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Pour fêter ses 40 balais, Delcourt s’offre une exposition accompagnée d’un objet-souvenir, un livre accordéon pour un bal endiablé à travers quatre décennies, un leporello poétisé par un des auteurs fétiches de la maison, j’ai nommé Monsieur Alfred !
A l’occasion de son 40e anniversaire, la maison Delcourt célèbre l’événement en s’octroyant les services d’Alfred, l’un de ses auteurs emblématiques. Celui-ci nous a concocté un kaléidoscope des moments-clés et anecdotes au cours des quatre décennies, qui reflète bien l’esprit d’un éditeur qui est devenu aujourd’hui un des acteurs majeurs dans le monde du neuvième art.
Instants d’années est l’ouvrage qui accompagne l’exposition « L’Aventure éditoriale – Delcourt, 40 ans au rythme du 9e art », qui a lieu du 29 janvier au 15 novembre à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême. Celle-ci devait inaugurer le FIBD, qui par les malheureuses circonstances que l’on connaît, a été annulé cette année.
Il faut voir le livre davantage comme un objet-souvenir, une fantaisie autopromotionnelle, un « beau livre », pourquoi pas, que comme une véritable bande dessinée, le seul critère étant le format du gaufrier. Le choix éditorial s’est porté sur un leporello muet pouvant se lire un peu dans tous les sens, comme un assemblage de dessins parfois esquissés, qui semblent avoir été griffonnés sur le coin d’une table, avec toute la sensibilité et le talent d’Alfred que l’on connaît bien à travers des œuvres comme Pourquoi j’ai tué Pierre, Come Prima, deux albums récompensés par des Fauves à Angoulême, ou encore Le Désespoir du singe.

Guy Delcourt s’est fait plaisir avec cette autocélébration et il a bien eu raison. La bande dessinée ne serait pas tout à fait ce qu’elle est sans cet homme qui a transformé sa petite entreprise en machine de guerre incontournable parmi des éditeurs installés depuis plus longtemps dans le paysage, tels Casterman ou Dargaud. Et tout cela grâce à sa passion pour le médium, sa rigueur et son dynamisme, son éclectisme et sa curiosité, sa capacité à allier le populaire et l’avant-garde, et sans doute aussi un certain flair pour détecter les auteurs les plus talentueux.
Si malgré les apparences, la chronologie est respectée, les images, bien souvent dépourvues de texte ou en mode « private joke », ne parleront pas forcément à tout le monde. Pour en savoir plus, il faudra se référer aux notes à l’arrière de la couverture. Il y a évidemment beaucoup de clins d’œil et de références à des instants marquants, des fiestas joyeuses ou des œuvres iconiques — La Bande à Renaud (son premier succès !), la saga des Donjon, De cape et de crocs — qui ont jalonné le parcours de l’éditeur, et Alfred en sait quelque chose puisque son tout premier album, Abraxas (en collaboration avec Eric Corbeyran), a été publié chez Delcourt en 2000, soit seulement 14 ans après la création de la maison.
On regrettera cependant le côté un brin foutraque du projet pour la partie textuelle, où le lien n’est pas fait entre les images et les notes explicatives : celles-ci sont bien numérotées mais pas les dessins… Il faudra donc être quelque peu motivé pour leur lecture. On aurait également apprécié un découpage chronologique plus explicite et une taille de police augmentée. Cela ne devrait pas empêcher les collectionneurs de curiosités et les nostalgiques d’apprécier.
Instants d’années – 40 ans dans l’intimité de la maison Delcourt
Auteur : Alfred
Editeur : Delcourt
49 pages – 24,50 €
Parution : 22 janvier 2026


