une fille qu’il croit encore enfant et ne reconnaît pas en adulte, finit par nous émouvoir. La scène finale, dont je ne peux évidemment rien révéler, est particulièrement poignante.

Alzheimer est une maladie silencieuse mais extrêmement perturbante, surtout pour les proches du malade. Avec intelligence, Ceux qui me restent parle de la douleur d’un père égaré, et de celle de sa fille d’être devenue une inconnue à ses yeux, mais vient dédramatiser la question en tentant d’apporter (ou pas) une réponse, avec une conclusion très poétique, comme un soulagement.

Ceux qui me restent
Scénario : Damien Marie
Dessin : Laurent Bonneau
Editeur : Bamboo
Collection : Grand angle
152 pages –  21,90 €
Parution : 27 août 2014

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