Adaptation sous camisole

L'aliéniste

L’Aliéniste © 2014 Fábio Moon et Gabriel Bá (Urban Comics)

Brésil, XIXe siècle. Le professeur Bacamarte, médecin spécialisé dans les maladies mentales, vient s’installer dans un bourg pour y créer une institution afin d’y conduire ses recherches. Sa venue va susciter dans un premier temps la fierté de ses habitants. Mais lorsque ceux-ci commenceront à se rendre compte que les internements se font de plus en plus aléatoires et touchent quasiment tout le monde, c’est la colère qui va prendre le relais… Une adaptation en bande dessinée de l’œuvre de Joaquim Maria Machado de Assis, célèbre écrivain brésilien, par les auteurs de Daytripper (au jour le jour).

lalienisteAutant le dire d’emblée, la déception est immense. D’autant plus immense après lecture du remarquable Daytripper… Je n’ai pas lu le roman duquel la BD est tirée, mais j’ai trouvé cette adaptation quelque peu paresseuse, et toutes les qualités que j’avais notées dans l’ouvrage précité semblent s’être volatilisées, à l’exception du dessin … J’ai attendu de refermer le livre pour vérifier la date de parution, persuadé que L’Aliéniste était plus ancien, c’est dire, ce dernier ayant été en fait publié plus de deux ans après Daytripper. Si cela avait été le cas, j’aurais été moins sévère sans doute. Ce n’est pas que ce soit mauvais, loin de là, mais il me semble qu’avec un thème comme la folie, il y avait de quoi se surpasser.

Le dessin tout d’abord. On retrouve le même trait enlevé et dynamique, mais le traitement monochrome de la couleur aux teintes sépia confère une certaine monotonie à un scénario déjà assez répétitif, certes empreint d’une d’une discrète ironie, mais qui manque de la folie dont il traite. Ce conte philosophique ne s’attache qu’à quelques personnages : le rigide et charismatique médecin Simon Bacamarte, son épouse amoureuse et esseulée Dona Evarista, l’apothicaire servile et le coiffeur séditieux. De la folie elle-même il n’est guère question (on ne voit jamais comment le médecin conduit ses recherches). Cependant, le récit montre bien par le biais de la fable que la folie est une notion toute relative, que quiconque décrétant la folie d’un autre est peut-être bien plus fou lui-même, mais plus grave, que l’internement abusif des patients peut être un moyen idéal de faire régner l’ordre dans une dictature.

Le sujet soulevé ne manque pas de pertinence, et le roman de Machado de Assis reste un classique dans son pays, le Brésil. Malheureusement, je doute fort que son adaptation en bande dessinée, sans être mauvaise pour autant, n’apporte grand-chose. Fábio Moon et Gabriel Bá, en voulant rendre hommage à leur compatriote, l’équivalent de Victor Hugo ou Émile Zola en France, semblent s’être effacés derrière le personnage. Le résultat, c’est une transcription appliquée et ennuyeuse, une sorte de sous-Eisner en beaucoup plus bavard. J’entends lire prochainement la dernière production des frères jumeaux, Deux frères, qui je l’espère me fera oublier ce que j’appellerais un petit incident de parcours.

L’Aliéniste
Scénario : Gabriel Bá
Dessin : Fábio Moon
Editeur : Urban Comics
72 pages –  14 €
Parution : 26 Septembre 2014

Δ Adaptation d’un classique de la littérature brésilienne, L’Aliéniste de J.M. Machado de Assis
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