Aller-simple vers l’apocalypse

Transperceneige Extinctions, Acte II © 2020 Jean-Marc Rochette et Matz (Casterman)

Transperceneige, la mythique série de science-fiction des années 80 a été remise sur les rails. Ce prequel très sombre revient sur les origines de la catastrophe qui transforma le monde en enfer de glace.

L’apocalypse a finalement eu lieu, et le « train aux mille et un wagons » a entamé son périple à travers les continents pour tenter de sauver le maximum de gens. Dans cet enfer gelé où les températures ne cessent de chuter, un père et son fils vont tenter de rejoindre la gare où le transperceneige doit faire escale. Une course pour la survie dans un environnement devenu extrêmement inhospitalier

Relancée contre toute attente grâce à l’intérêt du réalisateur coréen Bong Joon-ho, auteur du multiprimé Parasite, la saga post-apocalyptique a donc profité de l’élan provoqué par l’adaptation cinématographique sortie mondialement en 2013 (Snowpiercer) pour entamer l’an dernier un deuxième cycle baptisé Extinctions et inauguré l’an dernier. En 2020, c’est sur Netflix que l’on peut découvrir la série TV, signée de Josh Friedman.

Elaboré un peu à la manière d’un documentaire, le tome introductif de la BD nous faisait remonter aux origines du cataclysme qui plongea la Terre dans un hiver nucléaire, montrant comment l’Homme, de méfaits en forfaits contre Dame Nature, se rapprochait inéluctablement du pire sous l’action conjuguée d’un groupe d’écoterroristes. Dans cet acte 2, le lecteur suit un père et son fils, apparus dans le premier volet, dans leur périple pour atteindre la gare d’une petite ville mexicaine, où selon les plans d’origine, une escale du transperceneige est prévue, seule planche de salut pour ces deux survivants. Ils seront bientôt rejoints par Sophie, une jeune femme cherchant à fuir ses poursuivants animés des plus mauvaises intentions.

De façon assez classique, le scénario de Matz et Rochette oscille entre le documentaire et le récit d’aventures. Parallèlement aux trois personnages précités, on observe le parcours du super-train de capitale en capitale, un « train-ville » que son créateur, un richissime Chinois, a conçu comme une arche de Noé, destinée à recueillir un échantillon d’humanité en prévision de la catastrophe annoncée. Et de façon peu surprenante, les gares où doit passer le transperceneige sont devenues des foires d’empoigne où on n’hésitera pas à tuer son prochain pour lui voler le précieux billet, laissant augurer du pire pour la suite…

Transperceneige Extinctions, Acte II © 2020 Jean-Marc Rochette et Matz (Casterman)

Par rapport à l’histoire originelle, le trait de Rochette est devenu plus charbonneux, plus acéré, empreint d’un quasi-minimalisme qui reflète bien la désolation du monde après l’apocalypse. Chaque capitale, chaque site célèbre traversé par le train est présenté comme la relique d’une époque révolue, où la vie semble avoir disparu. Triste collection de cartes postales d’une planète sépulcrale. La mise en couleurs d’Isabelle Merlet renforce cette impression de dévastation, par laquelle les rares teintes se confondent sous un voile terne et grisâtre, contrairement à l’opus précédent plus coloré. Le fameux train n’apparaît quant à lui que comme une silhouette fantomatique fonçant à tombeau ouvert à travers les étendues glacées.

Au final, la lecture reste un peu froide, et les personnages dont on ne fait que deviner les traits sous des hachures sombres, génèrent un sentiment de déshumanisation. Toujours sous-tendu par une dénonciation des inégalités post-Trente Glorieuses, ce Transperceneige actualisé reflète plutôt bien l’époque où la prise de conscience écologique montante semble paradoxalement impuissante à empêcher le monde de glisser chaque jour un peu plus vers son effondrement, tel un train roulant à pleine vitesse et sans freins. Un constat amer et pessimiste sur la nature humaine où ne perce pas la lumière, même lorsqu’il est question de préparer le monde d’après. Et il ne fait guère de doute que le troisième volet de cette trilogie n’en modifiera guère le propos puisqu’il doit faire la jonction avec le premier tome de la série d’origine.

Transperceneige Extinctions, Acte II
Scénario : Matz & Jean-Marc Rochette
Dessin : Jean-Marc Rochette
Couleurs : Isabelle Merlet
Editeur : Casterman
96 pages – 18 €
Parution : 3 juin 2020

Extrait p.46 :

« La température moyenne de la Terre est de -20° Celsius (-4° Fahrenheit). Seules les régions les plus proches de l’équateur reçoivent encore un peu de chaleur, mais moins qu’auparavant, et pas assez pour que la plupart des animaux et des végétaux aient le temps de s’acclimater…

Les centrales thermiques et nucléaires s’arrêtent. L’énergie solaire ne donne plus rien et l’eau a gelé partout, immobilisant les centrales hydrauliques…

Combien de temps tient-on sans électricité ? Sans lumière, sans chauffage, sans eau courante ? On brûle les meubles, les livres, les parquets. On mange froid ou on ne mange pas… On retourne à l’état sauvage à la vitesse de l’éclair, au chacun pour soi…

Combien d’escales avant que le train ne trouve plus de passagers ? Avant qu’il ne puisse plus s’arrêter nulle part ? Combien de villes et de communautés resteront à jamais hors d’atteinte ? Combien de temps avant qu’il n’y ait plus de survivants sur la surface de la Terre ? »

Transperceneige Extinctions, Acte II © 2020 Jean-Marc Rochette et Matz (Casterman)

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