
Temps de lecture ≈ 2 mn 15
George Lucas était un cinéaste hors normes, qui voulait donner vie à ses rêves de gosse, en toute liberté. Le second volet de cette biographie palpitante le transforme en héros de sa propre vie, lequel a su —grâce au pouvoir de la force ? — s’imposer contre vents et marées face à un système hollywoodien sclérosé.
Suite au succès retentissant de La Guerre des étoiles, George Lucas a prouvé au monde qu’il n’était pas le rêveur farfelu que personne ne voulait prendre au sérieux. Les prodigieuses recettes du film vont lui donner les moyens de prendre son indépendance par rapport au mode de fonctionnement des studios américains tout-puissants et de s’attaquer ainsi au deuxième volet de la saga. L’Empire contre-attaque, comme son prédécesseur, connaîtra un parcours semé d’embuches avec son lot de rebondissements et d’imprévus. Laurent Hopman et Renaud Roche poursuivent avec ce second tome leur récit autour d’un des plus grands mythes cinématographiques de la fin du XXe siècle.
Dans un parallèle très bien amené avec le premier tome, le récit commence sur des chapeaux de roues, avec de la tôle froissée et une odeur âcre de pneus cramés : l’accident automobile de Mark « Luke Skywalker » Hamill, quatre mois avant la sortie de Star Wars, lequel aura laissé la « fraîcheur angélique de son visage (…) sur l’asphalte de la freeway ». Des séquelles qui remettaient fortement en cause l’idée d’un sequel. Heureusement, la chirurgie esthétique faisait déjà des miracles à l’époque…
Dans cette suite confortée par le succès inattendu du précédent volet, Hopman et Roche vont cette fois raconter la conception et la mise en chantier de L’Empire contre-attaque, petit frère de l’épisode I, qui deviendra avec la poursuite de la trilogie l’Episode IV : Un nouvel espoir. » C’est l’opus mythique (généralement considéré comme le meilleur de la saga) comportant ce fameux duel où Dark Vador annonce à Luke qu’il n’est rien de moins que son papounet !

Après la grosse galère liée à l’élaboration du premier Star Wars, on retrouve un George Lucas requinqué par le méga carton au box-office, avec des projets plein la tête. Non seulement la suite (qui restait hypothétique), mais la construction de son Skywalker Ranch, un havre de paix loin du tumulte d’Hollywood et destiné à accueillir les cinéastes, un immense campus équipé des dernières technologies pour « penser le cinéma de demain ». A sa femme Marcia, inquiète de le voir trop absorbé par ses projets, Lucas assure que cette fois, il déléguera l’élaboration de ses prochains films… Ainsi, pour L’Empire contre-attaque, l’heureux élu sera Irvin Kershner, son ancien prof de fac ! Mais les choses ne seront pas aussi simples, et étrangement, l’histoire semble se répéter. De nombreux contretemps et de gros retards dans le tournage vont alourdir l’atmosphère, ce qui ne sera pas sans conséquence sur le budget… restait à croiser les doigts pour que le film connaisse le même succès… la suite de l’histoire, on la connaît, elle donnera raison à cet immense rêveur du septième art qu’est Lucas.
Comme précédemment, la narration, basée sur une bibliographie riche, est extrêmement captivante et nous donne à voir un être exceptionnel, un cinéaste attachant dont les rêves aux dimensions « galactiques » ont révolutionné le cinéma. De plus, le personnage a su rester humain, très soucieux d’imposer son éthique jusque dans le merch qui devait notamment servir à financer son projet de campus du cinéma. Pour George Lucas, pas question d’associer Star Wars à des produits favorisant l’obésité ou la consommation d’alcool, ou encore de collaborer avec des sociétés sud-africaines dans le contexte de l’apartheid, durant cette fin des seventies. Selon sa philosophie, l’argent n’était qu’un moyen et non un but, quand bien même il savait qu’il risquait gros en finançant lui-même ses projets.

Tout en allant à l’essentiel, Laurent Hopman sait nous offrir moult anecdotes qui combleront les fans, passionnantes même dans leur insignifiance, souvent amusantes. On aura même droit à une séquence sur la genèse des Aventuriers de l’arche perdue, le film de Steven Spielberg coproduit par Lucas et sorti en salles quelques mois après L’Empire contre-attaque. Le tout est toujours très bien servi par le dessin nerveux et la mise en page hyper efficace de Renaud Roche. Avec toujours ce noir et blanc qui concède quelques touches à la couleur pour souligner des éléments-clés. Vous l’aurez compris, cet « épisode II » ne déçoit pas, tant s’en faut !
D’ailleurs, il semblerait que celui-ci rencontre un accueil aussi enthousiaste que son prédécesseur, tant critique que public, avec à la clé une sortie dans quinze pays hors de l’Hexagone. L’autre bonne nouvelle dans tout ça, c’est que les padawans que nous sommes peuvent se réjouir de la parution à venir du troisième tome, puisque le projet a été conçu dès le départ, assez logiquement, comme une trilogie. Et pour cela, de la patience nous devrons avoir !
Les Guerres de Lucas, épisode II
Scénario : Laurent Hopman
Dessin : Renaud Roche
Editeur : Deman Editions
208 pages – 25,90 €
Parution : 8 octobre 2025


