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Cette fable philosophique d’anticipation, qui recelait un certain potentiel, trébuche sur la troisième marche. La trilogie, malgré toute son originalité, se referme hélas en laissant au lecteur un arrière-goût de déception.
Pour sauver une Terre à l’agonie, Paloma, biologiste, Jonas, expert en bioénergie, et leurs compagnons lancent un projet fou : créer une forêt sur la Lune pour restaurer la planète. 500 ans plus tard, Paloma et Jonas se réveillent dans un monde sans humains et mettent au monde Agafia pour poursuivre leur mission. À 15 ans, Agafia gagne la Lune, où elle découvre une nouvelle humanité et se lie à Edrigu et Zilia. Elle y retrouve Aleksander, généticien controversé, qui déclenche une nouvelle catastrophe et détruit la colonie lunaire avant de fuir avec Zilia. Sauvé par Edrigu, Agafia quitte la Lune avec lui et rejoint l’exotérus, tandis que le destin de l’humanité reste en suspens…
La proposition de départ était ambitieuse et digne d’intérêt. Avec Avaler la Lune, les auteurs ont cherché à renouveler le genre SF sur un thème maintes fois traité (la fin du monde), avec une approche à la fois spectaculaire et intimiste, assortie à un graphisme à mille lieues de l’académisme habituel. Alors certes, en raison d’une narration assez complexe, il aura fallu un minimum de persévérance pour suivre le destin de ces personnages dont la mission était de sauver l’humanité, mais avec une vision divergente voire opposée qui a contribué à insuffler de la tension au récit.
Malheureusement, ce tome 3, intitulé Le Refuge, clôt la trilogie sans vraiment convaincre. Le volet précédent, La Forêt, laissait pourtant quelques raisons d’espérer en nous dévoilant un univers tout à fait original. Alors que le premier tome se déroulait principalement dans l’orbite terrestre, nous découvrions à l’épisode suivant une Lune colonisée par des humains mutants et dotée d’une canopée luxuriante aux caractéristiques surprenantes. C’était créatif, poétique et contemplatif, et on était disposé à s’immerger dans ce monde féérique aux accents psychédéliques.
Avec ce dernier chapitre, force est de constater que l’on reste sur sa faim après un tome qui avait mis la barre haute. On doit alors se poser la question : qu’est-ce qui cloche ici ? Peut-être une narration par trop énergique (et son lot de scènes apocalyptiques) qui ne matche pas vraiment avec le dessin un brin schématique, pour ne pas dire statique, et un découpage confus. Et puis certes, l’exotérus est une trouvaille mais sa réitération avec ces drôles de spaghettis dans tous les sens finit par devenir un rien agaçante, d’autant qu’on a parfois un peu de mal à identifier le personnage à l’intérieur via son avatar vidéo s’affichant sur la coque externe de l’appareil. De même, on n’aura jamais vraiment réussi à s’attacher à Agafia, l’héroïne de cette saga atypique — affublée d’une coiffure rappelant également des spaghettis ! —, et encore moins au reste des protagonistes, dont la psychologie reste assez peu approfondie.
En ce qui me concerne, j’ai l’impression d’être resté en orbite sans toujours bien comprendre de quoi il était question, même si j’ai toujours fini par retomber sur mes petites pattes.
Sortir des sentiers battus n’est hélas pas forcément synonyme de réussite. Le projet étant respectable dans sa tentative de proposer quelque chose de nouveau, on évitera toutefois d’être trop sévère. À défaut d’atteindre ses objectifs, Avaler la Lune aura au moins eu le mérite de nous surprendre.
Avaler la Lune, tome 3 : le refuge
Scénario : Grégory Jarry et Robin Cousin
Dessin : Lucie Castel
Couleurs : Robin Cousin
Editeur : Casterman
104 pages – 20 €
Parution : 26 août 2026
Avaler la Lune, tome 3 — Extrait :


