Bouzard Unchained

L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre © 2026 Bouzard (Dargaud)

Temps de lecture ≈ 1 mn 30

Sous son déguisement de cow-boy, Bouzard se voit chargé de raconter le making-of de la nouvelle série Lucky Luke, avec l’humour potache qui fait sa marque. Son éditeur sera-t-il satisfait du résultat ? Rien n’est moins sûr, mais le lecteur, lui, se sera au moins tapé de bonnes barres de rire !

Nom d’un Pied-tendre, mais qu’est-ce que notre bras cassé de Bouzard est venu faire sur le tournage d’une série dont le célèbre cowboy « qui tire plus vite que son ombre » est le héros ? De façon pour le moins inattendue, le bédéaste « hilarant » a été invité à produire un reportage dessiné sur les lieux du tournage, dans un désert andalou. Et comme il le fait à sa manière, c’est-à-dire en roue libre, il donnera à son éditeur quelques sueurs froides…

Si on connaissait déjà « l’homme qui tire plus vite que son ombre », peut-être avons-nous ici « l’homme qui a imaginé le titre le plus long du monde », j’ai nommé Guillaume Bouzard. Un champion dans sa catégorie : ingérable. En tout cas, pour un éditeur… D’ailleurs, ledit Bouzard s’est même permis de ne pas citer Lucky Luke dans le titre en question, alors que l’album est censé accompagner la sortie en ce printemps de la « série événement » dont le héros est le célèbre cow-boy solitaire.

Ce fut l’idée lumineuse de Dargaud, l’éditeur historique des Lucky Luke, de proposer à un dessinateur de produire un carnet de route du tournage. Bouzard fut donc l’heureux élu, logique puisque l’auteur le plus rigolo de la galaxie avait déjà publié en 2017 une parodie du héros du Far West (Jolly Jumper ne répond plus). Pour ce faire, ce dernier s’est rendu en Espagne du côté d’Almeria, là où furent tournés autrefois des monuments du cinéma, notamment Il était une fois dans l’Ouest, Pour une poignée de dollars, Lawrence d’Arabie ou encore Indiana Jones et la dernière croisade

« Jamais le dernier pour la déconne », l’ami Bouzard s’est donc envolé aux frais de la princesse dans le désert de Tabernas, au milieu des décors du « Far West andalou », pour y concevoir son « presque journal d’un tournage ». L’expression n’est pas galvaudée, car comme on s’en doute, Bouzard a fait exactement ce qu’on attendait de lui, c’est-à-dire faire en sorte que l’on ne sache pas à quoi s’attendre… Dans les limites imposées par ce type d’ouvrage (parce que c’est tout de même une commande), il a réussi de son côté à imposer son « n’importe nawak » proverbial. Hormis ses dons de « dessinateur rigolo », expert en autodérision, Bouzard se met en scène en transformant ses gaffes en gags, ou en baragouinant un espagnol approximatif histoire de faire le malin. Il possède aussi un certain talent pour passer dans le champ des caméras au mauvais moment ou de mettre le « seum » à son éditeur qui aimerait bien un truc un peu cohérent, parce que tout de même, il faudrait qu’il y ait un retour sur investissement.

L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre © 2026 Bouzard (Dargaud)

On sera étonné une fois de plus — même si on le savait déjà depuis The Autobiography of me too — de constater que l’auteur a la faculté d’avoir des discussions avec les canidés. Ici, il a trouvé en Rantanplan le confident idéal, contrairement à l’équipe de tournage trop affairée pour lui accorder une quelconque importance, parfois condescendante et dédaignant ses propositions d’« apporter un œil neuf » sur la façon de tourner un film…

Si on ne retrouve pas le niveau de The Autobiography of me too, on ressort plus enthousiaste que pour son opus avec Lucky Luke, Jolly Jumper ne répond plus, lequel manquait de souffle burlesque. Ici, on reconnaît bien la patte décalée de l’auteur, avec des passages pleins de fantaisie hilarante (le cahier graphique en IA, ou le maquillage improvisé…). Et de son trait faussement nonchalant, il maîtrise toujours le sens du mouvement pour accentuer la drôlerie des scènes les plus excentriques (l’inénarrable scène avec les chèvres).

L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre (presque journal d’un tournage)
Scénario & dessin : Guillaume Bouzard
Editeur : Dargaud
80 pages – 17,50 €
Parution : 27 février 2026
L’Homme qui a vu l’homme qui filme l’homme qui tire plus vite que son ombre © 2026 Bouzard (Dargaud)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.