Un pavé à la face des mollahs

Zahra’s Paradise © 2011 Amir & Khalil (Casterman)

 

Téhéran, printemps 2009. La quête d’une mère à la recherche de son fils disparu lors des manifestations qui suivirent les élections « volées ». Zahra’s Paradise a d’abord été publié sur Internet en une douzaine de langues, dont l’anglais, l’arabe et le farsi. Cette histoire a ainsi été lue par des milliers de lecteurs partout dans le monde.

ahra’s Paradise, c’est le nom d’un gigantesque cimetière en périphérie de Téhéran et qui doit son nom à la fille du prophète, assurant à ceux qui y sont enterrés de renaître au paradis. Mais de façon moins glorieuse, ce cimetière dissimule également les crimes d’une République islamique iranienne qui maintient bon nombre d’Iraniens en enfer, en pratiquant les coups les plus tordus pour contenir la dissidence, notamment celle de la jeunesse qui était descendue en masse dans les rues en 2009. C’est ce que raconte ce roman graphique dont on sent bien qu’il a été réalisé sous l’emprise d’une rage sourde et irrépressible, motivé aussi par le désir de témoigner envers et contre tout de la cruauté barbare des ayatollahs. Cruauté parfaitement illustrée dans le prologue par cette métaphore insoutenable où l’on voit un homme se débarrasser lâchement d’une nichée de chiots en les arrachant d’abord à leur mère, puis en les mettant dans un sac avant de les estourbir à coup de pelle au petit matin, pour enfin jeter à la rivière le sac encore faiblement gigotant des derniers survivants.

Impossible de ne pas penser à Persepolis, autre pavé d’un Iranienne, Marjane Satrapi, dans lequel l’auteure raconte son exil d’Iran et égratigne au passage le régime arbitraire de son pays. Ici, on assiste à la quête éperdue d’une mère pour retrouver son fils mystérieusement disparu lors des manifestations de 2009, avec un final extrêmement poignant mais également porteur d’un immense espoir à l’intention des générations à venir. Emaillée de scènes parfois difficilement supportables, l’histoire est fictive mais basée sur de nombreux témoignages qui la rendent tout à fait plausible.

Le dessin noir et blanc est sobre et plaisant, évoquant pour moi un certain Will Eisner. La mise en page comporte quelques trouvailles où intervient une poésie parfois malicieuse, car l’humour n’est pas absent et permet d’adoucir la dureté du propos. Un aspect documentaire aussi, on apprend pas mal de choses sur la vie quotidienne dans ce pays (la circulation, le jus de pastèque…). Mon seul bémol porte sur les textes, qui apparaissent à certains moments un peu confus (heureusement c’est rare et ça ne gêne en rien la compréhension de l’histoire, peut-être un petit problème de traduction ?).

L’ouvrage reste évidemment d’une actualité brûlante au vu des soubresauts qui n’en finissent pas de secouer le Moyen-Orient. Il est toutefois regrettable que cette excellente BD ait fait l’objet de si peu de publicité en France alors qu’il s’agit désormais d’un best-seller international acclamé par la presse de nombreux pays. Une lecture en tout cas chaudement recommandée par votre serviteur. (août 2014)

Zahra’s Paradise
Scénario : Amir
Dessin : Khalil
Editeur : Casterman
Collection : Ecritures
272 pages – 16 €
Parution : 13 septembre 2011

Zahra’s Paradise © 2011 Amir & Khalil (Casterman)

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