Sexe à pile

Priape - Nicolas Presl

Priape © 2006 Nicolas Presl (Atrabile)

Cette bande dessinée est librement inspirée de l’histoire de Priape, jeune dieu de la mythologie grecque doté d’un pénis démesuré en érection permanente. Fruit d’amours coupables entre Aphrodite et Zeus (ou Adonis selon les versions), et objet de la vengeance d’Héra, femme et sœur de Zeus ( !), Priape naquit avec cette fameuse difformité sexuelle qui révulsait sa mère. C’est ainsi que le nourrisson, abandonné par ses géniteurs, fut recueilli et élevé par un couple de bergers…

Priape - Nicolas PreslLe mythe de Priape est revu et corrigé de façon tout à fait originale et hors de toute convention, tant sur la forme que sur le fond, et on a ici l’impression d’avoir affaire à un OVNI temporel venu tout droit de l’Antiquité. L’histoire est sans paroles ni même onomatopées, ce qui paradoxalement demande plus d’effort, car en outre le dessin est volontairement difforme, ignorant les perspectives, d’une étrangeté absolue, et les expressions sont un peu figées, comme si les personnages portaient des masques empruntés aux tragédies grecques. Une fois qu’on s’y est habitué, ça peut aller, et on peut même apprécier ce style graphique si particulier, mais j’ai tout de même dû m’y reprendre à deux fois, parce qu’au début j’avais mal identifié un personnage essentiel pour la compréhension du récit… et je me félicite d’avoir pris la peine de le faire, car du coup, l’histoire a pris une toute autre dimension, et pour le moins subversive (Christine Boutin en avalerait son crucifix)… Non seulement l’auteur assaisonne le mythe à sa sauce en faisant de Priape un éphèbe attiré par les hommes (jusqu’ici rien d’étonnant, on est dans la Grèce antique), mais en plus il le retourne en attirant la disgrâce sur celui qui est censé être son père, Zeus, fort de plusieurs statuts plus ou moins glorieux : roi des dieux, homme à femmes, géniteur performant, époux incestueux (il a marié sa sœur, sans rire)… mais je n’en dirai pas plus 😉

Attention, ce n’est pas une bédé de cul (je dis ça pour les plus voyeurs, bande de coquins !), d’ailleurs on voit très peu le sexe de Priape (qui certes est énorme !) et les rapports sexuels sont toujours suggérés ou métaphorisés ! Car en plus d’évoquer le mythe, l’auteur parle aussi de l’identité, de la différence et du rejet : en effet, dans l’histoire présente, l’attribut fantastique du jeune dieu lui apporte plus de déboires que de satisfactions…

Par ailleurs, Nicolas Presl a sans aucun doute une bonne connaissance de la mythologie grecque, car son ouvrage grouille de références et de symboles dont certains m’auront probablement échappé, mais en allant glaner des infos sur le web, j’ai pu faire certains rapprochements.

En résumé, je trouve la démarche tout à fait digne d’intérêt. Bien sûr, cette BD comporte les petits défauts narratifs évoqués plus haut, mais on pourra considérer que le défi de revisiter sans texte un conte mythologique peu connu du grand public a été relevé ici de façon tout à fait honorable.[mars 2013]

Priape
Scénario & dessin : Nicolas Presl
Editeur : Atrabile
202 pages – 20,30 €
Parution : 20 juin 2006

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La Petite Bédéthèque des Savoirs : Internet (17), le conflit israélo-palestinien (18)

La petite Bédéthèque des Savoirs : Internet (volume 17) © 2017 Jean-Noël Lafargue & Mathieu Burniat (Le Lombard)

Les deux derniers volumes de la collection didactique du Lombard abordent de façon concluante deux sujets incontournables : Internet et le conflit israélo-palestinien.

Volume 17 : Internet

C’est une excellente idée que d’avoir créé deux mascottes dans le cadre d’une collection qui se veut à la fois didactique et distrayante. Pour ce faire, les auteurs se sont basés sur un fait réel qui s’est produit en 2011 en Géorgie, lorsqu’une vieille paysanne d’une région reculée priva tout le pays de l’accès à Internet en creusant un trou pour y chercher du cuivre, tranchant ainsi le seul câble optique qui reliait électroniquement la Géorgie au monde… démontrant toute la fragilité de ce moyen de communication. C’est ainsi qu’une discussion s’ensuit entre le bout de câble qui prend vie et la vieille femme, cette dernière étant là pour jouer le rôle de candide face au câble-boa qui va l’emmener en voyage à travers le cyberespace et son histoire.

Cela donne une narration très vivante, et le coup de crayon rond et vif de Mathieu Burniat, qui avait récemment mis en images Le Mystère du monde quantique, fait le reste. Le dessinateur s’en sort d’ailleurs beaucoup mieux ici, mais aussi sans doute en partie parce qu’Internet est un domaine qui recèle moins de nébulosités que la physique quantique pour le commun des mortels. Jean-Noël Lafargue développe le thème de façon assez exhaustive, des aspects techniques aux enjeux économiques, de ses bienfaits à ses dérives… Devenu en l’espace de vingt ans aussi vital que l’eau courante, Internet est finalement assez mal connu de par son histoire et son fonctionnement, et cet ouvrage vient judicieusement combler nos lacunes.

La petite Bédéthèque des Savoirs : le conflit israélo-palestinien (volume 18) © 2017 Vladimir Grigorieff & Abdel de Bruxelles (Le Lombard)

Volume 18 : le conflit israélo-palestinien

Les récents événements viennent encore de le prouver, le conflit dans cette région du monde n’a pas fini d’empoisonner l’atmosphère… Tels deux frères ennemis, ces deux peuples semblent irréconciliables et leur querelles ne datent pas d’hier… Autant le sujet peut s’avérer rébarbatif et complexe, autant il fascine et reste le centre d’attention du monde entier de par ses répercussions délétères, inversement proportionnelles à la superficie géographique sur laquelle se déroulent les événements. De manière générale, la politique israélienne choque ceux que révoltent l’injustice et la violence, d’autant plus surprenantes de la part d’un peuple ayant subi lui-même la barbarie nazie.

L’ouvrage, par la voix de l’historien Vladimir Grigorieff, tente d’expliquer le conflit en remontant d’abord aux origines, nous livrant les clés factuelles nécessaires à une compréhension globale et raisonnée. D’une certaine façon, il fait appel à la capacité d’empathie de chacun en tentant lui-même de rester le plus objectif possible, se gardant bien de prendre parti pour l’un ou l’autre camp, tout en soulignant l’importance de parvenir à une cohabitation durable et respectueuse. Car, faut-il le préciser, Vladimir Grigorieff est aussi un pacifiste convaincu. Par son dessin minimaliste, Abdel de Bruxelles apporte un peu de légèreté dans la lourdeur de cette discorde, s’inspirant parfois de photos d’actualités et d’archives. Un outil synthétique et très utile pour appréhender un conflit millénaire aux ramifications multiples, dans un état d’esprit optimiste, si tant est que cela soit possible…

La petite Bédéthèque des Savoirs
Volume 17 : Internet
Textes : Jean-Noël Lafargue
Dessin : Mathieu Burniat
Volume 18 : Le conflit israélo-palestinien
Textes :Vladimir Grigorieff
Dessin : Abdel de Bruxelles
Editeur : Le Lombard
104 pages – 10 €
Parution : 19 mai 2017

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ByMöko : « J’avais envie de faire en sorte que quand on ait terminé la BD, on se sente bien… »

Le 6 juin dernier, ByMöko avait organisé au Mob Hotel Of The People de Saint-Ouen (93) une petite fête pour la sortie de Au pied de la falaise. Un lieu atypique pour une BD atypique, aux couleurs de l’Afrique et autour de laquelle s’est construit un projet multimédia allant vidéo, musique et danse. J’en ai profité pour interroger son auteur ainsi que le concepteur du site, Abdou Diari. ⇒ Lire les interviews

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Authentique Afrique

Au pied de la falaise - ByMöko

Au pied de la falaise © ByMöko (Soleil)

ByMöko nous livre ici plusieurs mini-fables autour du quotidien d’un petit village africain, avec ses joies et ses peines, évoquant des thèmes allant des mythes ancestraux aux événements les plus banals, bref tous ces instants qui animent une communauté dans laquelle l’entraide jour un rôle primordial. Un premier album s’inscrivant dans le cadre d’un projet artistique trans-média.

Avec cette bande dessinée, ce qui attire l’œil immédiatement, c’est ce graphisme très séduisant, tout en souplesse et en rondeur, étayé par une colorisation chaude aux tonalités tirant sur le marron. Le tout dégage une beauté à la fois sombre et lumineuse, reflétant parfaitement ce vaste continent qui fascine et fait peur en même temps, car profondément enraciné dans le culte des ancêtres et des croyances surnaturelles, où la vie est intimement liée à la mort.

Avant tout illustrateur, ByMöko, dont c’est la première bande dessinée, semble avoir mis tout son cœur dans cette œuvre, on le sent par le soin apporté au dessin et ce souci du détail dont chaque case est empreinte. A travers plusieurs récits courts, on suit ce garçonnet dénommé Akou depuis l’enfance, au moment où il vient de perdre son grand-père, jusqu’au début de l’âge adulte, tandis qu’il s’apprête à devenir le chef du village. Une succession d’anecdotes mêlant humour et poésie résume le parcours initiatique de l’enfant, qui se construit grâce aux diverses expériences vécues dans son village.

ByMöko dit avoir écrit ces petites histoires comme s’il avait composé des textes de chansons, car c’est une autre occupation de l’auteur, un peu musicien à ses heures. L’homme se révèle ainsi être un touche-à-tout, curieux de tout, mais surtout de ce continent sur lequel il n’a, chose étonnante, jamais mis les pieds. Car l’Afrique le passionne sincèrement mais il la connaît davantage à travers la communauté africaine de France.

Ce qui est mis en scène par le biais de ces mini-fables, c’est une Afrique idéalisée et intemporelle, peut-être pas forcément réaliste, mais l’auteur, un rien candide, le reconnaît volontiers, il a puisé son inspiration dans les livres qu’il a emmagasinés, fasciné depuis longtemps par ce continent. Pour ce qui est des personnages, il s’est inspiré des amitiés africaines qu’il a nouées au fil des années. Pourtant, si ces histoires se déroulent en Afrique, elles possèdent le caractère universel des fables. Des fables légères qui distillent leur petite musique vibrante d’amour et de bienveillance.

Humaniste et bâtisseur de passerelles, ByMöko, trouvant les arts « trop souvent cloisonnés », a fait de cette BD un projet choral et polyartistique, avec notamment la participation de Abdou Diouri (photographe/webdesigner), de Semmy Demmou (photographe-vidéaste) et de Tismé (musicien/beatmaker) :
Le site : aupieddelafalaise.com
Le clip : vimeo.com/user64652547
Le EP 7 titres : vimeo.com/user64652547

Au pied de la falaise
Scénario & dessin : ByMöko
Editeur : Soleil
Collection : Noctambule
160 pages – 17,95 €
Parution : 31 mai 2017

Extrait p.1:

Autour du cercle, inlassablement, la scène se répète… Ici, tout n’est que parole, croire sans voir, vision noire. Les griots chantent pendant que les ombres, elles, dansent sur la terre sombre… Pleine, la lune guette… Et autour du feu, des cris de joie… le son des instruments résonne et sur le dos des mères, les petits dorment, bercés par le silence des tam-tams. La nuit tombe comme un voile blanc… Aujourd’hui, mon grand-père est mort…

[On voit Akou en train de pleurer]

– Aïïïe !!! Mais maman, tu m’as giflé !
– Imbécile ! Pourquoi est-ce que tu pleures ?! Il n’y a que toi de triste, ici… Arrête ça ! Akou… La vie, c’est la mort, et inversement. Sèche tes larmes et tâche de lui faire honneur si tu veux qu’elle t’accompagne dans tes choix…

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Dans l’amer de nos déserts

Fables amères © 2010 Christophe Chabouté ( Vent d’Ouest)

Ce recueil comporte onze petites histoires du quotidien, onze tranches de vie insignifiantes en apparence mais qui en disent long sur l’état de nos sociétés modernes. A travers ces saynètes si anecdotiques que chacun pourrait avoir l’impression de les avoir vécues, sont illustrées plusieurs des tares de nos modes de vie urbains : incommunicabilité, solitude, indifférence, égoïsme, perte des racines…

C’est avec cet ouvrage que j’ai fait connaissance avec Chabouté et je dois dire que j’ai plutôt bien accroché. Si ces onze historiettes se lisent presque trop vite, ça ne m’a pas empêché d’être interpelé par le talent de cet auteur. Tout d’abord, j’aime beaucoup son utilisation du noir et blanc qu’il applique à merveille à ces formes accidentées et ces visages qu’on dirait cabossés par la vie. Il y a quelque chose de très visuel où le texte est rare (ce qui explique aussi pourquoi ça se lit vite) avec un cadrage très réussi car particulièrement évocateur. Un gros plan sur une main, sur un regard, sur une boîte de cassoulet vide, de « tout petits riens » qui disent tout… A noter aussi l’absence de titre pour chaque histoire, un parti pris qui efface toute rupture car finalement ces anecdotes parlent toutes de la même chose, de l’absence de « liens » dans notre monde moderne justement… Le tout est fait avec beaucoup de sensibilité et d’humanité, mêlé à une dose d’humour acide qui fait que l’on ne rit pas vraiment mais évite de plomber le propos. Ces petites histoires sont toujours cruelles et montrent ce que des paroles ou des gestes anodins peuvent avoir de blessant… [mars 2013]

Fables amères – De tout petits riens
Scénario & dessin : Christophe Chabouté
Editeur : Vents d’Ouest
102 pages – 12,25 €
Parution : 17 mars 2010

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La force d’un regard contre l’autisme

Les petites victoires © 2017 Yvon Roy (Rue de Sèvres)

Marc vient d’avoir son premier fils, ce qui fait de lui un père comblé. Mais Olivier grandit et ses parents se rendent compte que quelque chose cloche. Tel un éclair dans un ciel d’azur, le diagnostic tombe : Olivier est autiste. Une fois encaissé le choc, Marc va devoir gérer le handicap de son fils en tentant de l’extirper du monde dans lequel il semble enfermé. Leur couple n’y survivra pas, mais il a conservé avec son ex-femme une bonne relation, ce qui va leur permettre de conjurer les certitudes du milieu médical à coup de « petites victoires »…

Julie Dachez nous l’avait expliqué dans La Différence invisible, paru il y a un an chez Delcourt, l’autisme peut recouvrir plusieurs formes. Elle-même décrivait de façon « humoristique » le syndrome Asperger dont elle était atteinte. De la même façon, Yvon Roy a choisi de traiter ce récit autobiographique sur un mode léger et sans pathos, alors que contrairement à Julie Dachez, l’autisme de son fils était beaucoup plus aigu au départ, menaçant gravement son équilibre psychologique et par ricochet son adaptation sociale.

Avec sobriété et une certaine dose de poésie, l’auteur québécois nous narre son expérience en évitant l’auto-apitoiement, ce qui est déjà fort appréciable. En outre, son témoignage va à l’encontre de tous les clichés sur l’autisme, démystifiant gentiment les méthodes éducatives prétendument adaptées du milieu socio-médical.

A force d’abnégation et de courage – et il en fallait pour affronter les crises récurrentes de son fils -, le père, refusant de se résigner, réussit progressivement à briser, avec son intuition créative, la cage de verre dans laquelle la chair de sa chair semblait devoir être cloitrée à vie. Son récit pourrait fort bien faire référence et redonner espoir à tous les parents dans le même cas. C’est magnifiquement raconté, les personnages et les situations sont justes. Petit à petit, on voit Olivier prendre goût à la vie, et parallèlement le redonner à son père, plus vivant que jamais, ravi d’apprécier enfin une complicité inattendue avec ce fils différent et néanmoins attachant. Le dessin, sobre et délicat, traduit bien l’état d’esprit du narrateur.

Les petites victoires constituent un récit revigorant, une admirable leçon de vie qui prouve qu’il n’y jamais de fatalité face à ce type de situation, et par la même occasion, nous fait relativiser, nous les « bien-portants », nos petits tracas du quotidien.

Les petites victoires
Scénario & dessin : Yvon Roy
Editeur : Rue de Sèvres
160 pages – 17 €
Parution : 10 mai 2017

 

Extrait p.95 :

Le temps passe. La rentrée d’Olivier à l’Étincelle a beaucoup changé les choses. Il progresse bien. On travaille tous dans la même direction, mais pas toujours avec les mêmes méthodes. Je continue dans ma voie. Je sens que la combinaison des deux approches pourrait être gagnante.

Il y a tant à apprendre sur l’autisme… Une chose est certaine : plus Olivier arrive à me regarder dans le yeux, et plus les autres interventions sont efficaces. C’est comme un déclencheur. Les yeux. Les yeux. Les yeux.

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Avant d’aller au talus…

Ralentir © 2017 Alexis Horellou & Delphine Le Lay (Le Lombard)

Lorsque David, citadin pressé et très investi dans son métier de commercial, va prendre en stop Emma, aux convictions et au mode de vie à l’opposé des siennes, il ne se doute pas encore des conséquences que cette rencontre aura dans sa vie. Avec le concours du hasard, la jeune femme va l’entraîner sur des chemins de traverse qui vont remettre en cause ses ambitions professionnelles et l’offre de promotion que vient de lui faire sa hiérarchie.

Ralentir, dans un monde qui nous pousse à aller toujours plus vite, à être plus performant, à viser toujours plus haut, ça n’est pas si simple. La crainte d’être mis hors circuit est quelque chose de bien compris par la « matrice productiviste » conçue pour nous conduire par foules entières vers un monde aussi accueillant et lumineux qu’une publicité pour les assurances… Et gare à qui s’aviserait de quitter le troupeau ! Dans cette histoire, le VRP David, bien qu’épuisé par son métier, est prêt à se mettre « en marche » en acceptant une promotion de sa direction. Mais un enchaînement d’événements va concourir à provoquer un déclic chez ce dernier. Tout d’abord, la rencontre inopinée d’Emma qu’il va prendre à son bord, puis l’accident de voiture mortel sous leurs yeux d’un homme qui n’a pas pu « ralentir » à temps, et enfin un arrêt obligé d’une nuit (en raison des conditions météo) dans une communauté d’altermondialistes bons vivants… et quelque peu « déconnectés »… autant de hasards qui vont le conduire à s’interroger sur ses choix professionnels…

Après Plogoff et 100 Maisons, Delphine Le Lay et Alexis Horellou creusent leur sillon social avec leurs histoires sans prétention, dans un esprit militant empreint de bienveillance, sans volonté de culpabiliser. Avec eux, un autre monde est possible, mais c’est par l’exemple et non les grands discours que le monde changera, et Ralentir en est la parfaite illustration. On pourra toujours arguer que la psychologie des personnages, si attachants soient-ils, reste schématique, mais Delphine Le Lay a choisi de privilégier l’axe politique plutôt qu’intimiste. Il n’en reste pas moins que ce récit dégage une grande humanité, que Horellou, avec son trait semi-réaliste, parvient à faire ressortir à travers les physionomies, les attitudes et les cadrages.

Ralentir aurait pu avoir comme sous-titre Carpe Diem. En effet, cette œuvre nous invite à suspendre le temps qui passe et à nous interroger sur notre mode de vie, nous, glorieux représentants de l’homo-technologicus, habitués de plus en plus à satisfaire nos désirs en un clic, et donc de moins en moins enclins à s’interroger voire à se remettre en question. Le progrès est une chose magnifique, mais qui a toujours exigé la monnaie de sa pièce. Quelle sera-t-elle dans les années qui viennent, étant donné que le progrès en question semble suivre une courbe exponentielle ? Ne faudrait-il pas ralentir, à défaut de s’arrêter, et réfléchir un instant ? Il va sans dire que dans une tendance globale à l’individualisme cynique et au « toujours plus », le récit du duo (et néanmoins couple) Le Lay/Horellou est rafraichissant dans sa simplicité et sa générosité d’âme.

Laurent Proudhon

Ralentir
Scénario : Delphine Le Lay
Dessin : Alexis Horellou
Editeur : Le Lombard
104 pages – 16,45 €
Parution : 24 mars 2017

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Extrait p. 74 :
– Et depuis votre retraite, vous vivez ici, coupés du monde…
– Pourquoi coupés du monde ? Parce que nous n’avons pas Internet ?
– Non, je ne sais pas… je disais ça comme ça. Vous êtes dans un endroit un peu isolé et… et oui, effectivement, vous n’avez pas trop de moyens de communication…
– Ha ha ! C’est exactement ça : j’en ai pas trop ! Juste ce qu’il faut : un téléphone. Après je suis pas réfractaire, hein… Internet, c’est vachement bien. Et malgré les apparences, on s’en sert régulièrement. Ne serait-ce que pour prendre des nouvelles de notre fille, qui est en Finlande pour ses études. Et puis on y trouve aussi tout un tas de renseignements super-utiles pour notre activité. C’est juste qu’on a une seule connexion pour tout le hameau. Mais c’est un choix.

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