Dans les rues assassines de Baltimore

Homicide © 2016-2017 Philippe Squarzoni (Delcourt)

Tiré d’un récit documentaire de David Simon, créateur de la série The Wire, cette adaptation BD de Philippe Squarzoni retrace le quotidien de la police dans une grande ville américaine. Journaliste de profession, David Simon a passé l’année 1988 en immersion dans la brigade criminelle de Baltimore, confrontée à la violence urbaine des quartiers défavorisés, où les meurtres sont monnaie courante.

Après une échappée peu concluante vers la fantasy (Mongo est un troll), Philippe Squarzoni revient à un genre qu’il affectionne et pratique avec talent : le documentaire. De son trait sobre et réaliste, il met en images les textes – très bien écrits – de l’auteur américain, toujours avec ce même sens du découpage et de la précision affutés, nous faisant pénétrer un univers urbain à la violence sous-jacente, loin des clichés hollywoodiens et autres flics à Miami… Le quotidien de ces flics est plus dominé par la routine que par les poursuites en voitures (ou même à pied), inexistantes ici. D’ailleurs, reflétant bien tout cela, la colorisation a été réduite à un niveau quasi-monochromatique dans une palette désaturée, à l’exception du rouge pour les tâches de sang, ce qui permet de mieux se concentrer sur le propos. Ici, nous sommes à Baltimore, grande cité portuaire du nord-est des Etats-Unis qui n’invite pas spécialement au rêve. Et comme on est dans un documentaire, c’est une voix off qui accompagne la narration la plupart du temps, les dialogues restant assez rares. On y apprend qu’une enquête est souvent un travail de longue haleine (quand le meurtre est un whodunit, à l’inverse d’un dunker), avec des indices souvent peu nombreux et durs à déchiffrer, et qu’il faut toute l’intuition et la persévérance de ces hommes pour identifier les assassins, face à la pression de la hiérarchie.

Homicide saura passionner tous les adeptes de séries et de romans policiers, plus particulièrement ceux privilégiant l’intellect à l’action pure. Et malgré cette impression d’inertie visuelle, l’auteur sait insuffler ce qu’il faut de tension pour retenir le lecteur, fasciné par un univers où la mort semble s’amuser d’une partie de cache-cache interminable. Projet à la fois ambitieux et minutieux de Squarzoni, cette série est prévue en cinq tomes.

Homicide, une année dans les rues de Baltimore – tomes 1 & 2 (série prévue en 5 tomes)
Scénario & dessin : Philippe Squarzoni
D’après Homicide : A Year on the Killing Streets, de David Simon
Editeur : Delcourt
tome 1 : 18 janvier – 4 février 1988 – 128 pages – 16,50 €
Parution : 18 mai 2016
tome 2 : 4 février – 10 février 1988 – 128 pages – 16,50 €
Parution : 25 janvier 2017

Extrait p.38 (tome 1) :

La brigade des homicides, c’est la première division. Le cœur du spectacle. C’est le milieu naturel d’une espèce rare : le flic qui pense. Et ça va au-delà des diplômes universitaires ou des formations spécialisées. Parce que toutes les théories du monde ne valent rien si vous n’êtes pas capable de déchiffrer la rue. Bien sûr, il y les connaissances en médecine légale, en pathologie, en droit criminel, en balistique… Mais un bon inspecteur a quelque chose de plus. Un mécanisme caché, une boussole interne qui va lui permettre de garder le cap dans la pire des tempêtes… et le mener le plus vite possible… d’un cadavre à un suspect.

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