Du pif pour le pif !

Le Vendangeur de Paname – Frédéric Bagères & David François

Le Vendangeur de Paname © Frédéric Bagères & David François (Delcourt)

Une enquête policière en forme de farce dans le Paname de la Belle époque, par un duo d’inspecteurs loosers nés que tout sépare mais qui trouveront un terrain d’entente grâce à la boutanche !

Paris, 1912. Une série de meurtres survient brutalement, meurtres dont l’auteur signe chacun d’eux par une sorte de devinette, laissant d’étranges indices sur les lieux mêmes du crime. C’est un duo improbable de flics, l’un porté sur la boutanche et l’autre, fils pistonné de ministre, qui va se mettre en quête de l’assassin, celui-ci semblant bien décidé à ridiculiser la police française.

Dotée d’une très belle et ingénieuse couverture (avec une entrée de métro Guimard assaillie par la vigne), voilà une BD qui sent bon le Paris de la Belle époque, celui d’une époque encore « insouciante », deux ans avant la « grande boucherie » de 1914 qui allait radicalement changer la donne. Les auteurs nous emmènent ainsi dans le Paname populaire des estaminets et des maisons closes. Avec comme point central le mythique Quai des Orfèvres, on écume les trottoirs parisiens jusqu’aux chais de Bercy (transformés aujourd’hui en galerie marchande) ou chez Chartier, le célèbre restaurant dont la renommée est telle qu’il est devenu de nos jours une destination prisée des touristes. Et il est vrai qu’il est beaucoup question de pinard, comme le titre le laisse entendre…

C’est donc avec un certain amusement que l’on suit ces deux inspecteurs mener leur enquête peu ordinaire, l’un surnommé « l’Ecluse » à cause de son goût immodéré pour le vin, et l’autre « la Bloseille », frais émoulu de l’Ecole de police où il ne s’est montré guère performant, pour être ensuite nommé au 36 grâce aux bons offices de son papa de ministre.

Ce qui ressort de l’histoire n’est pas tant l’intrigue, mais plutôt la farce derrière les assassinats, présentés comme des devinettes grinçantes dignes des Surréalistes (dont le mouvement allait exploser quelques années plus tard par rapport à l’époque où se déroulent les faits) et à vrai dire peu crédibles. Frédéric Bagères, dont c’est le premier scénario écrit pour la BD, s’est bien documenté pour ce qui est du contexte historique, mais le projet semble avoir été pour lui plus un prétexte à s’amuser et donner libre cours à son penchant pour l’écriture, en ayant recours à la gouaille parigote de l’époque – si ce n’est quelques expressions plus actuelles totalement assumées. Quant à David François, qui a travaillé principalement avec Régis Hautière, son dessin se révèle assez peu conventionnel : plus réaliste quand il s’agit de représenter les décors, il se fait plus mouvant en ce qui concerne les personnages, ondulant parfois vers une distorsion quasi-baconienne.

Le Vendangeur de Paname, sous-titré Une enquête de l’Ecluse et la Bloseille, pourrait suggérer qu’il s’agit de premier épisode d’une nouvelle série. Cela ne semble pas d’actualité, mais gageons que Delcourt table sur un bon accueil public pour décider de prolonger les aventures de ces drôles de flics. Quoiqu’il en soit, cette enquête, qui pourra rappeler aux plus âgés une série TV des années 70 bien française, Les Brigades du Tigre, ne manque pas de charme et pourra séduire aussi les amateurs d’argot façon Audiard.

Le Vendangeur de Paname – Une enquête de l’Ecluse et la Bloseille
Scénario : Frédéric Bagères
Dessin : David François
Editeur : Delcourt
64 pages – 15,50 €
Parution : 24 janvier 2018

Extrait p.37 – Discussion entre les inspecteurs « l’Ecluse » et « la Bloseille » et le préposé aux pièces à conviction :

« Ah ! Vous voilà ! Bon, accordons nos violons. J’ai ici tous les éléments de tous les meurtres du tueur en série.
— Je connais ça…
— Oui, une pièce à conviction sur l’affaire du « Barbe-Bleue de Gambetta » qui étranglait ses victimes.
— Et ça ?
— C’est Charlotte, une balle retrouvée dans une baignoire sur une scène de meurtre.
— Vous donnez des noms aux munitions ?
— Oui. Et comme les tempêtes, les balles portent des noms féminins.
— Comme elle s’appelait, la fusante qui a mis fin à la carrière de l’inspecteur Victor Maquis ?
— C’était une sacrée fausse note, celle-là. C’est toujours moche, le requiem d’un collègue. Cette balle avait tué un innocent. L’enquête révéla une grosse bavure, une balle perdue.
— Vous vous souvenez de son nom ?
— Non, je ne me souviens plus du nom de la balle perdue… »

Le Vendangeur de Paname – Frédéric Bagères & David François

Le Vendangeur de Paname © Frédéric Bagères & David François (Delcourt)

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Benjamin Lacombe : « La lecture est un loisir nécessaire, c’est celui qui éveille le plus l’esprit, qui pousse le plus à la réflexion. »

Présent au festival d’Angoulême, Benjamin Lacombe nous parle de son dernier livre, Carmen (d’après la nouvelle de Prosper Mérimée et publié aux Editions Soleil), mais aussi de ses projets. Davantage tourné vers l’illustration que la BD, cet artiste est aujourd’hui reconnu à travers le monde et expose régulièrement dans les galeries d’art des grandes capitales. Lire la suite

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José Bové n’est pas une marchandise !

Il faut tuer José Bové - Jul

Il faut tuer José Bové © 2005 Jul (Albin Michel)

José Bové vient d’interdire à un fabricant de poupées de fabriquer une effigie à son image. Et tout ça parce qu’il prétend ne pas être une marchandise ! Trop, c’est trop ! Le grand marché doit s’unir pour éliminer à jamais le révolutionnaire écolo à moustaches démonteur de McDo ! Après tout, on a bien vendu la poupée Che Guevara, la poupée Jean-Paul II et la Barbie afghane, et personne n’en avait fait tout un plat ! Mais attention ça ne sera pas si facile de, car le dangereux syndicaliste paysan et sa bouffarde sont sous la protection permanente de ses fidèles brebis entraînées aux techniques du close combat !

D’emblée, je vais être clair. J’aime bien Jul en tant que dessinateur satirique dans Charlie Hebdo ou d’autres magazines. Je l’apprécie moins en tant que bédéaste. Tout au moins pour cette première BD. Je sais qu’il en a fait d’autres depuis que je n’ai pas encore lues. J’espère qu’il s’est amélioré parce que celle-ci, sans être mauvaise, n’est franchement pas ce qu’on peut appeler une réussite. Déjà, je ne suis pas franchement fan du trait, plus adapté au dessin de presse. On aurait donc pu espérer que l’accent soit mis sur le scénario. Las ! Celui-ci, qui part un peu dans tous les sens, aurait sans doute mérité d’être un peu plus travaillé.

C’est pourtant assez drôle, caustique souvent, les patrons comme les écolos en prennent pour leur grade, les thèmes sont plus ou moins d’actualité (plus du tout pour le clonage raélien !) et il y a quelques trouvailles (notamment le passage où apparaît au Forum social européen un Michael Moore égaré et hagard, obsédé par la bouffe, et puis ce clébard nommé Attac qui a du mal à s’y retrouver quand on lui dit « Couché, Attac !« , hilarant !…)… En somme il y a du potentiel, mais cela reste de l’ordre de l’anecdotique.

Ce qui évidemment ne m’empêche pas de penser (et croire) qu’un autre monde est possible… (déc. 2012)

Il faut tuer José Bové
Scénario & dessin : Jul
Editeur : Albin Michel
48 pages – 10 €
Parution : 12 janvier 2005

Il faut tuer José Bové - Jul

Il faut tuer José Bové © 2005 Jul (Albin Michel)

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En d’autres termes, la montagne est magnétique

L’Aimant © 2017 Lucas Harari (Sarbacane)

Fasciné par les thermes de Vals, un bâtiment conçu par l’architecte Peter Zumthor, un jeune étudiant parisien décide de se rendre dans les Alpes suisses pour vérifier de quoi il retourne. Cette quête très particulière va le mener sur des chemins étranges et insolites dont il ne peut soupçonner l’issue, car d’issue il n’y a point dès lors que la montagne vous engloutit…

L'Aimant – Lucas HarariIl est certains titres qui s’accordent si bien à l’œuvre que cela en est troublant. Tout d’abord, c’est le grand format qui retient l’attention mais surtout la reliure soignée avec son dos toilé. L’objet en lui-même semble exercer un certain magnétisme dès l’instant où on le feuillette. Grâce à sa colorisation trichromique et son graphisme « vintage », on est comme happé par cet univers singulier, à la croisée d’Hergé et de Charles Burns, fait de longues plages silencieuses et intrigantes.

De Hergé, on retrouve non seulement cette ligne claire et ce souci porté au réalisme des décors, mais également le personnage de Pierre qui évoque immédiatement Tintin, pas seulement dans l’aspect et la jeunesse mais aussi dans sa curiosité de détective et sa propension à se retrouver dans des situations périlleuses. En voyant Pierre sillonner les sombres dédales des thermes de Vals, dont la froide minéralité apparaît un rien menaçante une fois passée l’heure de fermeture, c’est l’image du reporter à la houpe qui se superpose, par exemple lorsque celui-ci arpente les labyrinthes de L’Île noire, à moins que ce ne soit ceux de la pyramide dans Les Cigares du pharaon… Et puis ces éléments mystérieux émaillant le récit, qui rapprocheraient plutôt L’Aimant de l’œuvre de Burns, tel ce Zippo, celui de Pierre, qui s’impose comme un objet-clé de l’histoire, mais cela on ne le comprendra qu’en toute fin de l’ouvrage. Et puis ces événements inexplicables, comme ce caillou projeté par une fenêtre du train où voyage Pierre, juste avant son arrivée à Vals, un caillou comme « aimanté » par le jeune homme, lancé ni d’on ne sait où ni par qui (la montagne ?).

Mais que donc cherche ce jeune étudiant, à coup de croquis savants, fortement attiré par ce bâtiment aux lignes si modernes et si pures qu’on finit nous-mêmes, en tant que lecteurs, par trouver fascinant ? Une porte dérobée sans doute, mais qui mènerait où ? Quant aux thermes, ils sont un personnage à eux seuls, comme doté d’une âme propre, formant avec Pierre et la montagne avoisinante une sorte de trio amoureux relié par une force irrépressible. Un trio dont la communication silencieuse semble inaccessible au commun des mortels, lequel peut au mieux déduire un lien évident avec la « pierre », représentée par ce mineral aux propriétés magnétiques, vraisemblablement contenu dans les entrailles de la montagne surplombant les thermes, elles-mêmes à moitié enfouies dans la terre. Et c’est peut-être bien, de façon consciente ou non chez son auteur, ce qui a inspiré le titre, car dans « aimant » il y a « aimer », et en amour il est toujours question d’attirance et de magnétisme…

C’est une bien belle découverte que cet auteur, dont c’est la première bande dessinée, et qui nous propose ici une promenade architecturale oscillant entre réalisme et onirisme, sur fond de légende locale. Même si le dénouement peut laisser une impression d’inachevé, Lucas Harari rentre incontestablement dans la caste des artistes à suivre dans le monde du neuvième art.

L’Aimant
Scénario & dessin : Lucas Harari
Editeur : Sarbacane
152 pages – 25 €
Parution : 23 août 2017

Extrait p.120-121 – Discussion entre Pierre et Ondine, après leur premier rapport amoureux :

« La montagne… Elle se découpe tellement parfaitement sur le ciel noir qu’on a l’impression que la lumière vient d’elle… comme si elle était vivante…
— Pourquoi t’es là, Pierre ?
— Pourquoi je suis là ?
— Oui pourquoi ? Tu n’es pas ici juste en touriste, comme tous les autres qui se trempent dans l’eau, font du ski, dépensent leur argent…
— Je suis venu pour… en fait… je n’sais pas exactement… Ça fait longtemps que je connais les thermes… je les ai étudiés dans tous les sens… j’ai lu des tonnes de trucs dessus… Je les ai dessinés mille fois sans jamais être rassasié… c’est comme si je… je les avais désirés plus que tout… comme si j’étais attiré par eux… Tu dois me prendre pour un taré…
— Non, vas-y, continue.
— Eh bien, je pensais que venir ici m’aiderait à exorciser ce… cette attirance… Tu vois… quant on a désiré trop longtemps quelque chose, souvent on est déçu quand on réussit à posséder l’objet de son désir… Et finalement, c’est encore mieux que ce que j’avais imaginé… Il y a les thermes, la montagne, mais aussi Testis, la légende et… Et toi… »

L’Aimant © 2017 Lucas Harari (Sarbacane)

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Testament salutaire et œuvre majeure d’un humaniste

Le Complot – L’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion (Will Eisner)

Le Complot – L’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion © 2005 Will Eisner (Grasset)

Will Eisner retrace l’histoire d’un ouvrage nuisible qui depuis 1901 a imprégné l’inconscient collectif mondial. Publiée peu de temps après sa mort, sa dernière œuvre explique comment, malgré les révélations – les premières émanant du Times en 1921 – selon lesquelles les Protocoles étaient un faux destiné à renforcer l’antisémitisme, le mythe a enflé et continue d’être publié aujourd’hui encore, en jouant sur les procédés complotistes les plus pernicieux et totalement dénués de bonne foi.

« Il se pourrait que Le Complot soit aux Protocoles ce que Maus fut à l’Holocauste » peut-on lire en dos de couverture. Il se pourrait, oui, mais malheureusement cette œuvre testamentaire du maître Eisner parue en 2005 n’a jusqu’à ce jour jamais eu l‘audience qu’elle méritait. Je suis moi-même assez frustré d’être complètement passé à côté lors de sa sortie. A vrai dire, je n’avais que vaguement entendu parler des fameux Protocoles sans m’y intéresser plus que ça. Mais l’auteur montre bien la grosseur des ficelles, de façon très méthodique, et avec le double talent de conteur et de dessinateur dont il sait faire preuve pour rendre captivant un sujet en apparence fastidieux.

Montés de toute pièce par la police secrète russe pour le Tsar qui souhaitait alimenter une haine anti-juive, les Protocoles des Sages de Sion ne sont en fait que le vulgaire plagiat du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, conversation imaginaire écrite par Maurice Joly en 1854 pour dénoncer indirectement le régime autoritaire de Napoléon III.

Cette sinistre farce aurait pu paraître drôle si elle n’avait pas inspiré Hitler quelques années plus tard, avec les conséquences dévastatrices que l’on sait. Le problème, c’est que le mythe continue à se diffuser et à se développer, notamment dans les pays arabes, étayé par la politique agressive d’Israël et l’influence des milieux juifs américains sur la politique US vis-à-vis du Proche-Orient, deux réalités parmi d’autres qui ne font qu’apporter de l’eau au moulin conspirationniste, comme l’avait fait en son temps la création du Conseil sioniste.

C’est une œuvre majeure et salutaire que nous a légué Will Eisner juste avant de tirer sa révérence, peut-être la plus emblématique parmi sa bibliographie. Passionné par son travail, ce fils d’immigré juif qui avait souffert de l’antisémitisme de ses camarades à l’école, savait utiliser son fantastique don d’observation pour casser les clichés sur ses pairs, ce qu’il a fait en particulier durant la seconde partie de sa carrière. Peu porté sur la religion mais fier de sa culture, il révèle dans Le Complot son ardent désir de vérité, guidé par l’humanisme un peu désabusé qui transparait dans ses romans graphiques.

Un grand merci, Monsieur Eisner, où que vous soyez ! (sept. 2014)

Le Complot – L’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion
Scénario & dessin :  Will Eisner
Editeur : Grasset
143 pages – 20,90 €
Parution : 2 novembre 2005

Le Complot – L’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion (Will Eisner)

Le Complot – L’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion © 2005 Will Eisner (Grasset)

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Le champ ou le blé : ZAD is ze question…

Les Vieux Fourneaux t.4 : La Magicienne © Lupano & Cauuet (Dargaud)

Ce tome 4, c’est un peu en résumé « David et Goliath » revisité à l’aune des combats d’aujourd’hui contre la toute-puissance de l’argent. « David », c’est une sauterelle rare et protégée, la Magicienne dentelée. « Goliath », c’est la firme Garan-Servier, en quelque sorte le « méchant » récurrent de la série. Et autour de ce bras de fer, nos remuants papys flingueurs aux opinions divergentes, jamais disposés à s’en laisser conter…

Le projet d’extension de la firme pharmaceutique Garan-Servier était pourtant bien parti, mais c’était sans compter sur un petit insecte menacé d’extinction au nom évocateur – et malicieux dans ce contexte : la Magicienne dentelée. Cette magicienne va à elle seule attirer un climat révolutionnaire dans le paisible village du Sud-ouest où réside Antoine, avec l’implantation d’une ZAD sous les fenêtres des bâtiments ultramodernes de la multinationale.

Malgré son passé de syndicaliste, Antoine apparaît ici comme la voix discordante, car il se réjouit curieusement du projet pharaonique de Garan-Servier, arguant que cela créerait des emplois dans la région et pestant contre ces « rastaquouères » de zadistes. Un prétexte des auteurs pour ne pas faire ressembler leurs « Vieux Fourneaux » à un porte voix de l’extrême-gauche tendance écolo ? A moins que cela ne soit qu’un simple parti pris objectif permettant de prendre en compte toutes les opinions… car en fin de compte, Antoine est un naïf qui reste attachant, convaincu comme beaucoup d’autres pourraient l’être, par le discours démagogique d’une entreprise cynique. Et les faits lui donneront bien évidemment tort…

Grâce au talent des deux auteurs, Paul Cauuet pour le pinceau et Wilfrid Lupano pour la plume, le lecteur aura droit à quelques trouvailles, tant graphiques que scénaristiques. Comme toujours, l’histoire est émaillée de « punchlines » truculentes qui sont un peu la marque de fabrique de la série. Le trait franquinien reste toujours aussi alerte, à l’image de nos héros octos bouillonnants, dont le plus excentrique reste Pierrot, débarquant dans la ZAD telle un météore dans un vieil autobus bringuebalant, rempli de ses frères et sœurs d’armes, tous hauts en couleurs.

Ce volet évoque immanquablement une bataille de longue haleine – celle qui, hasard du calendrier, vient de prendre fin à Notre Dame des Landes. Et c’est bien le point fort de cette série vibrionnante, centrée autour de vieux briscards du troisième âge mais en prise directe avec l’actualité, qu’elle soit politique, économique, sociale ou technologique. Une série de son temps, comme son nom ne l’indique pas. Et tout en subversion habile sous une tonalité burlesque et bon enfant.

Les Vieux Fourneaux t.4 : La Magicienne
Scénario : Wilfrid Lupano
Dessin et couleurs : Paul Cauuet
Editeur : Dargaud
54 pages – 11,99 €
Parution : 10 Novembre 2017

Angoulême 2015 : Prix du public Cultura pour le tome 1 : Ceux qui restentlire la chronique
Prix Canal BD 2014 pour le tome 1
Prix Fnac Belgique 2015 pour le tome 1

Lire la chronique du tome 2
Lire la chronique du tome 3

Extrait tome 4 (p.13-14) : Discussion entre Sophie et un chasseur du village :

« Bonjour jolie voisine.
— Bonjour Monsieur Larquebuse.
— Vous avez vu ? On s’est chopé une ZAD…
— Ça alors, pour une surprise…
— Une catastrophe, vous voulez dire ! A la Fédération de chasse, on avait prévu une battue au sanglier, et le préfet ne veut plus, vu que le petit bois est farci d’écologistes. Et comme je suis le président de la section locale, mes opposants se servent de l’événement pour me fragiliser. Comme quoi j’aurais jamais dû accepter, mais que je file droit devant le préfet parce que ma nièce travaille à la préfecture. Une motion est en cours pour me destituer.
— La vache, ça a l’air violent, la Fédération de chasse.
— Si vous saviez !!! Vous connaissez Guimauve Frombze ?
— Gui comment ?
— Guimauve Frombze. La série télé… avec les dragons !
— Qu… ? Ah ! Game of Thrones ?
— Oui, c’est ça, Guimauve Frombze. Eh ben, c’est de la gnognotte à côté des luttes de pouvoirs à la Fédération départementale de chasse. »

Les Vieux Fourneaux t.4 : La Magicienne © Lupano & Cauuet (Dargaud)

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Berthe, c’est du brutal !

Les Vieux Fourneaux t.3 : Celui qui part – Lupano & Cauuet

Les Vieux Fourneaux t.3 : Celui qui part © Lupano & Cauuet (Dargaud)

Dès l’introduction, on comprend vite que nos vieux briscards n’ont pas l’intention de rendre les armes de leurs jeunes années rebelles ! Ils seraient même là pour durer, et plutôt que de briser leur pipe, ils semblent bien déterminés à la fumer jusqu’au bout… Ce tome 3 commence avec l’interpellation de Pierrot, affublé d’un magnifique costume d’abeille, alors qu’il vient de commettre avec ses potes un « attentat au miel » contre les producteurs de pesticides…

Pourtant, la roue tourne et nos vioques préférés, qui se plaisent souvent à donner des leçons, vont à leur tour en recevoir une de la nièce d’Antoine, et pas piquée des vers, en particulier ceux qui les attendent avec impatience au fond du trou pour une joyeuse ripaille… Et c’est d’une vieille voisine recluse et bougonne que viendra la tempête, un « ange de la vengeance » dénommée Berthe. Par la voix de la nièce qui a sympathisé avec cette dernière, on apprendra que les trois vieux copains sont loin d’être des enfants de chœur et n’ont pas toujours été héroïques comme pourrait le laisser penser la BD depuis le premier tome… Sophie, en marionnettiste de profession, va leur rafraîchir la mémoire en leur contant cet épisode peu glorieux du village dont ils furent les principaux protagonistes durant la seconde guerre mondiale…

Pour ce troisième volet, c’est donc un sujet grave (les représailles post-collaboration) qui est abordé mais le ton humoristique reste le même, preuve que l’on peut discuter de tout sans imposer pour autant une chape de plomb comme le voudrait la bienséance. Et c’est entre autres sur ce point précis qu’on perçoit l’intelligence des auteurs, qui parviennent à inclure un sujet sérieux dans un cadre burlesque sans en retirer la portée morale. A ce titre, la scène finale est très parlante.

Les Vieux Fourneaux t.3 : Celui qui part
Scénario : Wilfrid Lupano
Dessin et couleurs : Paul Cauuet
Editeur : Dargaud
54 pages – 11,99 €
Parution : 13 Novembre 2015

Angoulême 2015 : Prix du public Cultura pour le tome 1 : Ceux qui restentlire la chronique
Prix Canal BD 2014 pour le tome 1
Prix Fnac Belgique 2015 pour le tome 1

⇒ Lire la chronique du tome 2
Lire la chronique du tome 4

Extrait tome 3 (p27-28) – Echange entre Sophie et Pierrot :

« Je voulais te demander : tu le connais bien, toi, mon père ?
— Ton p… ?! Euh, ma foi, euh, pas plus que ça. Pourquoi ?
— Pour savoir. Je le connais pas tellement, moi non plus, alors je cherche des témoignages… Mais c’était pour causer, hein…
— Il a un truc en travers de la gargagnole, ton paternel. Quelque chose qu’est pas passé. Quand il était petiot, c’était un amour, et puis, à l’adolescence, c’est devenu une sorte d’Attila en baskets.
— Mamie m’a raconté, un peu. Mais elle m’a pas dit pourquoi il avait changé.
— Mais parce que personne ne sait ! Après, quand il a eu 17 ans, il nous a traité de « vieux cons de gauchos préhistoriques », ton grand-père et moi, ce qui a mis un terme à nos rapports. Ouais. Qu’il dise ça à ton grand-père, passe encore : c’est vraiment un vieux con de gaucho préhistorique ! Mais à moi, qui ai une pensée politique beaucoup plus fine, franchement, c’est exagéré, non ?
— Ha ha ha !
— C’est vrai ! Politiquement, ton grand-père, il dit que des âneries du matin au soir ! Alors l’hiver, encore, ça va, les journées sont courtes… »

Les Vieux Fourneaux t.3 : Celui qui part – Lupano & Cauuet

Les Vieux Fourneaux t.3 : Celui qui part © Lupano & Cauuet (Dargaud)

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