David Smith, superhéros sculpteur

Le Sculpteur

Le Sculpteur © 2015 Scott McCloud (Rue de Sèvres)

New York, de nos jours. David Smith, jeune sculpteur, ne parvenant pas à vivre de son métier, noie sa déprime dans un bar. C’est alors qu’arrive son oncle Harry, de façon tout à fait inopinée. Après lui avoir raconté ses déboires, David réalise soudainement que son oncle est mort depuis plusieurs années. Mais alors qui est l’homme qui lui fait face ? Celui-ci va lui proposer un étrange marché : en échange d’un talent de sculpteur hors du commun qui lui permettrait d’accéder au rang d’immortel, le jeune artiste devra accepter de n’avoir plus que deux cent jours à vivre…

le sculpteurIl faut bien dire qu’on attendait de le voir à l’œuvre, le sieur McCloud, brillant théoricien du neuvième art, également surnommé par certains « l’Aristote des comics ». Depuis sa trilogie sur la façon d’appréhender le neuvième art, dont le dernier volume remonte tout de même à 2007, il n’avait pas publié de bande dessinée. D’ailleurs, on ne peut pas dire que sa biographie soit très étoffée, Scott McCloud préférant s’investir dans des activités diverses et variées, telles que conférencier, défenseur des droits des auteurs de comics, scénariste…

Le Sculpteur donc. Gros pavé de 500 pages mêlant habilement l’intime au fantastique, d’une fluidité quasi parfaite, où l’auteur américain met en pratique avec brio ses théories sur l’Art invisible. Les six étapes sont respectées, de l’idée à l’apparence. L’idée, ou pour reprendre la métaphore de McCloud, les « pépins de la pomme », c’est ce désir irrépressible et mégalo propre à l’artiste de laisser une trace « éternelle », de produire l’œuvre absolue, celle qui changera le cours de l’humanité. Une relecture originale du mythe faustien qui voit le jeune David Smith doté d’un don surnaturel, celui de sculpter absolument n’importe quelle matière de n’importe quel volume avec une dextérité incroyable, en échange d’une mort certaine dans les deux cent jours. Problème : entretemps, l’artiste fait la connaissance de Meg, une jeune fille bipolaire dont il tombe follement amoureux. S’ensuit pour David une foule de questionnements, d’autant que la notoriété promise peine à émerger… Ce roman graphique d’un romantisme échevelé et forcément désespéré se conclut sur un hénaurme cri d’amour à la face du monde – du moins celle de New York puisque c’est le cadre de l’histoire -, d’un symbolisme quelque peu démonstratif mais généreux sur le fond.

Pour le reste, mise en page, cadrage et scénario sont parfaitement calibrés pour une transposition à l’écran, d’ailleurs on aurait presque l’impression que cette BD a été conçue pour ça. De même, les personnages sont bien campés psychologiquement.

Avec Le Sculpteur, Scott McCloud hisse le roman graphique à un niveau de professionnalisme qui en serait presque dérangeant. Il est vrai qu’à la base, ce genre du 9ème art tolère plus facilement le minimalisme et les « imperfections » techniques qui ne sont pas de mise dans d’autres créations à visée plus populaire. Sans vouloir établir de généralités, ce côté « artisanal », avec ses aspérités plus ou moins délibérées, privilégie le fond à la forme et favorise une certaine authenticité du propos, et par extension, l’émotion. Seul le trait, davantage orienté « ligne claire », garde une certaine rugosité, mais la bichromie bleue, souvent utilisée pour estomper certains sujets, n’est pas vraiment du meilleur effet par ce côté « photoshopé ».

Alors curieusement, si la démarche est sincère et vise aussi à toucher les cœurs, j’ai personnellement peiné à y trouver de l’émotion. A trop vouloir bien faire, Mc Cloud a peut-être oublié de se lâcher même s’il s’en sort plus qu’honorablement. Car l’air de rien, il nous livre ici une fable sur l’héritage très bien « sculptée » avec ses saillies et ses creux imprévisibles, et réussit de surcroit à nous captiver tout au long des 500 pages de l’ouvrage qui se conclut par un véritable hymne à la vie. Une œuvre riche qui supportera facilement plusieurs lectures.

Le Sculpteur
Titre original : The Sculptor
Scénario et dessin : Scott McCloud
Editeur : Rue de Sèvres
144 pages –  13,95 €
Parution : 29 janvier 2015

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