Les voyages kafkaïens de Monsieur Acquefacques

Julius Corentin Acquefacques

Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves © 1990/2013 Marc-Antoine Mathieu (Delcourt)

Une ville imaginaire, un monde uniformisé et oppressant, un univers « à la Brazil », voilà pour l’environnement. Julius Corentin, fonctionnaire insignifiant dont la particularité est de tomber de son lit chaque matin au beau milieu d’un rêve, semble résigné à sa vie terne de fonctionnaire, sur laquelle semble peser une menace… Et à chaque fois, l’auteur nous embarque dans un univers fantastique où la réalité kafaïenne ne se distingue presque pas du monde des rêves… C’est ainsi que cette BD onirique et métaphysique nous aspire tel un trou noir dont on ne sait jamais quelle en est l’issue, tant l’imagination de l’auteur est fertile.

julius-corentin-acquefacquesUtilisé davantage comme un langage qu’à des fins véritablement artistiques, le dessin en noir en blanc de Marc-Antoine Mathieu (MAM pour les intimes…) traduit parfaitement cet univers dérangeant avec ses aplats noirs qui semblent toujours sur le point d’engloutir les personnages aux visages grimaçants, seul celui de Julius restant inexpressif en toutes circonstances. L’imagination débridée de l’auteur rend le scénario difficilement racontable mais celui-ci reste fluide grâce à une ligne claire traduisant une certaine rigueur. Comme le lecteur, Julius se voit à son insu entraîné dans un tourbillon de péripéties plus délirantes les unes que les autres. Avec toute la poésie dont il est capable, Mathieu révèle tout le potentiel extraordinaire de la bédé, explose les conventions, expérimente et joue avec les formes, avec le papier qui de support devient lui-même un personnage ou un paysage, construit des ponts entre les différentes réalités, entre le dessin et la photo, entre la science et la philosophie, recourt à des mises en abyme vertigineuses, provoque des chocs visuels et mentaux, on va de surprise en surprise, c’est tout simplement bluffant.

Cette BD, en plus de susciter une réflexion philosophique, n’est rien de moins qu’une porte ouverte vers une autre dimension. Et ouvre le champ des questionnements : où commence le rêve, où finit la réalité ? La réalité n’est-elle pas pire que le rêve ? MAM nous adresse-t-il une invitation au rêve ou une mise en garde contre la folie ? Aucune réponse n’est fournie… mais quel trip !

Je relirai sans aucun doute ce chef d’œuvre complexe et d’une grande richesse, certain du fait que pas mal de choses m’ont échappé en première lecture. Votre bibliothèque mérite largement cette série culte qui confère à son auteur le statut de maître du 9ème Art !

Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves (série en 6 tomes)
Scénario & dessin : Marc-Antoine Mathieu
Éditeur: Delcourt
entre 46/56 pages par tome –  à partir de 11,50 €
Parution : de juin 1990 à mars 2013

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