Un P*tain de double jeu

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Il était une fois en France © 2007-2014 Fabien Nury/Sylvain Vallée (Glénat)

Cette série retrace la vie de Joseph Joanovici (1905-1965), immigré juif russe qui, ayant fuit les pogroms dans son pays, émigra à Paris et réussit à bâtir un véritable empire de l’acier en reprenant le commerce de ferraille de son oncle. C’est durant la Seconde guerre mondiale qu’il deviendra milliardaire, n’hésitant pas à collaborer avec l’envahisseur nazi, collaboration qui lui permettra de procurer un soutien actif et armé à la Résistance dont il se revendiquait. Les auteurs nous proposent ainsi de mieux comprendre qui était ce « Monsieur Joseph », personnage sulfureux et controversé qui purgea une peine de cinq ans d’emprisonnement à la fin de la guerre et fut l’un des très rares juifs à se voir refuser la nationalité israélienne.

il-etait-une-fois-en-franceEst-ce le fait d’avoir assisté enfant à la décapitation de ses parents qui a fait de Joseph Joanovici ce qu’il était ? Un personnage avec une forte part d’ombre, désabusé mais doté d’une pulsion vitale irrépressible qui lui faisait transformer en or la ferraille qu’il croquait pour distinguer le bon grain de l’ivraie… Avant de lire cette série, je n’avais jamais entendu parler du personnage. Les auteurs ont tenté de cerner cette part d’ombre avec précaution, en se gardant de tout jugement, lui rendant son humanité ainsi qu’une certaine dignité, lui en qui ses juges ne voulaient voir que le salaud de « collabo », sans prendre en compte le fait que ses « bons » rapports avec les Nazis lui avaient permis d’aider la résistance et de sauver des juifs des camps de la mort. Mais quoiqu’on en pense, « Monsieur Joseph » fascine, force le respect.

De cette histoire vraie se déroulant dans un contexte historique tourmenté, les auteurs ont ainsi su tirer une saga captivante et romanesque, tout en s’efforçant de coller à la réalité des faits. Le scénario de Fabien Nury est particulièrement bien construit, et malgré les nombreux personnages pouvant parfois créer la confusion, on se laisse prendre par ce récit bénéficiant par ailleurs de textes à la hauteur et du dessin de Sylvain Vallée, qui, sans être original, est très soigné et reste tout à fait adapté à ce type d’histoire par son sens du détail. Tout comme la couleur, sobre et dans des tons peu contrastés, reflétant bien l’ambiance de l’époque. La mise en page et le cadrage sont en parfaite adéquation avec l’histoire, tout à fait efficaces pour insuffler la tension nécessaire. Restent les personnages, très bien campés pour la plupart. On est frappé de découvrir à quel point les deux femmes qui côtoyèrent le plus Monsieur Joseph, sa femme Eva (qu’il dût éloigner pour la protéger), et son assistante « Lucie-Fer », étaient profondément amoureuses de l’homme.

Ce dernier ne semblait pas être un homme à femmes, alors qu’il aurait pu profiter de sa fortune pour passer du bon temps, mais c’est autre chose qui l’animait, quelque chose de plus secret, d’ineffable, peut-être le simple instinct de survie, lui pour qui toute sa vie a été placée sous le sceau de la menace et de la dissimulation.

En conclusion, on peut dire que rien n’a été laissé au hasard, et qu’à aucun moment, on ne perçoit un relâchement du rythme ou de la cohérence. Jusqu’à la fin, particulièrement poignante. Indubitablement, Il était une fois en France reste pour moi une belle découverte et peut facilement figurer au classement des meilleures séries historiques françaises.

Il était une fois en France (intégrale des 6 tomes)
Scénario : Fabien Nury
Dessin : Sylvain Vallée
Editeur : Glénat
416 pages –  75 €
Parution de l’intégrale : 13 novembre 2014
(parution des 6 tomes : entre oct. 2007 et oct. 2012)

Angoulême 2011 : Prix de la série (pour le tome 4 : Aux armes citoyens !)

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