Le grand blues

Juste après la vague © 2026 Dominique Monféry (Rue de Sèvres)

Temps de lecture ≈ 1 mn 45

Quelque part entre le récit post-apo et Sa Majesté des mouches, Juste après la vague nous plonge dans un réalisme brutal : et si vous deviez choisir lesquels de vos enfants sauver, le jour où la catastrophe frappera ?

La vague a déferlé sur le monde, comme les vieux l’avaient prédit. Depuis, sur toute la planète, il ne reste que quelques îles éparpillées sur un océan plus vaste que jamais. Pata et Madie et leurs neufs enfants tentent de survivre sur un « caillou », dans leur maison menacée par la ruine et les eaux qui continuent à monter. Ils n’ont désormais plus le choix, il va falloir rejoindre les Hautes Terres. Mais la barque est bien trop petite pour accueillir toute la famille. Certains devront rester sur l’île et attendre le père qui reviendra les chercher. Le dilemme est cruel : qui restera et qui partira ?

N’ayant pas lu le roman original, je ne pourrai me prononcer sur la qualité de cette adaptation en elle-même. On est ici dans un récit d’aventures post-apocalyptique associé à une étude psychologique des personnages, notamment des parents, Pata et Madie, en proie à un terrible dilemme : pour survivre, il leur faudra laisser une partie de leur progéniture (9 enfants au total tout de même !) sur l’île minuscule où ils s’efforçaient de survivre en compagnie de quelques poules, dérisoire garde-manger sur pattes, tout en se sachant condamnés à terme par l’inexorable montée des eaux. La seule issue, gagner d’hypothétiques terres émergées où ils pourraient commencer une nouvelle vie. Malheureusement, leur misérable barque ne peut contenir que 8 personnes ! Après une délibération difficile émaillée d’engueulades et de reproches, Madie se résout à accompagner son mari sur la barque en abandonnant trois de leurs enfants, Louie, Perrine, et Noé, l’objectif étant de revenir les récupérer une fois qu’ils auront rejoint la destination voulue.

Selon un double axe narratif, on suivra d’un côté la traversée de la « famille – 3 » à bord de leur coquille de noix sur un océan déchaîné, de l’autre on observera les trois gosses livrés à eux-mêmes, surpris de constater au petit matin que parents et fratrie sont partis sans eux.

Juste après la vague © 2026 Dominique Monféry (Rue de Sèvres)

Jusqu’à un certain point, l’histoire est plutôt bien menée et prenante, dans un mode survivaliste, avec son lot de drames et une bonne dose de mer déchaînée et de monstres des profondeurs, mais de la tendresse aussi. Ces trois petits gamins bien mignons et livrés à eux-mêmes sauront nous attendrir avec leurs propos naïfs qui prêtent à sourire. On pense à certains moments à Sa majesté des mouches (de façon plus soft, bien sûr), notamment avec l’irruption d’un naufragé à la mine patibulaire et aux intentions peu bienveillantes. Et pourtant, de façon étrange, l’impression globale au sortir de cette lecture s’avère mitigée. Est-ce dû aux ressorts scénaristiques assez peu crédibles ou à la minceur de l’intrigue ? Est-ce dû au mélange des genres, un mauvais dosage entre le spectaculaire et l’intimiste ? Ou encore au manque de contextualisation — on sait juste que le réchauffement climatique est la cause de cette montée des eaux, mais que celle-ci a en fait été déclenchée par l’effondrement d’un volcan (sic). La conclusion du récit, en forme de queue de poisson (on ne saurait mieux dire), n’arrange hélas rien à l’affaire…

Le dessin restera le point fort de cet album. Entre académisme bon teint et style personnel, Dominique Monféry recourt à un trait nerveux et expressif, associé à une belle maîtrise de l’aquarelle, le tout pouvant évoquer le travail d’un Guillaume Sorel. On aura néanmoins le droit d’être déconcerté devant l’aspect par trop minéral des vagues.

Le fait que Juste après la vague soit tagué par l’éditeur comme une BD adulte reste compréhensible, en raison de certaines scènes difficiles, mais hormis ces dernières, le livre semblerait plutôt cibler un public jeune. Malgré la noirceur de certains passages, le récit reste dominé par les bons sentiments saccharosés, sans véritable profondeur.

Juste après la vague
D’après le roman de Sandrine Collette
Scénario & dessin : Dominique Monféry
Editeur : Rue de Sèvres
152 pages – 25 €
Parution : 21 janvier 2026
Juste après la vague © 2026 Dominique Monféry (Rue de Sèvres)

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