Nuit noire sur Haarlem

L’Attentat © 2020 Harry Mulisch & Milan Hulsing (La Boîte à Bulles)

En adaptant en BD le chef-d’œuvre d’Harry Mulisch, Milan Hulsing nous fait revivre cette période sombre que fut l’occupation nazie aux Pays-Bas. Dommage que la narration soit un peu en décalage avec un graphisme éblouissant.

Anton, médecin, a une vie confortable et épanouie. Le jour où il revient dans le quartier de son enfance à Haarlem, des éléments de son passé qu’il avait tenté d’occulter vont ressurgir et ébranler son apparente quiétude. Au gré des rencontres, il va être conduit à revivre cette tragique nuit de janvier 1945 où ses parents et son frère aîné furent assassinés et leur maison brûlée par l’occupant nazi, laissant Anton seul survivant. Avant de comprendre ce qui s’est vraiment passé ce jour-là, il sera confronté à la culpabilité et au ressentiment…

Avant même d’avoir entamé la lecture de L’Attentat, le lecteur sera saisi en le feuilletant par la grande beauté des planches, qui placent clairement cette bande dessinée en dehors des codes traditionnels du neuvième art. La démarche de Milan Hulsing le rapproche davantage d’une sorte d’impressionnisme où la réalité est intégrée dans un univers quasi onirique. L’auteur révèle ainsi sa maîtrise de la couleur en utilisant une large palette, même si la tonalité dominante reste entre le rouge et l’orange, exprimant sans doute le mieux l’atmosphère de tension et de violence liées au contexte. C’est à la fois sombre et chatoyant, et l’on ne peut être que subjugué par un tel talent. Au milieu de ce tourbillon polychrome aux associations sublimes, les formes apparaissent presque secondaires, les personnages deviennent des silhouettes diaphanes sous un trait en deçà de l’esquisse, comme aurait pu le faire un certain Jean Cocteau. Reste l’histoire, dont on a qu’une envie : vérifier si elle est à la hauteur…

A la base, L’Attentat est un roman de l’écrivain hollandais Harry Mulisch, mettant en scène un homme, Anton, conduit à se remémorer un passé sordide où ses parents et son frère furent assassinés par les Nazis, en représailles du meurtre par la Résistance d’un policier collaborateur. La malchance voulut que le cadavre soit retrouvé devant leur maison, et pour le bourreau occupant, cela suffisait à faire d’eux les coupables…

Cette histoire édifiante nous plonge dans l’absurdité et la cruauté d’une guerre ignoble, interrogeant de manière paradoxale le mécanisme pervers de la mémoire. En s’emparant du roman de son compatriote, Milan Hulsing tente de maintenir — et nous lui en savons gré — la mémoire de son pays, qui garde comme beaucoup d’autres les cicatrices d’une des périodes les plus noires de l’Histoire récente. On est toutefois obligé d’avouer que la lecture nous place face à un dilemme. Même si on suit le récit volontiers jusqu’au bout, force est de constater que celui-ci manque parfois de fluidité. Est-ce dû à la narration morcelée, faite de nombreux flashbacks ? Ou bien ne serait-ce pas tout simplement lié au dessin, qui, ayant les défauts de ses qualités, ne serait pas en adéquation avec ce type de récit ? L’aspect graphique, ainsi que décrit plus haut, tend à négliger les formes, et donc les visages, ne facilitant pas l’identification des personnages. S’ensuit une confusion que l’on ne peut que déplorer, et qui pose problème quand on est dans un registre proche de l’« enquête policière ».

Tout cela est forcément regrettable, et ne fait que réduire le livre à un très bel objet artistique. Ce qui aura le mérite de contenter ceux qui privilégient l’aspect visuel. Certes, on peut tout à fait prendre plaisir à entamer ce plaisant voyage à travers un monde fastueux de couleurs et de sensations. Mais Hulsing, en mettant ainsi en avant son brio, n’a-t-il pas pris le risque de s’éloigner du sujet central ? Dans ce cas, peut-être aurait-il fallu attacher davantage d’importance à la structure narrative…

L’Attentat
Scénario : Harry Mulisch
Dessin : Milan Hulsing
Editeur : La Boîte à bulles
176 pages – 13,95 €
Parution : 19 août 2020

L’Attentat © 2020 Harry Mulisch & Milan Hulsing (La Boîte à Bulles)

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Terreur d’outre-espace

La Couleur tombée du ciel © 2020 Gou Tanabe (Ki-oon)

Un siècle avant Alien, l’espace infini suscitait déjà une terreur sans nom… Le Japonais Gou Tanabe adapte en BD un autre classique du maître du fantastique horrifique, et c’est une incontestable réussite !

Lorsqu’un jeune ingénieur arrive dans la vallée d’Arkham pour y effectuer des relevés topographiques en vue de la construction d’un barrage, il découvre un terrain désolé où la végétation ne pousse plus, recouverte d’une couche de cendre grise. Tout cela ne semble pas naturel, comme si le lieu était frappé par une étrange malédiction. Serait-ce lié à la météorite qui s’est écrasée il y a quelque année juste à côté du puits de la famille Gardner, entraînant celle-ci dans un cortège de malheurs ?

Rares sont les œuvres de Howard Phillips Lovecraft, illustre pionnier de genre fantastique, qui ont bénéficié d’une adaptation réussie dans le neuvième art. En ce qui concerne l’auteur japonais Gou Tanabe, qui, avec La Couleur tombée du ciel, en est à sa troisième adaptation, on peut affirmer sans se tromper que son travail est à la hauteur de celui de l’écrivain américain. Respectant fidèlement la narration d’origine, Tanabe rend un hommage digne de ce nom à l’auteur du mythe de Cthulhu.

Graphiquement, c’est du grand art. Le dessin sombre et réaliste, en noir et blanc, s’accorde parfaitement bien au scénario, axé principalement sur la descente aux enfers des Gardner, une famille de paysans qui vivait tranquillement jusqu’à ce qu’une météorite s’abatte près de leur maison. Gou Tanabe semblerait presque avoir fusionné spirituellement avec Lovecraft, tant la dimension intemporelle de la bande dessinée est frappante. Non dénué d’un certain académisme, le trait est assuré et d’une grande finesse, se déployant avec talent dans plusieurs scènes spectaculaires. Tanabe sait très bien exprimer l’horreur propre aux romans de Lovecraft, suscitant ce sentiment chez le lecteur par un cadrage serré des regards apeurés sous des ombres menaçantes.

D’aucuns, c’est certain, pourront reprocher à l’auteur de s’être limité à un copier-coller par rapport au récit originel. Pourtant, le dessin, tellement admirable, parvient à magnifier l’œuvre du maître sans la dénaturer, savant dosage entre modestie et vénération. On pense un peu à la récente adaptation de Dracula par Bess, qui relève de la même démarche. Enfin, on ne manquera pas de saluer le formidable travail éditorial des Ki-oon, avec cette reliure souple en similicuir gravé.

La Couleur tombée du ciel
D’après l’œuvre de H.P. Lovecraft
Scénario : Gou Tanabe
Dessin : Gou Tanabe
Editeur : Ki-oon
192 pages – 15 €
Parution : 5 mars 2020

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Le Far West très à l’ouest

Calfboy 2 © 2020 Rémi Farnos (La Pastèque)

Contre toute attente, La Pastèque publie la suite de Calfboy, un titre qui nous avait surpris par son originalité graphique. Malheureusement, ce follow-up peine à convaincre…

Voici donc le deuxième volet des aventures de ces deux cowboys improbables sur leur canasson… Cette fois, Chris est déterminé à reprendre les recherches pour retrouver le butin que son frère Burt a enterré, un soir de beuverie, sans se souvenir précisément de l’endroit… Comme on peut s’en douter, un album qui nous réserve son lot de loufoqueries et de rebondissements…

Une suite à Calfboy ? Etait-ce bien raisonnable ? Contre toute attente, La Pastèque a accordé à son auteur, Rémi Farnos, l’opportunité de faire vivre ses personnages Burt et Chris dans une seconde aventure.

On appréciera toujours la mise en page originale, qui est clairement le point fort de Calfboy. Cette façon très ludique de découper un paysage en gaufrier et d’y faire évoluer les personnages est devenue ici une véritable marque de fabrique, quand bien même elle est utilisée avec parcimonie. Le trait simple et rond de Rémi Farnos est toujours plaisant, malgré le peu d’intérêt accordé aux personnages, toujours filiformes, en mode « patte de mouches », ne faisant jamais l’objet de plans serrés. Et après tout, leur psychologie passe au second plan derrière la physionomie humoristique de l’objet. Psychologie plus que simpliste, puisqu’elle se résume pour les deux frères gangsters à 50 % de crétinisme et 50 % d’alcoolisme.

Si l’on avait été amusé dans la première partie, fallait-il nécessairement prolonger les élucubrations de nos deux héros bancals, a fortiori quand l’effet de surprise concernant l’originalité de la mise en page est passé ? Sur le plan du scénario, Calfboy 2 n’apporte pas grand-chose par rapport au premier volet, et au final, on a un peu l’impression de lire la même histoire, sans que les gags et l’humour, décalés mais quelque peu répétitifs, ne soient si convaincants. C’est un peu regrettable, parce que Remi Farnos possède un vrai potentiel créatif (j’ai eu l’occasion de le dire lors de la critique du premier volet), mais malheureusement il n’a pas su vraiment nous surprendre ici. Cette suite ne nous permet même pas de nous attacher aux personnages, y compris les deux protagonistes principaux (les deux frères Chris et Burt) qui semblent interchangeables. Ce manque de différenciation tient en grande partie à la représentation ultra-minimaliste des visages.

On peut comprendre en fin d’ouvrage — cela est indiqué clairement cette fois — qu’un troisième tome est en vue. Tant mieux pour Farnos, mais s’il s’agit de la conclusion d’une trilogie, on ose espérer que l’auteur redressera la barre, pour nous faire quelque chose de plus punchy, afin que ces « calfboys » ne finissent pas assassinés par leur propre ombre…

Calfboy 2
Scénario & dessin : Rémi Farnos
Editeur : La Pastèque
72 pages – 18 €
Parution : 5 juin 2020

Calfboy 2 © 2020 Rémi Farnos (La Pastèque)

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Street Art et (r)évolution

L’Éveil © 2020 Vincent Zabus & Thomas Campi (Delcourt)

Quand le monde paraît terrifiant et qu’on se sent impuissant, existe-t-il une alternative ? Cette BD pleine de finesse nous montre que peut-être, le salut est dans l’art, un art qui bouscule et éveille les consciences…

Bruxelles, 2016. Arthur, trentenaire, n’est pas au top de sa forme. Célibataire névrosé, angoissé chronique, hypocondriaque patenté, il se sent vulnérable et ne parvient pas à trouver de sens à sa vie, perturbé par la moindre contrariété. De plus, il est régulièrement victime d’hallucinations qui le mettent en état de panique. Errant seul dans les rues bruxelloises, il croit percevoir des signes inquiétants, comme si un monstre était à sa poursuite… Cette jeune femme qui vient à sa rencontre, alors qu’il vient d’échapper de justesse à une chute de branche d’arbre, serait-elle sa planche de salut ?

Difficile de ne pas tomber sous le charme de cette BD à la belle couverture intrigante qu’est L’Éveil. Son atmosphère ouatée, oscillant entre rêve et réalité, achève de nous séduire, correspondant bien à l’univers d’Arthur, grand garçon pas fini qui redoute d’affronter un monde où il ne se sent pas à sa place. Il y a d’abord ses mains qui le picotent, puis se détachent de son corps pour tenter de l’étrangler, comme si ces dernières voulaient vivre leur vie en s’affranchissant de ce personnage encombrant, tourmenté et centré sur lui-même. Et ça ne fait que renforcer son angoisse, à Arthur. Pour ce trentenaire célibataire renfermé (et non endurci), le seul confident, c’est lui-même, cet enfant qui n’a pas su grandir, et qui finit par avoir des hallucinations à force de déni. Alors que sa seule occupation un peu altruiste consiste à visiter des malades dans un service de soins palliatifs, on se demande si ce n’est pas lui qui est au bout de sa vie… Mais un beau jour, alors qu’il croit frôler la mort, apparaît la jolie Sandrine — à moins qu’il ne s’agisse d’un ange —, qui va le ramener tout doucement à la réalité, apportant un début de réponse à ses hallucinations… Car Sandrine, c’est une artiste militante, qui pense pouvoir changer le monde par son action : faire croire aux passants qu’un monstre, en l’occurrence un dinosaure, menace de détruire la ville, tel un reflet d’un monde anxiogène où populisme et haine de l’autre semblent avoir le vent en poupe. Comme une sale petite musique de fond, la radio diffuse des points réguliers sur la campagne présidentielle américaine (rappelons que l’action se situe en 2016), sans trop envisager une victoire de Trump…

Ce que veut Sandrine, c’est provoquer un choc par son street art militant : peindre des traces de griffes géantes sur les murs ou creuser de monstrueuses empreintes dans les parcs de la ville. Bref, Sandrine veut provoquer la réflexion, et par ricochet, ce fameux « éveil », l’éveil des consciences face aux soubresauts du monde… En la croisant sur son chemin, Arthur aura peut-être bien eu la chance de sa vie

L’Éveil © 2020 Vincent Zabus & Thomas Campi (Delcourt)

Le dessin léger de Thomas Cambi est plutôt agréable à l’œil, bénéficiant d’une très belle mise en couleur. Son trait semi-réaliste sait reproduire l’atmosphère engageante et intimiste de la capitale bruxelloise, avec ce qu’il faut de loufoquerie pour surprendre le lecteur tout au long du récit. L’esprit belge y est dépeint avec finesse, et quiconque a foulé les rues de Bruxelles le comprendra, de par l’ébahissement ressenti en voyant apparaître une fresque monumentale au détour d’une rue, comme si là-bas, dans ce foyer de la BD, le neuvième art cherchait à faire irruption dans la réalité.

Quant à l’histoire, elle se lit d’une traite en nous accrochant d’emblée, par sa façon particulière de jongler avec le fantastique et l’intime, nous réservant quelques moments touchants. Les personnages sont bien campés et on les trouve aisément attachants. En définitive, Vincent Zabus nous parle de résistance, d’empathie et de transmission, en croyant — peut-être naïvement — que l’art pourra changer le monde. On a pourtant envie d’y croire à cette prise de conscience collective, et on trouve ça très beau. Toutefois, on pourra regretter que le récit n’évoque jamais les conséquences concrètes d’une telle forme d’art, par exemple en montrant comment une telle action pourrait influer sur le cours des événements autrement que par un sampling militant à travers le monde. Zabus n’a peut-être pas voulu être trop explicite, laissant la place à l’imagination et aux suppositions, au risque de nous laisser sur notre faim…Mais ce n’est sans doute pas l’objet du livre, et après tout, personne n’a pu jusqu’ici affirmer que l’art pouvait changer le monde ou s’il se contentait de le refléter !

Il s’agit déjà de la cinquième collaboration entre Zabus et Campi pour une bande dessinée, et probablement pas la dernière étant donné l’osmose qui, à la lecture de l’ouvrage, se devine entre les deux auteurs. Loin de nous endormir, L’Éveil nous aura au moins révélé le pouvoir subversif de l’art, à défaut de nous prouver son influence réelle… et qui sait, suscitera peut-être des vocations…

L’Éveil
Scénario : Vincent Zabus
Dessin : Thomas Campi
Editeur : Delcourt
88 pages – 17,95 €
Parution : 10 juin 2020

Extrait p.56 – Lors d’une installation nocturne pour le moins audacieuse devant un commissariat de police, Sandrine prodigue quelques conseils à Arthur en matière d’art urbain :

Sandrine — Pour un street artist, la solution pour travailler discrètement n’est pas forcément de se cacher ! Il peut aussi détourner l’attention sur autre chose… Le plus efficace étant d’attirer le regard sur quelque chose qui banalise en apparence la situation. Camionnette, bande jaune et noir, pancarte de travaux, gilet fluo… Les meilleurs alliés du street artist ! Et le casque de sécurité ! Avec le casque, tu deviens une figure de l’autorité, celle de l’ouvrier qualifié ! Si des mecs passent, ils verront des travaux et ne chercheront pas plus loin…
Arthur — Et si des flics…
Sandrine — Surtout des flics ! Y a pas plus conditionné à se soumettre à l’autorité qu’un flic !

L’Éveil © 2020 Vincent Zabus & Thomas Campi (Delcourt)

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Old boys don’t cry…

L’Automne dans le pantalon © Ralf König (Glénat)

Qu’il est loin le temps des Village People, des boules à facettes et des libidos débridées. Les gays doivent désormais faire face aux affres de l’âge… Seul König pouvait nous faire rire sur un sujet pourtant… pas très gai…

Pour Paul, ça ne va pas fort… la cinquantaine approche à grand pas et menace son équilibre psychologique ! Comment faire pour affronter ce cap difficile qui plonge ce grand hypocondriaque en état de panique ? La perspective d’une baisse de sa libido accompagnée d’une invasion des poils blancs le terrifie littéralement, sans parler des maux à venir liés au vieillissement…. Conrad son compagnon, de dix ans son aîné, va devoir faire preuve de doigté pour lui remonter le moral tout en l’aidant à affronter la réalité…

On ne présente plus Ralf König, le « roi » teuton de BD gay, dont l’ensemble de la production évoque avec un humour et un dessin très bretécheriens les mœurs de la communauté homosexuelle, avec deux personnages récurrents : Conrad et Paul. Le couple est un cas d’école, faisant taire les clichés sur l’impossibilité d’une vie conjugale durable entre hommes, liée pour certains à leur supposée sexualité débridée… Et pourtant… si Paul est plus fortement porté sur les choses du sexe, irrésistiblement attiré par les mâles costauds et virils et donc littéralement incapable de modérer ses pratiques libertines, Conrad représente le pilier du couple, le confident compréhensif, plus intello et plus posé, plus âgé aussi mais surtout, amoureux de Paul comme au premier jour malgré les infidélités répétées de ce dernier. Malgré cela, ces messieurs viennent de franchir allégrement les trente ans de vie commune !

Trente ans, ça veut dire aussi que de l’eau a coulé sous les ponts et que les corps ont pris du plomb dans l’aile. Pour la plus grande terreur de Paul, qui imagine mal de voir basculer sa vie sexuelle sous un régime monacal, et refuse même de l’envisager une seule seconde… Hélas, les signes sont là et se multiplient, qu’il s’agisse des anciens compagnons de partouze devenus vieux et gras, ou des comportements méprisants des jeunes mâles arrogants… Paul, qui ne veut pas devenir un « pervers pépère », frise la déprime et quand on a un sexe à la place du cerveau, il est plus compliqué d’agir avec rationalité ! Heureusement, son vieux compagnon Conrad est là, et comme il l’a toujours fait, va l’accompagner dans cette phase cruelle et décisive de la vie à laquelle personne n’échappe…

L’Automne dans le pantalon © Ralf König (Glénat)

Le vieillissement et la déchéance sont globalement une tragédie humaine, qui n’amuse et ne rassure personne. Chacun cherche à ralentir le compte à rebours à sa manière, en espérant que les souffrances liés à la décrépitude seront les moins douloureuses possibles.

Avec ces chroniques sociales de la « sénioritude gay », on ne peut pas dire que König se soit renouvelé mais il n’a rien perdu de la verve comique qui a contribué à son succès. Si l’on dit que l’humour est la politesse du désespoir, l’auteur allemand applique l’adage à merveille en dédramatisant ici un sujet perturbant. L’hypocondrie de Paul reste le gimmick hilarant de cet album, qui atteint son point culminant par un bond temporel, où l’on voit Conrad et Paul dans une maison de retraite, ce dernier cherchant à booster sa virilité perdue en se procurant du viagra auprès d’un autre pensionnaire. Comme toujours, il y a ce côté reiserien assez trash dans le dessin, mais dans le cas présent, il y a en plus quelque chose de touchant dans le fait de voir ce couple vieillir et s’aimer malgré les années, résolu à rester épicurien jusqu’au bout… En fin d’ouvrage, Paul a survécu, n’a pas fait de TS ni de dépression, sans doute grâce à Conrad, et l’on en est ravis !

L’Automne dans le pantalon
Titre original : Herbst in der Hose
Scénario & dessin : Ralf König
Editeur : Glénat
176 pages – 25 €
Parution : 17 juin 2020

Extrait p.153 – Conrad se fâche contre Paul qui ne veut pas se voir vieillir et préfère surfer sur des sites de drague :

Conrad — Paul, tu nous gonfles avec ton andropause !!! Oui, on vieillit ! Regarde-moi, j’ai 64 ans !! Et alors !? C’est ça, vivre ! Ça ne glisse plus aussi facilement qu’avant et ça ne s’arrange pas ! Voilà pourquoi ton temps, c’est maintenant ! Remplis ta vie de contenus au lieu de compter tes cheveux gris en paniquant ! C’est comme ça, la vie freine de plus en plus ! Les limites sont connues, la déception remplace l’illusion, les surprises se font rares… Les jeunes crient à la nouveauté et nous, les vieux, on baille, parce qu’on connaît ! On est plus speed comme à 20 ou 30 ans, plus aussi puissants qu’à 40, mais le ralentissement a de bons côtés !
Paul — hm.
Conrad — C’est comme l’ICE* qui ralentit ! On a plus de temps pour admirer le paysage ! On sait ce qu’on veut encore visiter bientôt et ce qu’on laissera de côté, on réfléchit à d’où on vient et où on veut aller… à toutes les gares par lesquelles ont est déjà passés pour être là où on est ! Tel endroit était beau, on aimerait y retourner. Malheureusement, le train ne va jamais que de l’avant… Vers la fin du voyage, les ennuis techniques sérieux apparaissent et on entre dans l’obscurité du tunnel ! Dont personne ne sait s’il y aura encore une petite lumière au bout !
(silence)
Conrad — Ô mon pôvre ! Je parle comme un de ces guides de vie, là…
Paul, attristé — Au moins, tu t’en rends compte…

*TGV moins pressé (NdT)

L’Automne dans le pantalon © Ralf König (Glénat)

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Les prix Eisner 2020 : une cérémonie confinée

Le 24 juillet dernier a eu lieu la remise des Eisner Awards, dans le contexte très particulier de distanciation sociale. La cérémonie, qui s’est donc déroulée par écran interposé, a duré très exactement une heure.

L’événement était animé par Phil LaMarr, comédien plus habitué aux seconds rôles de cinéma et surtout connu aux USA pour l’émission à sketches Mad TV. Celui-ci a ainsi remis les prix dans 31 catégories. C’est l’administratrice des Eisner Awards Jackie Estrada, éditrice très impliquée dans le neuvième art, qui a ouvert et clôturé la cérémonie.

On notera que les autrices étaient plutôt bien représentées dans l’attribution des prix, certaines étant récompensées pour la seconde fois : Tillie Walden pour son roman graphique Are You Listening ? (Sur la route de West, Gallimard), après Spinning en 2018, ainsi que Mariko Tamaki pour Laura Dean Keeps Breaking Up with Me (Mes Ruptures avec Laura Dean, Rue de Sèvres), un beau récit sur l’adolescence. La scénariste canadienne avait elle reçu en 2015 le prix du roman graphique avec Cet été-là, écrit en collaboration avec sa cousine.

Dans une tonalité plus politique, l’événement a sans doute voulu marquer sa différence avec la présidence actuelle des USA en récompensant George Takei pour They Called Us Enemy (Nous étions les ennemis, Futuropolis), une autobiographie qui lui permet de revenir sur son enfance passée dans les camps d’internement américains. George Takei est principalement connu en France pour son rôle de Sulu dans la série Star Trek. Il est aussi, aux États-Unis, une figure pro-LGBT et anti Trump très actif (il est suivi par près de 9 millions de followers sur Facebook).

Emil Ferris, qui avait provoqué l’événement l’an dernier (et notamment à Angoulême) avec Moi ce que j’aime, c’est les monstres, a elle aussi reçu un prix pour la seconde fois pour cet ouvrage de 32 pages quelque peu hybride, publié à l’occasion du Free Comic Book Day, et évoquant les circonstances pénibles ayant mené à la création du monstrueux pavé. Ce titre, qui comprend également des histoires courtes ainsi qu’un tutoriel pour apprendre à dessiner… un monstre, n’a pas encore été publié en français et on ignore s’il le sera. Quant au tome 2, les fans devront patienter encore un peu…

Enfin, on termine avec le prix de la BD étrangère attribué à l’Espagnol Paco Roca pour La Maison, un récit délicat et touchant sur le deuil publié chez Delcourt en 2016.

Le palmarès du prix Will Eisner de l’industrie de la bande dessinée 2020

George Takei ; Emil Ferris ; Paco Roca ; Tillie Walden ; Mariko Tamaki ; Rosemary Valero-O’Connell

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Loin, si loin du Brésil

Les Intrépides © 2020 Andrea Campanella & Anthony Mazza (Ici Même)

Signée d’un duo italo-brésilien, cette chronique sociale douce-amère raconte la tragédie d’une famille, sur fond de football et de cinéma, et marque surtout par son plaisant graphisme vintage.

Sao Paulo, Brésil, 1950. Alors que les préparatifs pour la Coupe du monde de football battent leur plein, Jorge, cheminot, meurt brutalement dans un terrible accident ferroviaire. Luiz et sa sœur aînée Vera se retrouvent orphelins, sans le sou. La compagnie où travaillait leur père refuse de reconnaître ses responsabilités liées à des problèmes de maintenance. Leurs enfants pourront-ils faire face ?

Avec sa très belle couverture aux accents Art déco, l’ouvrage attire. Et lorsqu’on commence à feuilleter les premières pages, on découvre avec contentement le graphisme délicat et épuré du brésilien Anthony Mazza, vaguement rétro, aux tonalités à la fois chaudes et sombres, bien en phase avec cette histoire simple. Celle-ci, scénarisée par l’auteur italien Andrea Campanella, nous emmène dans le Brésil des années 50, avec quelques flashbacks dans l’Italie de la Deuxième Guerre. Davantage porté sur l’esthétisme d’ensemble, qui peut parfois rappeler les splendides publicités de Cassandre, le trait semble un peu moins assuré, voire un peu froid, dans la représentation des personnages qui parfois semblent quelque peu figés, mais l’ensemble reste agréable à regarder.

Si le pitch de départ flirte avec le mélo (la mort accidentelle de Jorge qui laisse ses enfants sans moyens de subsistance), le récit évolue vite vers d’autres thèmes tels que la xénophobie (envers les immigrés italiens fuyant la dictature de Mussolini) ou la lutte syndicale, mais tout cela reste finalement assez superficiel, parfois même un peu confus. On pourra néanmoins apprécier les quelques digressions sur le football ou le cinéma, les deux passions du jeune Luiz, ce qui donne lieu, par le biais du dessin de Mazza, à de charmantes évocations des films néoréalistes ou des westerns de l’époque.

En résumé, Les Intrépides ne manque pas d’attrait, mais malgré les qualités décrites plus haut, l’histoire, en s’effilochant au fil des pages dans de multiples directions, peine à marquer véritablement les esprits. C’est plutôt dommage, car l’ouvrage semblait remplir de nombreux critères pour susciter au premier abord l’empathie du lecteur.

Les Intrépides
Titre original : Senza Paura
Scénario : Andrea Campanella
Dessin : Anthony Mazza
Traduit de l’italien par Laurent Lombard
Editeur : Ici Même
120 pages – 22 €
Parution : 26 juin 2020

Extrait – p.114 : citation de Vinicius de Moraes :

« J’ai des amis qui ne savent pas à quel point ils sont mes amis. Ils ne se rendent pas compte de tout l’amour que j’ai pour eux ni combien j’ai besoin d’eux. Pour moi, l’amitié est un sentiment plus noble que l’amour.

Certains d’entre eux, je n’ai pas besoin de les voir. Il me suffit de savoir qu’ils existent. Cette simple condition m’encourage à continuer ma vie. On ne se fait pas un ami, on le reconnaît. »

Extrait – postface p.117 : Deux mots sur le titre italien, par Andrea Campanella :

Sem Medo (Sans peur) est une poésie de Vinicius de Moraes. J’étais enfant quand je l’ai entendue, sur un merveilleux disque d’Ornella Vanoni de 1976, justement avec Toquinho et Vinicius. J’adore la bossa nova et ses artistes révolutionnaires, aussi quand il m’a été proposé de travailler avec Anthony pour cette bande dessinée, j’ai tout de suite pensé à un titre qui renvoie à cette culture. J’ai choisi cette chanson parce qu’elle est un hymne à la vie, pour l’affronter toujours et quoi qu’il arrive. Elle me semble d’ailleurs faite pour les personnages de cette histoire.

Le danger existe, il fait partie du jeu
Mais ne sois pas triste, vivre c’est du feu
Vois si tu peux résister, et recommencer
Recommencer
Recommencer

Mais traverse la mort sans peur
Mais traverse l’obscurité sans peur
Mais traverse l’amour sans peur

Les Intrépides © 2020 Andrea Campanella & Anthony Mazza (Ici Même)

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Esprit de Lynch, es-tu là ?

Les Mystères de Hobtown – Tome 1 : L’Affaire des hommes disparus © 2020 Kris Bertin & Alexander Forbes (Pow Pow)

Entre littérature policière jeunesse et échappées lynchiennes, L’Affaire des hommes disparus est l’ouvrage le plus étrange de l’été. Par deux auteurs venus des terres mystérieuses qui virent grandir Stephen King…

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la petite ville de Hobtown. Des habitants disparaissent mystérieusement, tandis que les meurtres se succèdent sans que l’on parvienne à mettre la main sur l’assassin. Dana, une lycéenne passionnée d’enquêtes policières, va tenter avec ses amis de résoudre cette énigme qui empoisonne la vie de la cité paisible…

Paru en France au tout début de l’été, L’Affaire des hommes disparus est une sorte d’OVNI, concocté par deux jeunes auteurs, amis d’enfance ayant passé toute leur vie dans deux provinces canadiennes méconnues à l’est du Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Édités en version française par la jeune maison d’édition montréalaise Pow Pow, Alexander Forbes et Kris Bertin inaugurent avec ce récit policier insolite une trilogie intitulée Les Mystères de Hobtown, dont le second tome est déjà disponible pour le public anglophone.

C’est d’abord le graphisme qui interpellera le lecteur. En noir et blanc, à la fois détaillé et pourtant encore un peu vert, le dessin parvient à instaurer une ambiance très particulière en symbiose avec l’étrangeté de l’histoire. Le style hachuré se rapproche de la mouvance alternative US, ajoutant une note ombrageuse.

Située en Nouvelle-Écosse, la narration est assez touffue, et il faut bien l’avouer, parfois un brin laborieuse, que n’aide pas forcément la représentation des visages un peu relâchée. Pourtant, les auteurs réussissent à imposer un univers assez unique, aux limites du fantastique, qui pourrait se situer à la croisée du Club des cinq, de Stephen King (pas si étonnant quand on sait que la Nouvelle-Écosse jouxte le Maine !) et de Twin Peaks, et même de Charles Burns ou Daniel Clowes, pour ne citer que des références bédéesques.

L’Affaire des hommes disparus est assurément une histoire troublante, et en refermant le livre, on ne saura vraiment de quelle façon décrire ce que l’on a vu. Oscillant entre l’enquête policière et le cauchemar halluciné, Kris Bertin semble lui-même avoir hésité sur la direction à donner à sa narration, délaissant la structure au profit peut-être d’une trop grande improvisation. Mais la tension qui irrigue le récit permet en revanche d’aller jusqu’au bout des 300 pages, la conclusion laissant augurer d’une suite tout aussi mystérieuse… Pour les curieux et amateurs de David Lynch.

Les Mystères de Hobtown, tome 1 : L’Affaire des hommes disparus
Titre original : Hobtown Mystery Stories 1: The Case of the Missing Men (2017, Conundrum Press)
Scénario : Kris Bertin
Dessin : Alexander Forbes
Traduction : Alexandre Fontaine Rousseau
Editeur : Pow Pow
300 pages – 22 €
Parution : 19 juin 2020

Les Mystères de Hobtown – Tome 1 : L’Affaire des hommes disparus © 2020 Kris Bertin & Alexander Forbes (Pow Pow)

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Jeune et gay, on n’est jamais trop pédé…

Dans la peau d’un jeune homo © 2007 Hugues Barthe (Hachette Littératures)

En 2007, Hugues Barthe nous narrait avec humour son adolescence, avec en toile de fond un sujet pas si drôle : l’homosexualité chez les jeunes, pas toujours acceptée par l’entourage. Les choses ont-elles vraiment changé depuis cette époque ? Pas si sûr…

Hugo est un adolescent presque comme les autres, mais il préfère la compagnie des filles à celle de ses copains. Il ne se sent pas « folle-dingue » mais se retourne sur les garçons. Découvrir et assumer son homosexualité est une aventure extraordinaire… et périlleuse. Hugues Barthe nous la raconte en se souvenant de sa propre expérience.

Cette évocation de l’adolescence de l’auteur en train de découvrir son homosexualité est plutôt sympathique. Hugues Barthe a pris le parti de l’humour, évitant ainsi de tomber dans le pathos. L’auteur a eu la chance, il est vrai, d’être né dans un milieu relativement ouvert, même si sa mère, qui se voulait pourtant large d’esprit et avait même des amis gays, a persisté à nier l’évidence, confrontée à ses propres contradictions, jusqu’à ce que son fils soit obligé de lui dire à haute voix : « Maman, j’aime les garçons ». Celle-ci va mettre quelques temps à digérer la nouvelle, passant par des phases de reproches, de culpabilité et de déprime avant l’acceptation, tout en gardant au fond d’elle l’espoir que cela ne soit qu’une passade… Comme quoi on peut avoir l’air tolérant en se disant que ça n’arrive qu’aux autres, et accuser durement le coup lorsqu’on est directement concerné… Et contre toute attente c’est finalement le père, avec qui le fils a plus de mal à communiquer, qui prendra la chose avec le plus de philosophie.

Le trait en noir et blanc à la Riad Sattouf, fragile et minimaliste, est bien adapté à ce type de récit. Ces anecdotes nous touchent par leur sincérité et permettent de dédramatiser le débat, alors que, comme le montre bien la bande dessinée, l’homosexualité d’un fils ou d’une fille ne sera jamais un événement tout à fait anodin dans toute structure familiale basée sur la descendance, si bienveillante soit-elle… Une bande dessinée à conseiller autant aux jeunes homos qui se cherchent qu’aux parents concernés. (janv. 2014)

Dans la peau d’un jeune homo
Scénario & dessin : Hugues Barthe
Editeur : Hachette Littératures
96 pages – 18,47 €
Parution : 9 mai 2007

Dans la peau d’un jeune homo © 2007 Hugues Barthe (Hachette Littératures)

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Une saga politico-romantique dans une U.R.S.S. revisitée

Le Désespoir du singe © 2005-2011 Alfred & Jean-Philippe Peyraud (Delcourt)

Il y a quatorze ans, paraissait le premier tome du Désespoir du singe, la très belle trilogie du talentueux Alfred, une saga politico-romantique dans un URSS revisité…

J’ai été très séduit par cette bande dessinée envoûtante qui m’avait déjà interpelé par ses couvertures très réussies, reflétant parfaitement l’atmosphère générale : à l’image de ce train illustrant le troisième tome, cette saga à la fois fiévreuse et ténébreuse nous embarque à tombeau ouvert vers des horizons rougeoyants d’aventures périlleuses et de romanesque débridé.

L’ambiance est souvent très sombre et pourtant jamais glauque. Le dessinateur Alfred a un sacré coup de patte qu’il gère sans coup férir. Toujours intéressantes à détailler, les cases comportent de nombreuses références à la peinture moderne du début du XXe siècle, deux des protagonistes étant d’ailleurs peintres eux-mêmes. Son trait, anguleux et tendu comme un arc, s’inspire d’un néo-expressionnisme à la fois nerveux et menaçant, se voyant renforcé par une composition audacieuse. A souligner une certaine évolution au fil des tomes, inconsciente ou non : perdant en précision, le crayon semble s’adapter, plus naïf, plus abstrait, plus onirique alors que l’histoire s’accélère et que l’abattement semble gagner du terrain. Les couleurs sont superbes, passant avec bonheur des tons chauds bouillants à des nuances obscures et glaciales. Il n’y a quasiment rien à reprocher du point de vue visuel, c’est très original, efficace et stylé, et reflète bien l’atmosphère lourde de menaces de l’entre-deux-guerres sur le vieux continent, ici en l’occurrence dans un pays (imaginaire) qui pourrait être l’URSS.

Le scénario est très bien construit, à la façon d’une sarabande dont le rythme ne cesse de s’accélérer jusqu’à l’apothéose du troisième tome. On suit ce récit tour à tour fasciné, émerveillé et inquiet pour ces héros romantiques (au vrai sens du terme), car on sait que d’une manière ou d’une autre, tout ça finira mal… Cette bande dessinée très riche allie avec grand talent l’aventure, la politique, le monde des arts et le romanesque : l’histoire d’un amour passionné entre une pasionaria et un peintre raté, amour menacé par la folie d’un régime tyrannique. Une ode à la vie et à la liberté, tout simplement. Je regretterais seulement le manque d’émotion (sauf à la fin du dernier tome), peut-être due au caractère un peu simpliste des personnages. Mais que l’on ne s’y trompe pas : cette BD demeure un petit bijou à découvrir absolument. (janv.2014)

Le Désespoir du singe (Intégrale 3 tomes)
Scénario : Jean-Philippe Peyraud
Dessin : Alfred
Editeur : Delcourt
Collection : Conquistador
158 pages – 29,95 €
Parution : 11 mai 2016
Les trois tomes sont parus de 2006 à 2011

Le Désespoir du singe © 2005-2011 Alfred & Jean-Philippe Peyraud (Delcourt)

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