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Ne manquez pas ce très bel album où se mêlent deuil et souvenirs de vacances, tensions conjugales et perte de l’innocence, à travers le filtre nostalgique des eighties. « Un été loin des hommes », ou comment les aléas de la vie s’adoucissent sous le soleil méditerranéen.
Eté 2022. Frédérique est de retour à Nice pour l’enterrement de sa mère. Elle tente d’épauler son père dans les démarches. L’appartement résonne de l’absence et la vue sur la promenade des Anglais est baignée d’une beauté mélancolique. La quête des photos pour la cérémonie funèbre va alimenter le théâtre des souvenirs, notamment ce fameux été en Corse, en 1985, où tout aurait pu basculer…
Dans ce roman graphique délicat, la question du deuil rejoint celle du temps qui passe et active les souvenirs d’un âge où les oripeaux de l’enfance se désagrègent lentement face aux problématiques (des) adultes.
Si le sujet a été abondement traité, c’est toujours son approche qui la distinguera du tout-venant. A ce titre, Un été loin des hommes est une réussite. L’ouvrage respire l’authenticité dans cette évocation des vacances, à partir de la mort d’un proche, en l’occurrence la mère de Frédérique qui repense à cet été 1985 en Corse, où ses parents avaient été à deux doigts de se séparer. L’adolescente qu’elle était alors est en proie à des questionnements liés à cet âge, mais pas seulement, car on la sent en quête d’elle-même, mal à l’aise dans un monde où elle peine à se construire avec son désir naissant pour les femmes, un sentiment aggravé par les fissures qui se creusent entre son père et sa mère, et la menace d’un divorce imminent… Comme si des nuages noirs étaient venus assombrir le soleil corse pourtant réputé inaltérable…

Dans ce contexte peu serein, la vie continue pourtant à s’écouler comme si de rien n’était au milieu de ce décor de rêve qu’est l’Île de beauté, où les apparences de l’insouciance parviennent à masquer, et peut-être alléger aussi les tourments intérieurs des êtres. Et c’est en parsemant leur récit d’anecdotes insignifiantes que Fabienne Blanchut et Catherine Locandro parviennent à y injecter l’authenticité en question. Des anecdotes qui font résonner en chacun de nous les flashs marquants d’une jeunesse qui s’éloigne…
Tout cela, Thomas Campi va le mettre en images de façon magistrale, tant sur le plan du dessin que de la couleur. Sa palette variée aux tonalités chatoyantes vient enrober son trait délicat d’une aura enchanteresse, conférant à cette Corse des années 80 un côté idyllique, où le réalisme s’accorde parfaitement avec une nostalgie bien dosée. Les références visuelles nous immergent dans cette époque qui avait tout de même meilleure mine sous les cieux estivaux de l’île de beauté, parce que quand on y pense, la crise économique avait déjà commencé à produire ses effets néfastes.
Malgré la gravité du sujet, on ressort apaisé d’une lecture jamais plombante, comme si par une sorte de magie, l’environnement lumineux de l’histoire avait exercé son influence sur les êtres en évitant les drames potentiels. Voilà pourquoi Un été loin des hommes, dans sa simplicité, constitue une lecture éblouissante qui imprime sur nos rétines une couleur splendide. « Tu m’emmèneras en Corse, un jour ? » demande à Frédérique son amie au bord de la plage, peu après les funérailles. Et comme elle, le lecteur se sent gagné par l’envie d’en découvrir les rivages…
Un été loin des hommes
Scénario : Fabienne Blanchut et Catherine Locandro
Dessin : Thomas Campi
Editeur : Dargaud
136 pages – 22 €
Parution : 6 mars 2026


