Ressources inhumaines

Dans mon open space © 2018 James (Dargaud)

La vie en entreprise, ça grise, mais la vie au bureau, c’est chaud. Quand votre patron vous considère comme son esclave et vénère le CAC 40, ça vénère ! Alors pour s’en sortir, il faut trouver comment travailler moins pour gagner plus ! Avec finesse, James dresse un portrait au vitriol de l’entreprise d’aujourd’hui.

L’entreprise qui sert de cadre aux strips hilarants de James apparaîtra familière à beaucoup d’entre nous, de près ou de loin. Dans cette PME du textile à la croissance incertaine, on y trouve une édifiante galerie de personnages bien campés, à commencer par le directeur, Roland, infect avec son personnel mais suffisamment craint pour ne pas avoir à subir les grèves. Une caricature de PDG paternaliste, sachant à la fois jouer la connivence avec ses subalternes mais imperméable à toute demande d’augmentation, « car vous comprenez mon cher Pichon, les charges nous étouffent, et moi, à ce rythme-là, je mets la clé sous la porte dans trois mois », tandis que lui-même se rémunère grassement. Parmi les autres personnages évoluant dans ce microcosme quelque peu routinier, il y a le gratte-papier geignard mais docile, le commercial lymphatique et trop fainéant pour être vraiment vénal, l’autre commercial pur jus, toujours prêt à faire le beau devant son patron, ou encore le DRH désabusé aux ordres du boss.

Ces sketches dotés d’un trait rond et minimaliste sont des inédits de la série Dans mon open space, dont quatre tomes sont déjà parus depuis 2008. Certes, ce n’est pas une virulente diatribe du système capitaliste, c’est beaucoup plus subtil que ça. On sourit volontiers et on rit aussi. Avec James, tout le monde en prend pour son grade, pas seulement le patron mais aussi ses employés, notamment certains râleurs dont les velléités de rébellion s’épanouissent devant la machine à café pour s’évanouir aussitôt quand le directeur passe par là par hasard. C’est donc un peu de nous-mêmes, avec nos petites lâchetés voire notre servilité face à la hiérarchie que l’auteur épingle ici. On n’est pas forcément fiers, mais qu’est-ce qu’on se marre…

Dans mon open space – Les inédits
Texte et dessin : James
Editeur : Dargaud
256 pages – 19,99 €
Parution : 13 avril 2018

Extrait p.16 – Un jeune homme en costard, mèche au vent et mains dans les poches, aborde un commercial :

« Salut mec, il y a une salle de jeux quelque part ?
— Hein ? Vous êtes ?
— Pierre-Jean, le fils du patron… je bosse ici, maintenant.
— Ah… pour faire quoi ?
— Je ne sais pas encore. J’ai signé un contrat de génération… ou un truc du genre.
— Une mesure sociale ?
— Ben c’est mon tout premier boulot, du coup je peux être formé par un senior qui peut alors garder son poste jusqu’à la retraite… et après je récupère son poste. Donc un truc social, ouais.
— Et c’est qui, ce senior ?
— Bah c’est mon père ! »

Dans mon open space © 2018 James (Dargaud)

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Lola, 7 ans, héroïne dans la guerre

Seule © 2018 Denis Lapière & Ricar Efa (Futuropolis)

La guerre d’Espagne vue à travers les yeux d’une fillette de sept ans, séparée de ses parents et confiée à ses grands-parents, loin du tumulte des combats. Malheureusement, l’affreuse guerre viendra la rattraper dans le village paisible que l’on pensait à l’abri.

Proposée par le prolifique Denis Lapière au scénario et le talentueux Efa au dessin, cette histoire âpre raconte la perte de l’innocence. A un âge où l’on découvre le monde et l’on n’en voit que ses beautés, la bêtise des adultes fait parfois grandir très vite, trop vite, surtout quand il s’agit de guerre, a fortiori de celle d’Espagne, où la force brutale avait pris inéluctablement le pas sur un grand rêve populaire d’harmonie et de partage. La petite Lola va ainsi assister à l’horreur la plus bestiale mais trouvera en elle-même les moyens de résister et fera preuve d’un courage héroïque en sauvant ses grands-parents d’une mort certaine. Mais comme si l’épreuve de la guerre ne suffisait pas, la fillette connaîtra d’autres sèches désillusions en voulant retrouver sa mère une fois le conflit terminé…

D’une narration épurée, ce récit subtil se lit comme une fable pour enfants oscillant entre paradis rêvé et réalité cauchemardesque. De son très beau graphisme chatoyant, Ricar Efa adoucit la violence du contexte, comme s’il avait dessiné à travers les yeux de la petite Lola, donnant une couleur poétique à l’ensemble avec des cases qui pourraient parfois passer pour des tableaux. La campagne espagnole est ainsi magnifiquement représentée, avec des tons lumineux faisant contraste avec la grisaille guerrière. Actif depuis le début des années 2000, ce dessinateur n’en est pas à son coup d’essai, et a démontré récemment sa proximité avec le monde de la peinture en publiant avec Salva Rubio Monet, nomade de la lumière, une magnifique évocation du maître de l’impressionnisme.

Seule
D’après les souvenirs de Lola
Scénario :  Denis Lapière
Dessin : Ricar Efa
Editeur : Futuropolis
72 pages – 16 €
Parution : 4 janvier 2018

Extrait p.34 :

« Parfois, parce qu’ils en recevaient l’ordre abrupt, les soldats partaient en mission quelque part dans la montagne. Ils n’en revenaient que deux ou trois jours plus tard. Et jamais ils n’en parlaient en présence de l’enfant ni d’un quelconque autre habitant du village. Il se faisait que le commissaire avait toujours un cadeau pour Lola. Un jouet. Une poupée. Un livre. Des choses prises à d’autres enfants ? Elle ne le sut jamais, l’homme n’en dirait rien. Mais elle était contente de recevoir des cadeaux. Et donc la plupart du temps, la petite fille était seule et livrée à elle-même.

Il aura fallu presqu’un mois pour que le grand-père soit de retour. Et il était seul. Loin de son épouse blessée, l’homme s’était changé en statue de tristesse et d’attente. »

Seule © 2018 Denis Lapière & Ricar Efa (Futuropolis)

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Marion Montaigne s’envoie en l’air

Dans la combi de Thomas Pesquet © 2017 Marion Montaigne (Dargaud)

S’il se passe pas mal de choses dans la combi de Pesquet, il s’en passe autant sinon plus dans la tête de Marion Montaigne… Cette fois, la scientifique autodidacte la plus connue dans le monde du neuvième art (et la plus drôle aussi) est allée se frotter aux lois de l’apesanteur en compagnie du spationaute français, et on peut dire que cela a stimulé son imagination !

En occupant un créneau original, la BD de vulgarisation scientifique à l’humour décalé, Marion Montaigne est parvenue en moins d’une décennie à s’imposer dans le cercle restreint des bédéastes féminines les plus en vue. Aujourd’hui, cette hyperactive curieuse du monde qui l’entoure semble s’être installée pour longtemps sur l’orbite du succès. Il paraissait donc logique qu’elle s’intéresse aux pionniers de la conquête spatiale cantonnés pour l’heure à une autre orbite, celle de notre berceau la Terre… Ainsi, Montaigne a suivi pendant plusieurs mois le spationaute français qui vécut pendant six mois à bord de la Station spatiale internationale, j’ai nommé Thomas Pesquet. Celle qui apprécie, non sans malice, de se faire appeler « Professeur Moustache » a pu l’accompagner durant les phases de préparation et de réadaptation à la vie terrestre, et continuer à lui poser des questions lorsqu’il était dans l’espace.

Le résultat, ce sont 200 pages d’anecdotes et autres digressions hilarantes autour de cette expérience peu commune qui consiste à vivre en apesanteur. Marion Montaigne maîtrise le sujet, armée de son trait trash et de ses punchlines rigolotes. Le livre grouille d’informations scientifiques hyper-documentées qui pourraient laisser de glace la plupart des non-initiés mais que l’auteur sait rendre accessibles et captivantes grâce à son humour décapant qui rebondit au rythme d’une boule de flipper. Aucun sujet n’est laissé de côté, du plus technique au plus « trivial ». On apprend notamment que gestes les plus simples sur le plancher des vaches peuvent se transformer en parcours du combattant (par exemple, comment fait-on ses besoins en apesanteur sans s’en mettre partout ?).

Après lecture de cet ouvrage, qui voit son auteure récompensée pour la deuxième fois à Angoulême, on aura un peu moins envie de se mettre dans cette combinaison spatiale, mais on aura passé un assez bon moment, entre émerveillement, stupéfaction et fous-rires. On est même parfois saisi de pitié pour ces hommes et ces femmes qui sacrifient beaucoup de leur vie privée et intime pour aller au bout de leurs rêves d’espace, et cela commence dès les épreuves de sélection, si complexes qu’elles en deviennent inhumaines. Les « heureux » élus devront maîtriser une quantité incalculable de savoirs et faire preuve d’une santé physique irréprochable. Au final, on en ressort avec un sentiment d’admiration pour ces « pionniers » qui prouvent que « l’étoffe des héros » n’est pas un vain mot.

Dans la combi de Thomas Pesquet
Scénario & dessin : Marion Montaigne
Editeur : Dargaud
208 pages – 22,50 €
Parution : 24 novembre 2017

♦ Angoulême 2018 : Prix du public Cultura

Citations :
« Est-ce que j’ai envie de me lever et de bosser quatorze heures par jour ? Oui. »
Thomas Pesquet

« Ce qui m’a le plus impressionné, c’est la vue de la Terre… Et en arrivant sur l’ISS, c’est la taille de la station spatiale. Elle est immense, c’est une vraie station spatiale, comme dans les films, comme dans Star Wars. »
Thomas Pesquet

« Tu vois une étoile filante ? Ben au retour, t’es à l’intérieur de l’étoile filante. »
Thomas Pesquet

Dans la combi de Thomas Pesquet © 2017 Marion Montaigne (Dargaud)

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Mélaka : « Je suis athée à 1000 %. Pour moi, c’est beaucoup moins angoissant de se dire que quand on meurt : c’est fini, on éteint la lumière, il n’y a plus rien ! »

[Interview] Trois ans après la mort de sa mère, l’écrivaine Gudule, Mélaka relate sa maladie dans une bande dessinée poignante. Ayant délaissé temporairement son petit village du Sud-Ouest où elle vit depuis dix ans, l’auteure revient sur cette période douloureuse évoquée dans Sous les bouclettes, durant laquelle sa mère est devenue progressivement prisonnière de son propre corps.  Lire la suite

L’interview vidéo :

 

Propos recueillis le 27 avril 2018 à Paris par Laurent Proudhon.

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Le bleu est une couleur féline

Sugar – Ma vie de chat (Serge Baeken)

Sugar – Ma vie de chat © 2014 Serge Baeken (Dargaud)

Serge Baeken aime les chats et le montre dans cette BD atypique dédiée principalement à son chat noir prénommé Sugar qui vécut à ses côtés pendant 18 ans.

Le point fort de cet album expérimental tient pour beaucoup à la mise en page très originale, qui en fait plus un objet graphique qu’une BD classique. L’auteur a opté pour le mode gaufrier avec 24 cases par planche, où s’épanouit un dessin noir et blanc sobre et doux, le tout divisé en sept chapitres. Si parfois les images s’enchaînent de façon linéaire, les plans peuvent se faire sur plusieurs cases, horizontalement ou verticalement. La lecture devient ainsi très agile, libre et féline. Ça virevolte dans tous les sens, ça descend, ça remonte et ça rebondit, à la façon d’un chat courant après une pelote de laine ou tentant d’attraper une mouche en arrêt sur un lustre. Les textes sont rares et se limitent à quelques mots ou onomatopées. Ces chats font beaucoup de bêtises (comme tous les chats) et sont souvent attendrissants, mais ils connaissent aussi des destinées tragiques (l’un écrasé par une voiture, l’autre finissant coincé dans un tuyau). Et pour revenir à l’objet en lui-même, il est doté d’une majestueuse et énigmatique couverture bleu saphir où ne se détachent que les yeux du chat noir silhouetté.

Cela étant dit, il est clair que mon appréciation variera selon que je note l’ouvrage en fonction des critères d’une bande dessinée ou d’un objet d’art. A noter qu’une seconde lecture m’a permis de mieux apprécier la poésie qui s’en dégage et d’affiner ainsi mon jugement, car il faut reconnaître que cet OVNI peut dérouter au premier abord, et il déroutera certainement ceux qui préfèrent des récits plus conventionnels. Une chose est sûre, vous pouvez offrir les yeux fermés cet album aux amoureux des chats dans votre entourage. Ils ne devraient pas rester insensibles à cet hommage félin d’une belle sensibilité artistique. (juillet 2014)

 

Sugar – Ma vie de chat
Scénario & dessin : Serge Baeken
Editeur : Dargaud
80 pages – 16,45 €
Parution : 24 janvier 2014

Sugar – Ma vie de chat © 2014 Serge Baeken (Dargaud)

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Le crépuscule de Gudule

Sous les bouclettes – Gudule & Mélaka

Sous les bouclettes © 2018 Gudule & Mélaka (Delcourt)

Sous les bouclettes, c’est l’histoire du combat d’une famille contre la Sale Maladie et la mort, impitoyable. C’est aussi l’histoire d’un Grand Amour, qui vient comme un baume apaisant au milieu du malheur. Tout en parvenant à conserver une légèreté bienvenue, Mélaka nous narre une expérience douloureuse : le calvaire, celui de sa mère, qui aura duré deux longues années.

Les bouclettes du titre, ce sont celles d’Anne Liger-Belair alias Gudule, une femme rebelle et attachante, écrivaine de métier, connue notamment pour sa participation au journal Harakiri dans les années 70. Et sous ces bouclettes, une âme originale et riche d’une vie foisonnante. Mais aussi une saleté de tumeur, infâme parasite cervical qui finira par avoir raison de la joie de vivre et de l’énergie de sa proie. Un gliome sournois, rebaptisé « Guillaume » par Gudule, à la fois par malice mais aussi comme pour mieux le domestiquer et l’affronter.

Mélaka, quant à elle, s’est servi de son art comme un exutoire. C’est peu de temps après la mort de sa mère, avec qui elle entretenait un rapport fusionnel, que lui est venue l’idée, de façon tout à fait naturelle, d’écrire cette bande dessinée. Elle qui dit détester le premier degré, est parvenue à faire d’une expérience tragique et pénible un récit vivant, bourré d’humour et presque joyeux, mais qui n’en reste pas moins poignant. De la part de celle qui chapeaute aujourd’hui le Psykopat avec son fondateur de père, Paul Karali (alias Carali), on ne pouvait s’attendre à quelque chose de plombant. Et pourtant. Car cette femme extraordinaire, qui perd son compagnon Sylvain, emporté également par la maladie en début d’ouvrage, sera à son tour touchée par le cancer seulement trois mois après. On se pince pour croire qu’une telle injustice puisse ne pas sortir tout droit d’un mauvais mélo. C’est ce qui rend la chose unique, et le lecteur peu enclin au pathos ne s’en plaindra pas. L’excellente idée qu’a eue Mélaka, elle qui rêvait de produire un livre avec Gudule, a été de piocher dans les écrits de sa mère et de les insérer dans son récit après les avoir mis en dessin, comme si réellement l’ouvrage avait été écrit à quatre mains. Et pour plus de clarté, un judicieux code couleur permet de distinguer les deux auteures : sépia quand la narratrice est Gudule, bleu quand il s’agit de Mélaka. Il faut dire que les anecdotes de Gudule contribuent pour beaucoup à la légèreté du récit. Souvent cocasses, ces tranches de vie révèlent le côté gaffeuse d’une personnalité qui avait fini par s’en accommoder en riant d’elle-même. On découvre également un esprit libre et combattif qui voulait s’affranchir d’une éducation religieuse stricte et de tous les dogmes d’une manière générale. Et puis il y a aussi le dessin, dont la rondeur burlesque rappelle un certain Matt Groening, apporte une belle fraîcheur au récit.

Sous les bouclettes se révèle non seulement un vibrant hommage d’une fille à sa mère (« un cri d’amour, un cri d’adieu » dit Mélaka en préface), mais un témoignage généreux et bouleversant qui touchera tout le monde de près ou de loin. Sa portée est puissante, comparable sur le thème de la maladie à L’Ascension du Haut-mal de David B.. Enfin, on ne saura refermer cette chronique sans citer Castor, le dernier grand amour de Gudule, qui aura accompagné cette dernière jusqu’à la fin, avec tendresse et dévouement. Celui qui fut son « ange gardien » – la rencontre se produit peu de temps après la mort de Sylvain -, lui aura évité la double peine de terminer ses jours dans un hôpital. Mélaka lui a d’ailleurs très légitimement dédié cet album, énorme coup de cœur il va sans dire.

Sous les bouclettes
Scénario : Mélaka & Gudule
Dessin : Mélaka
Editeur : Delcourt
Collection : Encrages
256 pages – 18,95 €
Parution : 11 avril 2018

Extrait p.113-114 – Gudule évoque les « feuilletons imaginaires » de son enfance :

Durant toute mon enfance, et même bien au-delà, je « pensais » avant de m’endormir. En fait, je me racontais des histoires, et cet exercice mental, non content de stimuler mon imagination, m’apportait un immense plaisir. Mes feuilletons imaginaires se complexifiaient chaque fois, de sorte que je m’endormais souvent avant leur dénouement.

Un soir, comme tante Irma souffrait d’insomnies, je lui dévoilai mon secret. Mais au lieu de me remercier, elle s’exclama : « Il faut que tu perdes très vite cette mauvaise habitude ! C’est dangereux de trop réfléchir. Ça creuse des trous dans la cervelle !! »

Imaginez mon trouble ! Mon occupation vespérale, que je croyais bien innocente, était, en vérité, un genre de maladie qui me rongeait la tête comme une souris ronge un gruyère !!

Déstabilisée par ces révélations, je fis alors barrage aux belles aventures qui peuplaient mes nuits…

C’était, je le suppose, le but de tante Irma qui, en vieille puritaine qu’elle était, devait craindre les pensées impures qui hantent l’inconscient des jeunes filles prépubères. Résultat : à force de m’évertuer à faire le vide, je devins moi aussi, insomniaque.

Dès lors, en dépit du risque encouru, je repris mes exactions nocturnes, qui, par la suite, engendrèrent des contes, des romans… Bref, m’ouvrirent les portes d’une carrière littéraire.

Carrière qu’interrompit, à 60 ans passés, une lésion cérébrale… Après tout, tante Irma avait peut-être raison…

 

Sous les bouclettes – Gudule & Mélaka

Sous les bouclettes © 2018 Gudule & Mélaka (Delcourt)

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Sur la plage abandonnés…

Château de sable (Frédéric Peeters/Pierre Oscar Levy)

Château de sable © 2010 Frederik Peeters & Pierre-Oscar Levy (Atrabile)

Sur une plage sauvage et escarpée, un immigré algérien débarque en quête d’une vie meilleure. Il sera vite rejoint par trois groupes de touristes venus passer une journée de baignade et de bronzette. Jusque là, rien d’exceptionnel… C’est lorsqu’on se rendra compte que les enfants grandissent anormalement que les choses vont se gâter. Il y a ensuite cette baigneuse retrouvée morte noyée. Mais quelle est cette force maléfique qui rôde autour de la plage ? Pourquoi semble-t-il impossible de quitter le lieu, comme cerné par une muraille invisible. Pourquoi chaque demi-heure fait-elle vieillir d’une année chacun des protagonistes ? Y a-t-il donc une issue à ce cauchemar ?

Après Lupus que j’avais globalement bien apprécié, je suis heureux de retrouver Frederik Peeters dans une autre production, dont il n’est cette fois que le dessinateur. Le trait en noir et blanc est sensiblement le même que dans sa quadrilogie, même si j’en avais préféré l’univers SF fantaisiste et foisonnant. Je dois dire que j’ai lu d’une traite cette histoire aussi palpitante que terrifiante, qui commence comme une série noire pour évoluer, après un virage à 180°, vers le thriller fantastique à la Stephen King. C’est dans l’ensemble bien barré avec un humour gentiment grinçant… Les auteurs semblent prendre un malin plaisir à assister à la décrépitude à vitesse grand V de leurs personnages, tout particulièrement les plus névrosés d’entre eux qui apparaissent comme des souris se débattant frénétiquement dans un labyrinthe. Reste que certains détails m’ont paru flous (par exemple, que vient faire ici José, « le fils de l’hôtelier », pourquoi et par qui se fait-il tirer dessus comme un lapin ?) mais heureusement cela ne gêne en rien la fluidité du récit.

En fait, ce qui m’a le plus dérouté, c’est ce sentiment d’avoir un thème parallèle à la trame principale qui du coup s’en trouve diluée. En effet, si le sujet dominant traite bien de la nécessité de ne pas passer à côté de l’essentiel durant la courte vie qui nous est donnée, un autre questionnement vient parasiter l’histoire, celui du racisme, avec cette allusion à L’Etranger qu’il m’a semblé percevoir… Cela dit, j’ai trouvé intéressante la présence de l’immigré, au début victime de la suspicion des uns et des autres, accablé malgré sa discrétion et son humilité, mais qui s’avérera au final comme le personnage-clé du récit, celui qui va apaiser le cœur des plus jeunes avec la jolie parabole du palais en rapport avec leur terrible situation. J’aurais juste bien voulu que les auteurs creusent un peu plus la psychologie des personnages que j’ai trouvés assez superficiels, du coup il y a comme un hiatus entre ladite parabole et ces derniers, mais cela tient peut-être au fait que le format one-shot rendait cela plus difficile.

Malgré tous ces mais, je recommande vraiment la lecture de cette bédé qui devrait vous happer et vous hanter pour longtemps. La terreur et le malaise qu’elle suscite trouve judicieusement son contrepoint dans la sagesse de son propos suggérée dans le titre et issue de la parabole en question : le plus solide des palais n’est qu’un château de sable inapte à nous protéger des assauts de la mort, alors ne perdons pas de temps et goûtons aux fruits de la vie ! (mars 2013)

Château de sable
Scénario : Pierre-Oscar Lévy
Dessin : Frederik Peeters
Editeur : Atrabile
100 pages – 17,50 €
Parution : octobre 2010

Château de sable (Frédéric Peeters/Pierre Oscar Levy)

Château de sable © 2010 Frederik Peeters & Pierre-Oscar Levy (Atrabile)

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