Un classique de la BD historique

Les Sept Vies de l’Épervier © Patrick Cothias/André Juillard (Glénat)

1601. La France d’Henri IV sort d’une époque troublée par les guerres de religion et renaît lentement de ses ruines. Marie de Médicis vient de mettre au monde un héritier, le futur Louis XIII, neuf ans avant le régicide de Ravaillac. Au même moment, en Auvergne, une fillette bien née vient au monde, mais dans des circonstances beaucoup plus tragiques. Fille du baron Yvon de Troïl, Ariane grandira sans connaître sa mère, décédée juste après l’accouchement dans la neige et le froid, alors qu’elle fuyait son mari la soupçonnant d’avoir une relation avec son frère Guillaume…Très vite, révoltée par les exactions du comte de Bruantfou qui cherche à asseoir son pouvoir par la peur, elle grandira avec la haine des injustices chevillée au corps.

Quand on a cette bédé dans les mains, surtout l’intégrale, on se dit qu’on a forcément affaire à une œuvre monumentale basée sur un travail de documentation titanesque, et en effet c’est le cas. De plus, l’histoire tient en haleine, avec à la clé de multiples rebondissements et des scènes saisissantes voire assez crues. On est littéralement plongés au cœur de l’époque des guerres de religion grâce à une reconstitution fascinante des lieux, du paysage, et des personnages, alliant à la perfection les faits historiques et la fiction intégrant des éléments romanesques et fantastiques. La présence récurrente de la vieille femme, à la fois sorcière, conteuse, chamane et extralucide – ajoute une touche de surnaturel qui colle bien à l’atmosphère postmédiévale du récit.

On y dénote un souci du réalisme, même si les auteurs ont pu prendre des libertés qui pourtant ne semblent pas trahir l’Histoire. En effet, je n’ai pas suffisamment de connaissances dans le domaine pour émettre un jugement sur les scènes où Henri IV (connu pour sa passion pour les femmes, il fut d’ailleurs surnommé le Vert-galant), n’hésite pas à mêler son jeune fils – le futur Louis XIII – à ses partouzes… mais par contre j’ai pu vérifier facilement que les événements politiques relatés étaient véridiques (outre l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac). Quoi qu’il en soit, cette BD est avant tout une œuvre de fiction et n’a pas non plus vocation à être un manuel d’Histoire, mais comporte des arguments pour susciter chez les plus récalcitrants l’intérêt pour la matière.

J’aime bien le trait précis et élégant de Juillard. Le réalisme et la rigueur dont fait preuve le dessinateur sont impressionnants, que ce soient dans les proportions, les postures et les mouvements, on a l’impression que tout coule de source. On peut certes considérer que la mise en couleur est datée par rapport à ce qui se fait aujourd’hui, mais cette BD est tellement intemporelle qu’il en faudrait davantage que la tendance graphique du moment pour la précipiter dans les oubliettes du 9ème art.

J’émets toutefois un bémol en regard de certains questionnements auxquels je ne suis pas parvenu à trouver d’explication logique. Certes, l’histoire est relativement complexe, et des retours en arrière sont parfois nécessaires pour refaire les liens. Mais je n’ai pas vraiment réussi à comprendre pourquoi, lorsque Baragouine, la jeune fille qui va se substituer à la sorcière vers la fin du récit, présente les sept éperviers (chacun correspondant à un personnage), son maître, Langue-agile, l’interrompt avant que l’on puisse savoir qui sont les deux derniers. Du coup, je n’ai pas vu du tout qui ils étaient et je me suis demandé si j’avais loupé quelque chose. Par ailleurs la ressemblance entre ladite jeune fille et le roi Louis XIII est troublante, mais je n’ai pas pu en déduire que c’était voulu ou juste un hasard. Pour finir, je n’ai pas trop été convaincu par la fin que je ne trouve pas très crédible, mais je ne peux pas en parler sous peine de spoiler mon avis.

Au demeurant, cela n’empêche pas cette bédé de s’imposer comme un classique, ne serait-ce que par la spectaculaire reconstitution de la France sous Henri IV. (janvier 2013)

Les Sept Vies de l’Épervier (Intégrale Tomes 01 à 07 )
Scénario : Patrick Cothias
Dessin : André Juillard
Editeur : Glénat
Collection : Vécu
368 pages – 61 €
Parution : 17 novembre 1998

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