Bel hommage poétique à un philosophe incompris de son vivant

Nietzsche (Maximilien Le Roy/Michel Onfray)

Nietzche – Se créer liberté © 2010 Maximilien Le Roy & Michel Onfray (Le Lombard)

Cet ouvrage retrace la vie de Friedrich Nietzsche, l’un des plus grands philosophes du XIXème siècle, connu principalement pour avoir décrété la mort de Dieu. De sa naissance à Röcken jusqu’à Naumburg où il finit ses jours dans un état végétatif et en proie à la folie, le dessinateur Le Roy nous donne à voir les moments les plus marquants de sa vie, s’inspirant du livre de Michel Onfray, L’Innocence du devenir, consacré à cet homme hors du commun qui ne vit jamais arriver la reconnaissance.

Cette très belle biographie montre, s’il fallait encore une preuve, que la BD peut s’accommoder parfaitement avec le monde de l’écrit, constituant en outre une invitation à se plonger dans l’œuvre du philosophe allemand (c’est le cas pour moi qui n’ait jamais rien lu de lui). Maximilien Le Roy parvient à restituer une belle atmosphère sombre et mélancolique en recourant à une palette désaturée. Le dessin est souvent proche du croquis, ce qui colle bien à la personnalité fiévreuse et tourmentée d’un homme épris de vérité. On pourra peut-être reprocher aux personnages ce côté un peu figé, même s’il est clair qu’on est plus dans la réflexion que l’action…

Que l’on se reconnaisse ou non dans la pensée nietzschéenne, on ne pourra être que fasciné par le personnage, et le travail subtil de mise en page et en couleurs confère une part de mystère au récit. Dépeint comme un être passionné en quête de liberté, mais aussi constamment inquiet, sujet à des crises d’angoisse, on ressent de l’empathie pour ce philosophe de génie qui devait se sentir bien seul dans son rôle de défricheur dans une Europe sous l’influence écrasante du christianisme (« cette maladie qui nous invite au suicide lent »). A l’époque, ses écrits provoquaient l’effroi ou au mieux n’intéressaient personne, alors qu’ils ne visaient qu’à libérer l’Homme de son carcan moral. Se sentant incompris, il a alors très vite sombré dans la folie, s’enfermant dans un mutisme tragique. A sa façon, le dessinateur a parfaitement su rendre hommage au philosophe en distillant de la douceur et de la poésie, ce qui donne tout son équilibre à un récit qui sinon aurait pu être submergé par le désespoir et la tristesse.

C’est quand j’ai affaire à de la bande dessinée comme celle-là que mon attachement au genre s’en trouve renforcé… seule la BD a cette double capacité d’apporter une dimension à la fois artistique et ludique aux sujets les plus austères voire rebutants. En tout cas, celle-ci est une très bonne entrée en matière pour découvrir ce philosophe qui révolutionna la pensée occidentale du XIXème siècle et donna ses lettres de noblesse à l’athéisme. J’en sais désormais un peu plus sur Nietzsche que son célèbre « Dieu est mort » et son épaisse moustache derrière laquelle il paraissait se protéger et qui semblait en même temps l’avoir réduit au silence. Ce silence et la folie qui peut-être étaient le prix à payer pour qu’enfin sa pensée commence à se diffuser… [avril 2013]

Nietzche – Se créer liberté
Scénario : Michel Onfray
Dessin : Maximilien Leroy
Editeur : Le Lombard
124 pages – 19,00 €
Parution : 19 mars 2010

 

Citations :

« On se rend maintenant très bien compte, à l’aspect du travail – c’est-à-dire à ce dur labeur du matin au soir – que cela constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment  le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la médiation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il place toujours devant les yeux un but mesquin, et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence jouira d’une plus grande sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême… »

«Nous devons être les poètes de notre existence »

« Créer notre règle et se créer liberté ! Nous devons être des expériences »

« Tout est fatalité, nécessité, on ne choisit rien »

« Le libre arbitre est une invention des prêtres pour se venger et punir »

« La volonté de puissance, voilà la force qui meut toute réalité. Plus besoin de Dieu : il n’y a plus qu’éternel retour des choses et volonté de puissance »

« Nous sommes au-delà du bien et du mal »

« Il faut aimer ce qui advient. « Amor fati » « aime ton destin », voilà ma formule pour toute chose ».

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