Hommage poétique aux gueux de l’océan

À bord de l’Etoile Matutine © Riff Reb’s (Soleil)

Inspiré des nouvelles de Pierre Mac Orlan, ce recueil nous plonge dans le quotidien des pirates, ces orphelins de la société, enfants perdus de la mer… De courts récits qui laissent émerger une poésie sourde et violente.

À bord de l’Etoile Matutine © Riff Reb’s (Soleil)

À bord de l’Étoile Matutine était la première brique de la trilogie marine de l’auteur havrais. Certes, pas la plus marquante mais déjà d’une très bonne tenue par rapport à ses deux chefs d’œuvre qui allaient nous transporter par la suite, Le Loup des mers, l’adaptation de Jack London qui refermerait ladite trilogie, et plus récemment « Le Vagabond des étoiles », également inspiré de l’auteur précité.

Cette fois, il s’agit de courts récits d’un autre écrivain, Pierre Mac Orlan. Français et d’une notoriété moindre que London, Mac Orlan a publié de nombreuses nouvelles et était réputé pour ses descriptions des bas-fonds parisiens. Avec ce recueil, il évoque le quotidien de pirates hauts en couleur, assez éloignés de l’image d’Épinal de l’abominable pillard sans foi ni loi, même si bien sûr on n’est pas chez les enfants de chœur.

Bien évidemment, on est toujours saisi par le dessin très précis et hyper expressif de Riff Reb’s dans ces ombrés faisant ressortir de façon inquiétante les visages taillés au crochet de nos flibustiers des mers. Si ces tranches de vie peuvent parfois susciter l’effroi, elles nous obligent parallèlement à ressentir de l’empathie pour ces mauvais garçons, qui en embarquant sur ces galions volés, ne faisaient que fuir un système qui ne voulait pas d’eux. La réinsertion sociale ne faisait pas partie du vocabulaire des institutions de l’époque…

Bien sûr, pour apprécier pleinement cette œuvre, il vaudrait mieux être fan du format littéraire que sont les nouvelles. Si ce n’est pas le cas (et ça ne l’est pas pour moi qui aime m’immerger dans des récits un peu consistants), on pourra tout de même goûter la qualité de l’écriture, la description d’un folklore lié à une « confrérie » méconnue et souvent diabolisée, comme pouvaient l’être les Indiens durant la conquête de l’Amérique.

À bord de l’Étoile Matutine
Scénario & dessin : Riff Reb’s
Éditeur : Soleil
Collection : Noctambule
102 pages – 19,99 €
Parution : 27 mai 2009

Δ Adaptation du roman éponyme de 1920 de Pierre Mac Orlan

Extrait p.69-70 :

« À la belle saison, nous avions accoutumé de nous rendre à la hauteur de Terre-Neuve afin de donner la chasse aux barques de pêcheurs. Nous récoltions des vivres variées telles que du poisson salé, du rhum, des liqueurs fortes, du sucre, parfois du tabac. La misère et la famine contraignaient souvent de pauvres mariniers à s’enrôler sous les plis du pavillon noir.

Les dernières prises avaient été satisfaisantes et George Merry nous commandait toujours. L’enfer l’avait pris sous sa protection. Nous dansions comme des forcenés à la clarté des étoiles, des gavottes furieuses que nos ombres, démesurément allongées, rendaient plus indécentes encore. »

À bord de l’Etoile Matutine © Riff Reb’s (Soleil)

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