Toute la quintessence du roman graphique

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Blankets © 2004 Craig Thompson (Casterman)

Pas facile de grandir quand on vient d’un bled paumé du Michigan et qu’on n’est pas dans la norme… Entre des parents taiseux et bigots, les cours de catéchisme lénifiants au collège et des camarades de classe « redneck », toutes les conditions sont réunies pour mal débuter sa vie… Heureusement, Craig, ado inhibé tenté par les ordres, va s’amouracher de Raina qui s’avérera être sa planche de « salut », mais pas de la manière dont on pourrait croire…

blanketsDans ce superbe roman graphique – un pavé de près de 600 pages ! – plein de poésie, véritable parcours introspectif accompagné de flashbacks sur son enfance, Craig Thompson nous raconte comment une amourette adolescente va avoir une énorme répercussion sur le cours de sa vie que son entourage voulait croire toute tracée… « Blankets » signifie « couverture » en français, et comme le titre du roman l’indique, il y est beaucoup question de couvertures… la région du Midwest semble en permanence sous une « couverture » de neige, accompagnée d’un froid glacial qui pousse à hiberner sous la couette… mais le terme revêt aussi un autre sens, car la couverture qui sert à se protéger peut être aussi morale, elle est celle qui permet de passer inaperçu, de ne pas se faire remarquer, de se fondre dans la masse afin de ne pas être jugé… et c’est bien de cela dont il est question ici : faut-il se satisfaire de ses croyances qui rassurent tout autant qu’elles emprisonnent et sacrifier sa liberté ?

J’ai trouvé à Blankets une grande qualité graphique, où le trait noir et blanc est d’une grande finesse, alternant le minimalisme « cartoon » lié à l’enfance et les courbes sensuelles et gracieuses lorsque l’auteur évoque son amour d’adolescence. Quant à l’histoire, elle bénéficie d’une grande fluidité et n’est jamais plombée par son sujet, qui pourtant pourrait vite dévier vers l’auto-apitoiement ou une sensiblerie un peu gnangnan… L’auteur se contente de produire un récit lucide et sensible, sans concession, sans aigreur ni colère, avec juste une touche d’ironie et des images fortes, où il explique comment [SPOILER] à la suite d’une désillusion amoureuse [fin du SPOILER], il s’est détaché de la religion malgré la pression familiale et sociale.

Je termine par cet extrait – terrible mais puissant – où Craig Thompson évoque ses parents lors d’une promenade avec son frère :

« Je ne crois pas que je serai capable de dire [à mes] parents que je ne suis plus chrétien (…) ils continueront de m’aimer et de prier pour moi… et pendant ce temps, moi, je leur arracherai minutieusement le cœur. Je les imagine sur leur lit de mort, uniquement préoccupé par le salut de leurs enfants. Après n’avoir demandé toute leur vie qu’une seule chose, la certitude que leur famille sera réunie au Ciel. Je ne peux pas les priver de ça. Mais je ne peux pas non plus nier mon manque de foi. Je crois toujours en Dieu, à la parole de Jésus aussi, mais le reste du christianisme, cette Bible, ces églises, ce dogme… seulement dressés pour séparer les peuples et les cultures, c’est comme nier la beauté d’être un humain, et ignorer tous ces espaces qui ont besoin d’être rempli par l’individuel. »

Blankets – Manteau de neige
Scénario & dessin : Craig Thompson
Editeur : Casterman
Collection : Ecritures
582 pages –  24,95 €
Parution : 10 mars 2004

Grand Prix de la Critique ACBD 2005
Eisner Award 2004 : Best Graphic Album – New

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