Le portail des portés disparus

The Junction © 2026 Norm Konyu (Glénat)

Temps de lecture ≈ 1 mn 45

Il est sur Terre des lieux interdits où l’on risque d’y laisser sa raison, d’où il ne faudrait jamais revenir. Lucas, pourtant, en est revenu, mais il n’est pas un revenant. Une affaire bien étrange, entre deux réalités parallèles, qui poussera le jeune garçon à faire des choix décisifs.

En 1984, Lucas et son père avaient mystérieusement disparu de leur maison, près de Medford, une petite ville anglaise. De façon tout aussi étrange, le jeune garçon réapparut en juin 1996 au domicile de son oncle. Où était-il durant ces douze années, et que s’est-il passé entretemps ? Plus troublant encore, Lucas, alors âgé de 11 ans, a gardé la même apparence, sans avoir grandi d’un pouce, ce qui pose des questions sur son identité. Lui-même n’ayant pas la réponse, une enquête va être menée, les seuls éléments susceptibles d’apporter une réponse se trouvant dans son journal…

Apparu récemment dans la bande dessinée (The Junction est son troisième album), Norm Konyu n’en est pas moins un illustrateur reconnu, prestigieux pourrait-on dire, puisqu’il travaille depuis très longtemps dans l’animation, avec un CV qui impose le respect (notamment Dreamworks, Cartoon Networks, Nickelodeon).

Comme pour ses deux ouvrages précédents, ce monsieur, né au Canada mais résident au Royaume-Uni, a conçu le scénario, c’est donc un auteur complet auquel nous avons affaire. Il réussit ici à nous captiver dès les premières pages avec cette histoire très intrigante au pitch imparable : un garçon disparu mystérieusement réapparaît 12 ans plus tard sans avoir changé d’un iota. Comme celui-ci semble avoir totalement perdu la mémoire, les enquêteurs vont s’efforcer de résoudre cette énigme en décortiquant son journal intime. Une tâche ardue puisque le document ne respecte aucune chronologie, citant des lieux totalement inconnus, notamment Kirby Junction, la ville où le garçon aurait séjourné durant ces douze années. De même, les événements relatés sont de l’ordre du surnaturel : des maisons apparaissant comme par magie en l’espace d’une nuit, avec leurs occupants venus d’on ne sait où, des livres aux pages entièrement blanches, ou encore des nains de jardin qui se mettent à parler…

The Junction © 2026 Norm Konyu (Glénat)

On n’est pas vraiment sûr de ce que l’on doit retenir de cette bande dessinée, mais sans dévoiler l’intrigue, on peut dire qu’il est question du deuil, avec cette impossibilité à accepter la mort d’un être aimé. Aucune violence ici, ce récit est comme un va-et-vient entre le réel et l’imaginaire, le passé et le présent, une invitation à passer de l’autre côté du miroir, vers une dimension parallèle… Certes, l’atmosphère reste vaguement inquiétante mais globalement paisible.

Si ce récit fantastique est prenant, il a également cette faculté à nous envoûter, et la partie visuelle y est pour beaucoup. Tout à fait original, le dessin de Norm Konyu est très graphique, poétique aussi, avec une maîtrise de la couleur exceptionnelle, mais il n’y a pas de quoi être surpris quand on est au fait du parcours de l’auteur. Le trait géométrique, qui s’applique aussi bien aux décors qu’aux personnages, est pour le moins audacieux, se révélant souvent poétique avec des textures joliment travaillées. Dans un cahier graphique en fin d’ouvrage, Konyu livre quelques secrets sur sa technique de travail, assez singulière, qui mêle l’encre et le numérique. Ma seule réserve portera sur l’aspect un peu froid et inexpressif des personnages, qui rejaillit sur leur personnalité déjà pas très fouillée à la base, et peut parfois gêner leur identification.

Cela étant, The Junction constitue une lecture plaisante, dont l’originalité de l’approche graphique reste le gros point fort, ainsi que son aptitude à vous embarquer dans la narration. Norm Konyu a déjà prévu de publier un nouvel ouvrage fin 2026, qui s’intitulera L’Espace entre les arbres. Avec un tel titre, on ne doute pas un instant qu’il saura à nouveau nous surprendre.

The Junction
Scénario & dessin : Norm Konyu
Editeur : Glénat
176 pages – 22 €
Parution : 21 janvier 2026

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Merci, Laurent. Je l’ai acheté. J’en aime beaucoup le graphisme, surtout le dessin des personnages.

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