Un formidable hommage à tous les immigrés du monde

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Là où vont nos pères © 2007 Shaun Tan (Dargaud)

Quand la pauvreté fait des ravages et que la guerre menace, a-t-on d’autres options que de quitter son pays et sa famille ? Quand aux confins des océans, on sait qu’il existe un pays de cocagne où n’importe qui peut faire fortune facilement, peut-on longtemps hésiter même si on sait que ça fait mal ? A travers cette épopée muette, l’auteur raconte avec brio le parcours d’un immigré européen en revisitant le rêve américain.

la-ou-vont-nos-peresSubjuguant. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour parler de cette œuvre très originale. Tout d’abord par la beauté du dessin extrêmement soigné dans des tons monochromes allant du gris sale à une sépia très lumineuse. L’imagination et les trouvailles de l’auteur font le reste. Celui-ci confère une portée universelle au mythe de la terre promise, avec une dimension onirique tout à fait étonnante qui peut dérouter à la première lecture. L’histoire commence en effet de manière plutôt sombre et réaliste (la patrie) pour évoluer dans un univers merveilleux et quasi surréaliste (la terre d’accueil), truffé d’objets et de créatures extraordinaires, ainsi que de symboles mystérieux. De cette façon, l’auteur a parfaitement su représenter comment un monde nouveau pouvait être d’une étrangeté absolue aux yeux d’un immigrant. L’absence de textes n’est absolument pas gênante, au contraire, cela aurait presque paru redondant dans cette histoire avant tout visuelle. Elle comporte d’ailleurs une telle richesse qu’à mon avis on peut la relire plusieurs fois sans problème et y découvrir de nouveaux éléments qui n’auraient pas sauté aux yeux à la première lecture.

D’une certaine façon, ce magnifique ouvrage redonne de la dignité à tous les expatriés de la Terre, ceux qui ont quitté leur pays par nécessité, avec peut-être un sentiment diffus de honte (laisser ses proches derrière soi n’est certainement pas chose facile). Certes, la représentation de la Terre promise est très idéalisée, mais le but ici n’a pas été de produire une histoire réaliste. D’après moi, l’auteur a voulu d’abord montrer les raisons qui conduisaient à quitter son pays natal, en mettant en scène la vision rêvée, si déformée soit-elle, de ces hommes rêvant d’un ailleurs où la vie serait plus douce.

Là où vont nos pères
Scénario & dessin  : Shaun Tan
Editeur : Dargaud
Collection : Long courrier
128 pages –  16,45 €
Parution : 2 mars 2007

Angoulême 2008 : Fauve d’or (Prix du meilleur album) 

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