Un Silence qui est bien plus que de l’or

Silence

Silence © 1980 Didier Comès (Casterman)

Le récit se déroule dans un petit village des Ardennes, où le temps ne semble pas avoir de prise, intemporalité qui confère sa force et son mystère au dit récit. Silence, muet et simple d’esprit pour le commun des mortels, sert de commis à Abel Mauvy, un odieux paysan qui l’exploite sans vergogne. Un jour, Silence découvre dans une grange condamnée un lourd secret sur son passé et vient à rencontrer Sara, sorcière aveugle dont il tombe amoureux et qui a quelques comptes à rendre à certains villageois… C’est ainsi que le jeune homme, tout en découvrant ses origines fera l’apprentissage de la haine et de la méchanceté des hommes sans jamais pouvoir répondre, ses seules armes étant l’innocence et l’amour du prochain… Dès le début, on devine qu’un drame est inévitable, et que, quelle que soit l’issue, le venin de la méchanceté aura le temps de répandre son poison sur les champs enneigés de Beausonge qui symbolisent en quelque sorte Silence le « simplet ».

silenceCe roman graphique d’une grande fluidité se lit avec le même plaisir teinté d’effroi que l’on pourrait ressentir en se perdant dans une forêt sombre, peuplée de créatures étranges et d’esprits peut-être hostiles. L’ambiance y est mystérieuse à souhait, renforcée par le superbe graphisme de Didier Comès et ses noirs et blancs si intrigants.

Son personnage central nous renvoie à nous-mêmes, à nos propres petites lâchetés et mesquineries que l’on préfère taire, à la cruauté et l’insensibilité qui peuvent parfois surgir du tréfonds de nos âmes. Car Silence renferme une pureté qui est le fait des êtres simples mais que l’on choisit d’exclure, consciemment ou inconsciemment, car ils dérangent et ne rentrent pas dans les normes de notre « monde de brutes ». A l’échelle du village de Beausonge, Silence est un sorte de chaman qui s’ignore. Il sourit aux arbres et communique avec les animaux d’un simple regard, ce qui pour les villageois, équivaut à de la sorcellerie (un comble, alors qu’eux-mêmes sont pétris de superstitions !) et contribuera à sa perte.

Comme dans La Belette, c’est un des thèmes favoris qu’aborde ici l’auteur, l’Homme et son rapport à la nature, comme s’il voulait convier le lecteur à porter son regard au delà des apparences de notre monde matérialiste, en faisant appel à la tolérance et l’ouverture d’esprit. D’une certaine manière, cette BD réalisée il y a plus de vingt ans est restée très visionnaire. Si elle semble ancrée dans un passé désuet et campagnard, elle s’adresse pourtant directement à l’homme moderne toujours davantage coupé de ses racines – bien qu’au début d’une prise de conscience (très lente !) selon laquelle la nature devra un jour cesser d’être traitée avec mépris. Définitivement un classique. (juillet 2009)

Silence
Scénario & dessin : Didier Comès
Editeur : Casterman
120 pages –  à partir de 15 €
Parution : octobre 1980

♦ Angoulême 1981 : Alfred du meilleur album ex æquo

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