Parenthèse enchantée au bord du Saint-Laurent

Rose à l’île © 2023 Michel Rabagliati (La Pastèque)

Temps de lecture ≈ 1 mn 15

Vous rêviez d’une cabane au Canada ? Michel Rabagliati vous y emmène ! Et pour la première fois, l’auteur québécois sort Paul de ses cases pour lui faire goûter le roman illustré… en compagnie de sa fille. Un charmant bol d’air qui fait du bien au cœur et à l’âme…

En 2017, Michel Rabagliati, ou plutôt Paul, loue un chalet au bord du St Laurent, à l’écart de la ville, pour passer quelques jours avec sa fille Rose, âgée de 23 ans. C’est elle qui a choisi l’endroit, qui lui rappelait les vacances de son enfance : une petite île peu peuplée et hors du temps, cernée par la forêt et le fleuve, où nagent les phoques et les baleines, où la vie s’écoule lentement pour apaiser les peines…

« En vieillissant, les gens ont tendance à délaisser la BD pour les romans et les essais. » Cette réplique de Paul, derrière lequel l’auteur québécois a pris l’habitude de s’abriter, à une habitante de l’île explique peut-être l’existence de Rose à l’île. Car si l’ouvrage inclut bon nombre de dessins de Michel Rabagliati, il s’agirait plutôt d’un roman illustré, une sorte de journal de vacances. En s’essayant à l’écriture, Rabagliati y raconte la beauté du lieu où tout semble si simple, mais y aborde aussi quelques questionnements existentiels, notamment à travers la réplique citée plus haut, dans un état d’esprit qui rappelle son dernier opus, Paul à la maison. Dans cet album, où déjà Rose faisait une apparition, il nous parlait de la crise de la cinquantaine et de ses angoisses diverses, tout en conservant bien sûr l’humour qui le caractérise…

Rose à l’île constitue une lecture très plaisante. Michel Rabagliati ne cherche pas à y afficher ses prétentions littéraires ni à faire étalage d’une quelconque érudition. Il se contente d’évoquer avec simplicité, à travers le personnage de Paul, la vie au jour le jour avec sa fille et son bonheur de partager ces moments si rares avec elle, un peu comme des retrouvailles entre deux êtres qui s’étaient perdus de vue, dans un lieu unique en immersion avec la nature, loin des tracas du quotidien et des villes. A l’aide de son carnet de croquis, l’auteur se livre à une observation silencieuse des paysages iliens, de sa faune et de sa flore, alternant avec des réflexions favorisées par un environnement propre à la contemplation, qui permet de « regarder au loin en fumant la pipe sur un rocher en regardant le fleuve ». Il nous offre aussi quelques portraits de Rose d’où émerge l’infinie tendresse d’un père.

Rose à l’île © 2023 Michel Rabagliati (La Pastèque)

Le livre est truffé d’anecdotes occasionnées par les balades à travers la petite île (12 km de long) et les rencontres avec les rares résidents de l’île, ainsi qu’une digression historique sur la naissance de Québec et de la « Nouvelle France », et de ses effets plus déprimants comme la mise à l’écart des populations autochtones ou l’extermination des animaux à fourrure…

Dans un mode plus personnel, Michel « Paul » Rabagliati évoque les dix dernières années, cette décennie « de marde » où « tout a foutu le camp » (avec un passage poignant sur son père, qui a sa mort, lui a légué un carnet de croquis qu’il conserve précieusement depuis), compensée par sa notoriété croissante hors du Québec, bien qu’un peu tardive (la promo c’est fatiguant à partir d’un certain âge !).

On le sent bien à la lecture de Rose à l’île, l’auteur s’est offert un moment récréatif dans un lieu magique qui, indubitablement, lui aura permis de se ressourcer. Le lecteur lui saura gré d’avoir bien voulu partager avec lui ces instants hors du temps, même s’il espère vivement que Rabagliati retrouvera le punch nécessaire pour nous proposer une nouvelle « vraie » BD, avec ou sans Paul…

Rose à l’île
Scénario & dessin : Michel Rabagliati
Editeur : La Pastèque
256 pages – 25 €
Parution : 27 octobre 2023

Extrait – Discussion entre Paul et sa voisine Hélène

Paul — Ouain, c’est vrai qu’à chaque fin de projet ou de retour de voyage, je vis un down carabiné slash remise en cause slash envie de changer de métier pis de crisser ça là.
Hélène — C’est classique chez les créatifs, ça. Surtout si tu as de l’exposure. C’est drainant tout ça, même si c’est positif, même si on a du succès. Faut juste que tu te donnes du temps pour te laisser remplir de nouvelles idées, de nouvelle matière. Je gagerais que tu ne t’es jamais vraiment arrêté de travailler deux minutes, toi.
Paul — Pas depuis ma sortie du cégep* en 81.
Hélène — Oh boy ! Il faut que tu prennes une vraie pause, Paul, c’est très très important. Commence tout de suite, ici sur l’île. C’est parfait pour apaiser les peines et se ressourcer, ici, j’en sais quelque chose. Ça peut te sembler ésotérique, mais le fleuve nous aide à nous régénérer. Toute cette eau qui circule autour, ça fait du ménage dans nos têtes. Puis au fil des jours, sans qu’on s’en aperçoive, on se sent tout à coup plus léger, on a de nouveau envie de continuer…

  • collège d’enseignement général et professionnel public situé à Montréal
Rose à l’île © 2023 Michel Rabagliati (La Pastèque)
Rose à l’île © 2023 Michel Rabagliati (La Pastèque)

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