L’Australie pour la lie de l’Angleterre

Une des plus incroyables odyssées humaines de l’Histoire a eu lieu il y a un peu plus de 220 ans. Environ 1500 hommes et femmes ont été déportés, entassés à bord de 11 navires, parcourant plus de 24 000 km sur trois océans. Pour la plupart, ils étaient des bagnards, des forçats, des condamnés : le rebut de l’Angleterre ! On les a déportés à l’autre bout du monde, dans un pays qui n’existait pas encore. Aller simple vers l’enfer ou chance inespérée d’une nouvelle vie ?

terra australisVoilà déjà un moment que je me réjouissais à l’idée d’entreprendre la lecture de cet « album fleuve » (ou devrais-je dire « océan » dans le cas présent ?). Terra Australis est un projet ambitieux, indéniablement. Et on saura gré à Glénat d’avoir publié l’ouvrage en une seule fois malgré ses quelque 500 pages, nous épargnant ainsi une série à rallonge de plus. La scénarisation, basée sur un travail impressionnant de recherches historiques, est menée de main de maître et avec beaucoup d’honnêteté. La narration glisse sereinement tel un puissant trois-mâts vers le vaste océan, sans donner l’impression de chercher à tout prix l’effet de manche XXL. Le côté docu-fiction de cette épopée extrêmement immersive sur les débuts de la colonisation de l’Australie réconciliera les tenants de la vérité historique et les amateurs d’aventure. En outre, la qualité littéraire des textes confère un supplément d’âme à ce récit passionnant.

Quant au dessin au style réaliste, il révèle le talent et l’endurance de Philippe Nicloux dans ce projet au long cours (cinq ans tout de même). Néanmoins, je l’ai trouvé parfois inégal dans le sens où le dessinateur semble avoir mis plus de soin à représenter certaines choses que d’autres. Autant les paysages (ciel, océans et forêts) sont magnifiques à regarder (je serais curieux de connaître la technique utilisée par Nicloux, sorte de combinaison entre pochoir, encre de chine et Photoshop), autant les scènes d’intérieur sont frustrantes de par l’absence de détails, ce qui produit un contraste gênant d’après moi. De même, si les visages sont expressifs, j’ai eu du mal à identifier certains protagonistes récurrents, relativement nombreux il faut bien le dire. Heureusement, la mise en page efficace vient compenser ces quelques défauts. Pour en finir avec l’aspect graphique, il me semble que la couleur aurait été plus pertinente que le noir et blanc pour ce type de récit, qui se veut tout de même une invitation à voyager vers les grands espaces azurés et les mers turquoise du Pacifique.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette œuvre imposante. Globalement, Terra Australis est un ouvrage de qualité, un bon gros pavé dans lequel on se plonge avec bonheur et qui nous propose une vision humaniste et équilibrée d’un chapitre de la colonisation occidentale au XVIIIème siècle. Il y est raconté comment cette colonisation atypique, qui s’est faite de façon assez pacifique vis-à-vis des « naturels » (les Aborigènes), consistait à trouver un lieu inhabité et suffisamment éloigné de l’Angleterre pour y déporter des bagnards, alors que se posait le problème de la saturation des prisons. Un bel hommage à ce pays et à ces hommes, qui ne savaient pas en partant s’ils arriveraient à bon port. L’Australie reste, encore aujourd’hui, assez méconnue vu d’Europe et fait office de « dernière frontière », dernière machine à rêves des candidats au dépaysement, où parviennent à se rejoindre modernité et mythes ancestraux.

Terra Australis
Scénario : Laurent-Frédéric Bollée
Dessin : Philippe Nicloux
Editeur : Glénat
Collection : 1000 feuilles
512 pages –  45 €
Parution : 13 mars 2013

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