
Oui je sais, je suis encore à la bourre, mais je ne pouvais pas établir mon classement avant d’avoir lu Soli Deo Gloria et j’ai eu bien raison d’attendre. Parce qu’on tient ici un véritable chef d’œuvre, sans l’ombre d’un doute.
Et comme il y a eu tout de même de très belles propositions, et que l’année fut marquée par l’excellence, ça va encore déborder du top 10 que je m’étais fixé… je citerai donc ici l’ensemble des titres qui m’ont marqué cette année. Oui c’est vrai, je suis un cœur d’artichaud.
♦ Soli Deo Gloria, de Jean-Christophe Deveney & Edouard Cour (Dupuis)
J’envierais presque celles et ceux qui n’ont pas encore découvert ce magnifique album sur deux musiciens virtuoses, par deux auteurs virtuoses. Des trajectoires passionnantes pour un livre à déguster, à admirer et à relire, encore et encore. Un diamant noir, tout simplement.
♦ La Terre verte, d’Alain Ayroles et Hervé Tanquerelle (Delcourt)
Si la publication de cette BD se déroulant au Groenland n’est qu’une coïncidence de calendrier, sa résonance avec l’actualité (coucou Trump !) est pour le moins troublante. La Terre verte, c’est une épopée prodigieuse, une danse macabre réunissant Shakespeare, Tartuffe, Ubu Roi et Machiavel.
♦ L’Âge d’eau, seconde partie, de Benjamin Flao (Futuropolis)
Cette seconde et dernière partie vient nous rassurer : avec ce voyage hypnotique dans le monde d’après, Flao sera parvenu à nous réconforter en transformant une catastrophe écologique en nouveau départ vers des horizons plus lumineux. Et en ces temps anxiogènes, cela n’est pas rien.
♦ Le nirvana est ici, de Mikael Ross (Seuil)
Ce pavé captivant nous emmène — c’est assez rare — dans l’Allemagne d’aujourd’hui, où se croisent des cultures et des personnages antagonistes, incroyablement attachants, pour un cocktail mêlant suspense, poésie, tendresse, humour… et amour. Gros coup de cœur !
♦ Caballero Bueno, deThomas Lavachery & Thomas Gilbert (Rue de Sèvres)
Quand survient un crime horrible, les statues de l’île de Pâques, stoïques et omniprésentes, savent tout mais ne diront rien. Ce n’est pas par les mots que surgira la vérité mais dans le silence des douleurs indicibles et des colères étouffées. Une enquête hors normes pour l’inspecteur Valverde.
♦ French Theory – Itinéraires d’une pensée rebelle, de François Cusset et Thomas Daquin (Delcourt)
Cet ouvrage passionnant retrace la genèse du mouvement qui, dès les années 60, a défié les dogmes d’une société en noir et blanc. Dans le contexte actuel, une « boîte à outil » salutaire pour contrer les attaques anti-« wokisme », épouvantail des conservateurs hostiles à toute évolution.
♦ Detroit Roma, d’Elene Usdin & Boni (Sarbacane)
Quand le 9e art rend hommage au 7e art… Dans ce road-trip crépusculaire où les décors semblent factices et les personnages spectraux, Detroit est devenue une ville fantôme, et Rome apparaît comme un rêve surgi du passé. C’est triste comme le monde, mais par Jupiter, qu’est-ce que c’est beau !
♦ Journal inquiet d’Istanbul, volume 2 : 2007-2017, d’Ersin Karabulut (Dargaud)
L’auteur se fait le témoin d’une Turquie en proie à la montée de l’extrémisme religieux, un pays où les attentats de Charlie Hebdo viendront résonner abruptement dans son quotidien. Ce second volet, plus sombre, réserve toutefois quelques moments radieux où son talent se verra récompensé.
♦ Electric Miles, tome 1 : Wilbur, de Fabien Nury et Brüno (Glénat)
Electric Miles, c’est l’une des événements BD de l’année 2025, par un duo qui transforme en or tout ce qu’il touche. L’introduction d’une série qui promet de nous emmener dans des sphères mentales interdites. A vos risques et périls !
♦ Les Oies cendrées, de Cyril Legrais et Alice V.D.M. (Futuropolis)
« On a vu souvent rejaillir le feu de l’ancien volcan qu’on croyait trop vieux… ». Les mots de Jacques Brel évoquent assez bien cette FORMIDABLE comédie romantique que nous proposent Cyril Legrais et Alice VDM. Énorme coup de cœur !
Et quelques autres à ne pas manquer !
♦ Silent Jenny, de Mathieu Bablet (Rue de Sèvres/Label 619)
Avec ce nouvel album remarquable, Mathieu Bablet creuse un peu plus son sillon et s’impose définitivement comme un des chefs de file de la BD contemporaine. Rarement un récit de SF aura parlé aussi bien de notre époque, cernée par de multiples menaces.
♦ Un père, de Jean-Louis Tripp (Casterman)
Un père, c’est une tranche de vie ordinaire devenue un portrait passionnant, authentique et très vivant, sous l’œil d’un fils réconcilié non seulement avec son paternel mais aussi avec lui-même. Une histoire à la fois joyeuse et tragique, pleine de tendresse, où l’humour n’est pas en reste.
♦ Crénom, Baudelaire, tome 3 : Le Serpent qui danse, de Dominique et Tino Gelli (Futuropolis)
Suite et fin du portrait consacré au poète hors norme qu’était Baudelaire. Loin d’être une hagiographie, ce récit nous montre toutes les facettes du personnage, dont les aspects détestables contrastaient avec la poésie éthérée. Grandiose, tout simplement !
♦ Les Guerres de Lucas, épisode II, de Renaud Roche et Laurent Hopman (Deman Editions)
George Lucas était un cinéaste hors normes, qui voulait donner vie à ses rêves de gosse, en toute liberté. Le second volet de cette biographie palpitante le transforme en héros de sa propre vie, lequel a su —grâce au pouvoir de la force ? — s’imposer contre vents et marées face à un système hollywoodien sclérosé.
♦ Les Sentiers d’Anahuac, de Jean Dytar & Romain Bertrand (Delcourt)
Depuis une dizaine d’années, Jean Dytar mène son petit bonhomme de chemin, sans faire de bruit. Avec ce nouvel opus remarquable, récompensé par le Grand Prix de la Critique et traitant de l’évangélisation de l’Amérique latine par les Espagnols, il ajoute une nouvelle pierre (de taille !) à sa bibliographie, aussi passionnante qu’originale.




