Le mythe du bon sauvage mis en pièce

Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle © 2011 Brüno & Fabien Nury (Dargaud)

Cette histoire raconte la terrifiante destinée de l’esclave Atar Gull, durant la première moitié du XVIIIe siècle. D’abord arraché à sa tribu puis vendu aux Antilles à un riche planteur de coton, ce noir gigantesque et un peu effrayant aura pour seule quête d’assouvir sa soif de vengeance envers son maître, qu’il juge responsable de la mort de son père, esclave lui aussi. Animé par une haine féroce, il dissimule l’ébullition de son âme par un air tranquille et rassurant, qui lui permettra de tromper la vigilance de ses victimes.

Publiée deux ans avant Tyler Cross, cette adaptation en BD du roman d’Eugène Sue par Fabien Nury et Brüno est particulièrement réussie. La synergie entre les deux auteurs semble décidément fonctionner à merveille. J’ai éprouvé un plaisir équivalent voire supérieur à cette lecture que pour leur tant acclamé polar-western publié deux ans plus tard, tant l’intrigue est passionnante. Cela étant, il ne suffit pas que le matériau d’origine soit bon pour faire une adaptation de qualité, ça se saurait. Mais c’est sans compter sur le talent narratif de Nury, qui n’écrème que l’essentiel, actualisant de belle manière un roman du 19ème pour en faire un récit rythmé et percutant, superbement servi par le dessin moderne et cinématographique de Brüno, agrémenté lui-même d’à-plats de couleurs flamboyantes et bien choisies.

Quant à l’histoire en elle-même, elle constitue une puissante matière à réflexion à propos de l’éternelle question du bien et du mal, par le biais de personnages très bien campés. D’abord Atar Gull, très éloigné du cliché du bon sauvage en cours à l’époque ou fut écrit le roman, dont on peut comprendre la haine légitime qui l’anime, mais qui, tout en jouant « l’esclave modèle », finira par se révéler incroyablement machiavélique. De même son propriétaire, le planteur de coton Will, qui passe pour un « bon » maître alors qu’il n’hésite pas à punir cruellement et sans états d’âme ses esclaves, notamment le père d’Atar Gull, dont la mort va faire du fils sa Nemesis. La vengeance de ce dernier, digne s’un supplice chinois, sera spectaculaire et plongera le lecteur dans l’effroi le plus glacial, questionnant avec acuité le bien-fondé de la loi du Talion.

Ceux qui ont apprécié Tyler Cross auraient tort de passer à côté d’Atar Gull. Pour ma part, J’espère que ces deux auteurs réenfourcheront au plus vite leur tandem prodigieux. Du coup dans certaines situations, j’aime à croire en ce dicton débile : « jamais deux sans trois ».(août 2014)

Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle
Scénario : Fabien Nury
Dessin : Brüno
Editeur : Dargaud
86 pages – 16,95 €
Parution : 07 Octobre 2011

Δ Adaptation du roman d’Eugène Sue

Atar Gull ou le destin d’un esclave modèle © 2011 Brüno & Fabien Nury (Dargaud)

 

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