En rade sur le quai…

12 la Douce © 2012 François Schuiten (Casterman)

La Douce, Léon la connaît bien, il la comprend mieux que quiconque, anticipant ses moindres désirs. Et quoi de plus normal, après tant d’années passées à dévorer les kilomètres ensemble. Car la Douce, ou plutôt la 12.004, est une locomotive à vapeur. Une reine de vitesse, à la mécanique sophistiquée, qui fait la fierté de son mécanicien. Mais les temps changent, les transports électrique gagnent du terrain, et les jours de la Douce sont comptées.

C’est vrai qu’elle était belle cette locomotive, avec ses lignes rétro-futuristes inspirées du style art déco. Pas étonnant que le passionné d’architecture qu’est François Schuiten ait voulu lui rendre cet hommage. Le dessinateur a recouru pour ce one-shot aux hachures à la plume et en noir et blanc, technique avec laquelle il excelle.

Pour le reste, je suis plus mitigé. J’ai trouvé que l’histoire se traînait et comportait de nombreux flottements. Le fait que son compère scénariste Benoit Peeters n’ait pas conçu le scénario y est sans doute pour quelque chose. Comme pour compenser cette absence, Schuiten a beaucoup emprunté à l’univers des Cités obscures, comme par exemple les anachronismes ou les architectures imposantes, ou encore certaines thématiques telles que la brutalité des froides machines bureaucratiques, avec toujours le corps féminin vu comme un refuge, la matrice soulageant les maux du monde. Pourtant, rien n’y a fait, il apparaît évident que les Cités obscures sans Peeters ne sont plus les Cités obscures. Les personnages sont désincarnés et les dialogues d’une platitude confondante. A aucun moment, je n’ai été vraiment émerveillé par le dessin, si talentueux soit-il, ou happé par le récit. Et malgré toute la poésie qui traverse l’histoire, je n’ai pas ressenti d’émotion.

Cette loco ne m’a donc pas embarqué, et nonobstant toute la sincérité et le talent graphique de l’auteur, je trouve cet hommage à moitié raté, ou, si l’on veut rester positif, à moitié réussi. Seuls les amateurs de belles machines pourront peut-être y trouver leur compte, je ne dissuaderai donc pas ceux-là. (juin 2012)

12 la Douce
Scénario & dessin : François Schuiten
Editeur : Casterman
80 pages – 19 €
Parution : 18 avril 2012

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